Crédit photos : Martin Wilhelm

Mercredi 16 avril, le magasin Primark du centre commercial Porte Jeune à Mulhouse a été le théâtre d’un nouveau mouvement de grève. Une cinquantaine de personnes, dont une vingtaine de salariés, ont manifesté devant l’enseigne, soutenus par des représentants syndicaux, dont Aude, responsable nationale CGT, et Jihène Nguyen, déléguée syndicale CGT et figure centrale du conflit local.

Climat social délétère

Ce mouvement s’inscrit dans la continuité d’une première grève organisée le 22 mars, qui avait déjà mis en lumière de graves dysfonctionnements au sein de l’enseigne mulhousienne de fast fashion irlandaise. Les motifs de la mobilisation sont multiples, mais tous convergent vers la dénonciation d’un management jugé « toxique » par les salariés.

Leur représentante, Jihène Nguyen, représentante CGT, évoque un « climat de peur et d’intimidation permanent », marqué par des pressions constantes, du harcèlement moral, et un dialogue social quasi inexistant.

« Les conditions de travail dans ce magasin sont particulièrement dégradées. Les arrêts de travail se multiplient, il y en a une vingtaine en cours actuellement. Nous avons décidé de faire grève pour dénoncer les graves dysfonctionnements dans notre entreprise et exiger des conditions de travail dignes », explique-t-elle.

Problèmes de paie

Au-delà du management, les salariés dénoncent des problèmes récurrents de paie : salaires amputés, heures supplémentaires non payées, retenues injustifiées, et absence d’aménagements pour les travailleurs en situation de handicap. Plusieurs témoignages font état de salaires parfois réduits à zéro ou même négatifs, d’erreurs de pointage non corrigées, et d’accidents du travail non déclarés à la Sécurité sociale, privant ainsi les victimes d’indemnités légitimes.

La situation est telle que l’inspection du travail de Mulhouse a ouvert une enquête, après avoir constaté, lors d’un contrôle, la multiplicité et la gravité des problèmes rencontrés par les salariés, allant du travail dissimulé à la discrimination envers les représentants syndicaux et les personnes en situation de handicap.

Répression syndicale et licenciements

La répression syndicale est également au cœur des revendications. Depuis la première grève, deux salariés ayant pris la parole lors du mouvement ont été licenciés, et une dizaine d’autres ont été convoqués à des entretiens disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement. Les représentants syndicaux, dont Jihène Nguyen, font l’objet de procédures de licenciement ou de pressions, et rapportent que la direction interdit aux salariés et managers de leur parler, cherchant ainsi plus particulièrement à isoler la CGT et à museler toute contestation.

Aude, responsable nationale CGT, dénonce une stratégie de la peur :

« Tous ceux qui ont fait grève ont été convoqués pour des motifs bidons, juste après le mouvement. C’est une entreprise où la loi n’est pas respectée, où la peur règne, surtout parmi les jeunes salariés qui ne connaissent pas tous leurs droits. ».

Surveillance abusive

Autre point de crispation : l’utilisation abusive des caméras de surveillance. Les salariés accusent la direction de visionner les enregistrements non pour prévenir le vol, mais pour surveiller et sanctionner les employés, parfois pour des faits anodins comme s’asseoir après la fermeture du magasin en cas de malaise. Des plaintes ont été déposées auprès de la CNIL pour rappeler à Primark ses obligations légales en matière de vidéosurveillance.

Dialogue social au point mort

Face à ces accusations, la direction locale et nationale de Primark reste silencieuse, se contentant d’affirmer que « tout le monde a le droit d’exprimer son point de vue » sans commenter les faits reprochés. Les grévistes, eux, réclament l’ouverture d’un véritable dialogue, la démission de la direction locale et la mise en place de mesures pour garantir le respect des droits et la dignité des salariés.

Les salariés grévistes, soutenus par la CGT, formulent des revendications simples et précises :

  • Des conditions de travail respectueuses de la santé et de la dignité
  • La fin des abus et du harcèlement
  • L’arrêt immédiat des convocations et sanctions disciplinaires arbitraires
  • Le respect des droits des salariés en situation de handicap
  • L’arrêt de la répression syndicale envers la CGT et ses représentants

Une mobilisation nationale

Le mouvement mulhousien s’inscrit dans une vague plus large de contestation chez Primark, avec des grèves similaires à Saint-Étienne, Lyon ou Dijon. Les représentants syndicaux nationaux, comme Aude, insistent sur l’importance de la solidarité interrégionale et sur la nécessité de défendre les droits fondamentaux des salariés face à ce qu’ils qualifient de « management du Far West ».

« On ne lâchera pas l’affaire. Soit ils changent leur fonctionnement, soit ils changent de direction », affirme Jihène Nguyen, déterminée à poursuivre le combat pour un environnement de travail digne et respectueux des droits de chacun.

La grève du 16 avril chez Primark Mulhouse est l’expression d’un profond malaise social, nourri par des pratiques managériales autoritaires, des atteintes aux droits des salariés et une répression syndicale manifeste.

Parce que les prix écrasés pratiqués par l’enseigne n’autorise pas la compression des droits sociaux et humains, et face à une direction silencieuse, les salariés entendent poursuivre leur mobilisation jusqu’à obtenir des réponses concrètes et des améliorations tangibles de leurs conditions de travail.