Crédits photos : Martin Wilhelm

Bernard Friot, professeur émérite de l’Université Paris-Nanterre et sociologue du travail, a livré une conférence passionnante sur le concept du « salaire comme droit politique« , dans une conférence donnée ce mardi 11 mars dans l’amphi 1 de la faculté de sciences économiques sociales et juridiques (FSESJ) de l’Université de haute Alsace, campus fonderie.

Cette approche novatrice remet en question les propositions actuelles de la gauche et s’appuie sur des conquêtes historiques méconnues du mouvement ouvrier.

Critique des propositions de gauche actuelles

Friot commence par critiquer les propositions de la gauche radicale, notamment :

  • L’État employeur en dernier ressort (La France Insoumise)
  • La sécurité de l’emploi et de la formation (Parti Communiste)

Selon lui, ces propositions maintiennent le salaire comme attribut du contrat de travail, ignorant ainsi des conquis majeurs du 20e siècle.

Le salaire comme droit de la personne : un conquis oublié

Le sociologue rappelle qu’aujourd’hui, un tiers des plus de 18 ans en France (soit 17 millions de personnes) bénéficient d’un salaire lié à leur personne et non à un contrat de travail. Il s’agit notamment des fonctionnaires, retraités et allocataires. Cette réalité, fruit de luttes sociales du 20e siècle, est selon lui négligée par les organisations de gauche, contribuant à leur impuissance face à la montée de l’extrême droite.

L’évolution historique du salaire

Friot retrace l’histoire du salaire, du modèle capitaliste du 19e siècle jusqu’aux conquêtes sociales du 20e :

  1. Le salaire capitaliste : lié au bénéfice du travailleur indépendant, forme préférée par le patronat.
  2. L’invention de l’emploi : imposition du statut d’employeur aux capitalistes, création du droit du travail (1910).
  3. Le salaire anticapitaliste : conventions collectives, qualification du poste (1919-1975).
  4. Le salaire communiste : qualification de la personne (fonction publique, 1946).

Le communisme en construction

Pour Friot, ces évolutions représentent du « communisme en train de se construire ». Il insiste sur l’importance de prendre le pouvoir sur le travail plutôt que sur l’État, critiquant au passage les approches social-démocrates et staliniennes.

L’urgence écologique et sociale

Le sociologue souligne l’urgence de généraliser le salaire comme droit de la personne pour :

  • Permettre aux travailleurs de prendre des décisions écologiquement responsables
  • Lutter contre l’aliénation au travail, cœur du système capitaliste
  • Contrer la montée de l’extrême droite en redonnant du pouvoir aux travailleurs

Vision alternative de la valeur travail

Friot propose de distinguer la proposition communiste (« seul le travail est source de valeur ») de la « valeur travail » promue par la bourgeoisie. Il appelle à dépasser la vision du travail comme une corvée dont il faudrait se libérer.

En somme, Bernard Friot offre une perspective radicale et stimulante sur le travail et le salaire, invitant à redécouvrir et à étendre des conquis sociaux majeurs pour construire une alternative au capitalisme.

Pour aller plus loin :
Le site de Réseau Salariat
La chaîne YouTube de Réseau Salariat
La page Wikipédia de Bernard Friot, qui offre une bonne introduction à sa pensée et ses travaux :
Site de l’Institut européen du salariat, dont Bernard Friot est un des fondateurs