Crédit photos : Martin Wilhelm

Depuis lundi 28 avril à 8h, l’atelier de maintenance du technicentre TER de Mulhouse est à l’arrêt. À l’initiative de la CGT Cheminots, un piquet de grève a été installé avenue de Riedisheim, réunissant une cinquantaine d’agents sur les quelque 70 que compte le site. Au cœur de la mobilisation : la dénonciation de conditions de travail jugées « dégradées » et des alertes répétées sur la sécurité ferroviaire.

La mobilisation des cheminots mulhousiens met en lumière les enjeux de sécurité et de reconnaissance professionnelle au sein du service public ferroviaire, dans un contexte de transformation du secteur et de pression sur les coûts.

Des dysfonctionnements persistants et une sécurité en question

Les agents grévistes pointent des dysfonctionnements majeurs de l’outil de travail, notamment « des fuites de gasoil ou d’huile sur la station des engins moteurs » ou encore des défaillances sur les passerelles d’accès aux toitures, essentielles pour la maintenance des trains. « Depuis plusieurs mois, les agents de l’atelier subissent des dysfonctionnements majeurs de l’outil de travail », alerte Jonathan Seiller, responsable syndical CGT, qui évoque aussi des « situations à risques et ce mode dégradé des conditions de travail ».

On découvre ici, dans une vidéo filmée par un usager en gare de Mulhouse, la conséquence d’un jet d’huile depuis le toit d’une motrice, aussi bien vers la caténaire que sur la voie :

Pour lui, la situation trouve ses racines dans « l’ouverture à la concurrence » et le manque d’investissement dans le ferroviaire :

« On cherche à faire des marges, à rogner partout, à rogner sur la maintenance des installations et outillages. Toutes ces défaillances que nous avons pu avoir ces derniers temps, que ce soit sur les passerelles d’accès en toiture ou des engins moteurs qui perdent de l’huile en gare, c’est le résultat de cette logique. »

Le syndicaliste rappelle que la sécurité ferroviaire est en jeu, soulignant que les agents travaillent « en mode dégradé », avec des procédures de sécurité qui « pèsent beaucoup au quotidien et ralentissent les opérations de maintenance ». Il met en garde contre les conséquences pour les usagers : « Si on ne fait pas une maintenance de qualité, si on n’a pas les outils pour faire comme il faut la maintenance, forcément les engins, à un moment donné, peuvent tomber en panne aussi. »

Des revendications salariales et une reconnaissance de la technicité

Au-delà des questions de sécurité, les cheminots réclament également une revalorisation de leur technicité, spécifique au technicentre de Mulhouse, où les agents doivent assurer la maintenance de trois séries d’engins moteurs, une particularité liée à la position transfrontalière du site : « On a de hauts techniciens à Mulhouse par rapport à cette configuration-là et cette organisation-là », insiste Jonathan Seiller. Il déplore que « la direction ne répond pas favorablement à ces revendications-là », alors que le TER Grand Est a réalisé un bénéfice net de plus de 22 millions d’euros en 2024.

Des alertes sociales ignorées selon la CGT

La CGT affirme avoir multiplié les alertes sociales depuis plusieurs mois, sans obtenir de réponses satisfaisantes de la direction. « Le dialogue social est structuré dans l’entreprise avec des règlements bien précis, mais quand on a un directeur qui nous dit « je ne négocie pas sous la pression », on a du mal à comprendre. Les cheminots ont l’impression de ne pas être écoutés, tout simplement », confie Jonathan Seiller.

La direction évoque des négociations en cours

Contactée par nos soins, la direction indique qu’en ce qui concerne les revendications salariales, elle a proposé des mesures permettant de reconnaitre la montée en compétence et le développement de la poly-compétence des collaborateurs pour lesquelles des discussions sont en cours avec les partenaires sociaux, « mais nous ne souhaitons pas communiquer par médias interposés et ne rentrerons donc pas dans les détails« . 

« Par contre, la sécurité étant au cœur des préoccupations de SNCF Voyageurs, nous ne pouvons pas faire croire qu’elle ne respecte pas un haut niveau d’exigence. Le site industriel est récent et en excellent état. Il y a eu – comme sur n’importe quel site industriel – des événements qui ont tous été traités dans une démarche d’amélioration continue, en interne ou avec les prestataires concernés. Le seul événement qui reste en cours de traitement est la passerelle, pour laquelle une mesure préventive de fermeture à la circulation a été mise en place depuis, en attendant l’intervention de l’entreprise extérieure dans les jours à venir ».

Une grève reconduite et un impact sur le service

Face à l’absence de réponse jugée satisfaisante, la grève a été reconduite ce mardi. « On va montrer qu’on est toujours présents, que les cheminots sont toujours en lutte. Et ils ont fait le choix de continuer », affirme Jonathan Seiller, tout en prévenant que l’arrêt de la maintenance pourrait conduire à la suppression de trains dans les jours à venir.

La grève devrait perdurer une semaine. Une cagnotte Leetchi a été ouverte pour soutenir les manifestant-e-s