L’information est « pliée/relevée » par nos confrères de Blast. Le groupe de presse EBRA (propriété du Crédit Mutuel), celui-là même qui édite les marques « L’Alsace » et « DNA » sous une seule et même forme de quotidien unique alsacien, se fend d’une nouvelle vidéo promotionnelle, confiée à l’influenceuse et chanteuse Lola Antolinos, alias Lola Solia, candidate malheureuse à l’émission « Star académy » saison 11, mais dont la carrière semble toutefois reprendre de la vigueur.

Dans ce clip au concept marketing audacieux, on découvre la chanteuse-danseuse se livrer à diverses postures vêtue d’un short sur un banc public, qu’elle utilise à la manière d’une barre de pole dance. Tout en exécutant des mouvements de plus en plus spectaculaires, elle déclame un texte célébrant la gloire du journalisme neutre et objectif que promeut avec ferveur les neuf journaux du premier groupe de presse régional français.

La performance chorégraphique s’accompagne d’un discours édifiant sur l’essence du métier de journaliste que nous n’aurons jamais l’honneur de coudoyer, nous, pauvres hères du journalisme engagé.

Tout en multipliant les cabrioles, Lola Solia parvient à mettre en avant la mission sacrée des titres d’EBRA : « raconter des histoires humaines, mettre en lumière les initiatives locales et garantir une information fiable dans un monde saturé de désinformation« .

Vu le mélange des genres, dont il est si coutumier en matière rédactionnelle, il est certain que le groupe ne participe en rien de la saturation inutile de messages, sur les réseaux sociaux en particulier. A sa page « notre raison d’être » du site corporate, on peut notamment lire que « EBRA s’affirme en créant du lien« . Du lien marketing et viral, peut-être, mais du rien journalistique, sans aucun doute.

Voyez plutôt :

Le syndicat CFDT de la maison a publié le 22 janvier un communiqué de presse à ce sujet, ci-dessous reproduit. Seront-ils seuls à réagir ?
tract-influenceuse

On apprenait, par ailleurs, à travers un article de Médiapart, combien Philippe Carli, PDG de Ebra, affectionne les prises de position de l’extrême-droite sur Linkedin, le réseau social professionnel. Après s’être défaussé sur un collaborateur, il a cru bon de se défendre en faisant valoir qu’un « like » ne valait pas approbation de l’émetteur. Non content d’être ridicules, et jeter l’opprobre sur leurs journalistes, les dirigeants du groupe Ebra savent pareillement être lâches.

MAJ du 27 janvier : Un « mea culpa », signé Philippe Carli, fait état de son affliction et sa repentance, sur ce dernier sujet (sans jamais évoquer la campagne de communication mentionnée ci-dessus) :

« Oui, ma pratique rapide des réseaux sociaux a été maladroite« . […] « Ces réactions ne représentent en rien un soutien à quelconque parti, courants politiques ou tout autre mouvement extrémiste. Au contraire, mes valeurs personnelles comme mes engagements associatifs m’ont toujours placé dans un seul camp, celui de l’humanisme, du respect des autres, de l’intégration, dans l’opposition au racisme, aux discriminations, au sexisme. Je veux solennellement vous en assurer« . […] « Si ma pratique des réseaux sociaux a pu paraitre partisane et laisser croire que nos journaux reflètent une opinion politique, je prie nos lecteurs, nos journalistes et nos collaborateurs de m’en excuser« .

Excuses acceptées ? Pas sûr du tout, puisque l’on apprend que la CGT réclame son départ.

Épilogue du 28 janvier :
CP-Philippe-Carli
Pour rappel, EBRA c’est :
9 quotidiens régionaux : L’Alsace, les DNA (Haut-Rhin et Bas-Rhin), Le Bien public (Côte-d’or), Le Dauphiné libéré (Ardèche, Drôme, Hautes-Alpes, Haute-Savoie, Isère, Savoie) / Vaucluse matin (Vaucluse), L’Est républicain (Doubs, Haute-Saône, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Territoire de Belfort), Le Journal de Saône-et-Loire (Saône-et-Loire), Le Progrès (Ain, Haute-Loire, Jura, Loire, Rhône), Le Républicain lorrain (Moselle), Vosges Matin (Vosges)
Mais aussi une agence d’événementiel (EBRA events) ; une agence de « contenus » (EBRA info) ; une régie publicitaire (EBRA médias) ; des imprimeurs (EBRA services) ; un pôle audiovisuel (EBRA studios), et un groupe de presse spécialisé en tech : Humanoïd (Numérama, Frandroid…)