Crédit photos et prise de son : Martin Wilhelm
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L’AFPS Alsace organisait ce jeudi à 20 heures dans la salle de la chapelle Sainte-Claire de Mulhouse, un échange entre deux personnalités engagées pour la paix et la justice entre palestiniens et israéliens.
- Yoav Shemer-Kunz est docteur en sciences politiques, associé à l’université de Strasbourg et à l’université Syracuse aux USA. Il est membre du collectif juif décolonial Tzedek et cofondateur du réseau juif européen pour la Palestine. Originaire de Jérusalem, il a grandi près de Bethléem, et milite pour une approche décoloniale et démocratique en Palestine.
- Issa El Shatleh est agronome et travaille dans le domaine du développement local et du tourisme social. Il est originaire de Béjara, une ville proche de Jérusalem. Il travaille à sensibiliser sur les réalités de l’apartheid en Palestine à travers des exemples concrets.
Intervention de Yoav Shemer-Kunz

Yoav Shemer-Kunz souligne que les déclarations et condamnations ne suffisent plus face à la situation en Palestine. Il appelle à des actions concrètes et des sanctions contre Israël pour mettre fin à l’impunité. Il critique l’illusion des deux États, considérant qu’elle a échoué après trois décennies de négociations sans résultats tangibles.
Histoire de l’apartheid au Proche-orient
Il rappelle que l’apartheid a commencé avec la création de l’État d’Israël en 1948, marquée par la Nakba, et que la colonisation sioniste continue de s’étendre. Il souligne que les frontières de 1967 ne sont plus pertinentes aujourd’hui et que la solution réside dans une démocratie décoloniale avec égalité des droits pour tous.
Rejet de la solution à deux États
Yoav Shemer-Kunz rejette l’idée de deux États, considérant qu’Israël n’a pas l’intention de quitter la Cisjordanie. Il propose une solution basée sur la démocratie et la fin de l’apartheid, avec l’autodétermination des deux peuples.
Intervention d’Issa El Shatleh

Pratiques concrètes de l’Apartheid
Issa El Shatleh illustre l’apartheid par des exemples concrets, notamment le mur de séparation et le système juridique dual en Israël et en Cisjordanie. Il explique comment la loi civile s’applique dans les colonies israéliennes, tandis que la loi militaire régit les zones palestiniennes.
Il souligne que l’apartheid inclut la discrimination et le racisme, citant l’exemple des réserves naturelles en Palestine, dont la plupart sont contrôlées par Israël. Ces pratiques renforcent l’occupation et la marginalisation des Palestiniens.
Il décrit comment Israël confisque terres et eau en Cisjordanie, empêchant les Palestiniens de construire ou même d’accéder à leurs propres ressources.
Résilience palestinienne : malgré ces injustices, il insiste sur la force morale des Palestiniens et leur capacité à résister.
Les deux conférenciers soulignent l’urgence d’agir contre l’apartheid et de dépasser les illusions des solutions symboliques. Ils plaident pour une approche démocratique et décoloniale, garantissant l’égalité des droits pour tous les habitants de la région.
Questions du public et réponses des conférenciers

1. Sur le parcours personnel de Yoav
- Question : « Qu’est-ce qui a fait cesser vos illusions ? »
- Réponse (Yoav) : Yoav raconte son cheminement depuis une éducation sioniste jusqu’à sa prise de conscience lors d’échanges avec des Palestiniens et sa participation à des manifestations en Cisjordanie. Il souligne que c’est en confrontant la violence de l’armée israélienne qu’il a compris la réalité de l’apartheid.
2. Sur l’espoir d’une solution démocratique
- Question : « Comment arriver à une démocratie sur cette terre ? »
- Réponse (Yoav) : Il insiste sur la nécessité d’une pression internationale pour transformer le régime israélien actuel en un État démocratique. Selon lui, seule une mobilisation externe combinée à une résistance interne peut y parvenir.
- Réponse (Issa) : Issa partage cet espoir mais reconnaît que la haine mutuelle exacerbée depuis le 7 octobre rend ce chemin difficile. Il appelle néanmoins à semer les graines d’une paix future.
3. Sur la division au sein des Palestiniens
- Question : « Les Palestiniens soutiennent-ils toujours le Hamas après les récents événements ? »
- Réponse (Issa) : Issa explique que la société palestinienne est divisée entre plusieurs factions politiques (Hamas, Fatah, gauche). Beaucoup rejettent la lutte armée mais restent profondément opposés à l’occupation israélienne.
4. Sur le rôle de la communauté internationale
- Question : « Le Parlement européen peut-il jouer un rôle ? »
- Réponse (Yoav) : Yoav évoque une projection récente au Parlement européen du film No Other Land, qui a suscité une forte émotion parmi les participants. Il y voit un signe encourageant d’engagement croissant pour la cause palestinienne.
5. Sur la haine et l’éducation
- Question : « Comment lutter contre la haine inculquée dès l’enfance en Israël ? »
- Réponse (Yoav) : Yoav critique l’éducation militarisée israélienne qui perpétue la peur et le racisme envers les Arabes. Il appelle à une révision complète des récits historiques enseignés aux enfants israéliens.
Les échanges ont mis en lumière :
- La nécessité urgente d’actions concrètes contre l’apartheid.
- L’importance d’une approche démocratique et décoloniale.
- La résilience des Palestiniens face aux injustices.
Malgré un tableau sombre, les conférenciers insistent sur l’espoir porté par la solidarité internationale et les initiatives locales de co-résistance (en lieu et place d’une coexistence) entre Israéliens progressistes et Palestiniens.












