Ah, Mulhouse… La ville dont tout le monde parle… sans jamais y être allé, sauf pour changer de train, ricaner ou fantasmer sur les hordes d’immigrés « saccageant » la cité !

Lors de la manifestation du mardi 29 avril, des médecins et internes parisiens somatisant contre l’idée d’une régulation des installations en fonction des besoins territoriaux, un manifestant dressait une pancarte qui affichait : « Bac+12 pas pour finir à Mulhouse ».

C’est vrai quoi, après douze ans de sueur et d’anatomie, c’est bien connu : les médecins méritent tous d’exercer rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, ou éventuellement sur la plage de Biarritz, entre deux parties de paddle. En somme, plutôt crever asphyxié sous des nuages de particules fines à la Madeleine plutôt que d’aller soigner des Mulhousiens.

Les professions paramédicales, ces héroïnes méconnues

Vous avez déjà vu un kiné défiler avec une pancarte « Bac+5, pas pour finir à Arras » ? Un pharmacien hurler « Ma pharmacie, c’est Champs-Élysées (et du bon côté) ou rien ! »  ? Non, et pour cause : depuis belle lurette, eux, n’ont pas le choix. Ils suivent des cartes, des quotas, et pourtant, il parait qu’ils s’en sortent plutôt bien. Ils ont même, tenez-vous bien, une vie sociale après 19h et des amis avec qui boire un verre dans le centre-ville de… Mulhouse. Étonnant, non ?

Mulhouse, capitale du monde !

Soyons honnêtes : Mulhouse, c’est une ville qui a tout pour plaire. À commencer par des spécialités culinaires dont le nom fera frémir un interne en médecine membre du jockey-club : les manalas (dans le Sud-Alsace !), les bredalas (petits gâteaux de Noël), la tarte flambée (dite flammekueche), la choucroute garnie, le baeckeoffe, ou simplement le marché de Noël, dont les plus beaux et authentiques sont tous alsaciens !

La ville reste également en tête du classement des meilleures villes où s’installer en 2025 !

C’est aussi une métropole bien située : à quelques kilomètres de la Suisse (idéal pour acheter du chocolat et/ou planquer vos économies). Et imaginez le prestige auprès de vos amis : « Je suis médecin à Mulhouse ». Là, c’est le boss final du dévouement, le super-héros du stéthoscope !

En plus, ici, pas d’embouteillage pour aller au cabinet. Et quand on se promène au parc, c’est pour respirer l’air frais, pas pour éviter les trottinettes électriques et les pigeons bodybuildés de Paris.

La liberté d’installation, cette licorne républicaine

On nous vend la liberté d’installation comme le Saint-Graal du médecin moderne. Mais elle a surtout produit une géographie médicale digne d’un Picasso sous acide : à Paris, on trouve douze dermatos pour une ride, tandis qu’à Mulhouse, on consulte un pédiatre pour Noël… et on est content si c’est le bon Noël.

Déserts médicaux : la carte de la fracture sanitaire, par l’UFC Que choisir

La régulation ? Mais non, c’est pour les autres. Pourtant, qui croise-t-on dans les campagnes ? Des pompes funèbres (qui, oui, combattent la désertification). Les infirmiers ? Régulés. Les kinés ? Régulés. Les vétérinaires ? Presque ! Franchement, amis toubibs, pourquoi vous seuls auriez le droit de choisir entre Neuilly et Saint-Tropez ? Le service public, c’est comme le camembert : ça se partage.

Et si on inversait les clichés ?

On en parle du médecin qui galère à trouver un appart à Paris, bosse 60h par semaine, paie un loyer de ministre pour un studio avec douche sur le palier ? À Mulhouse, non seulement on a un jardin, mais aussi des patients ravis, une vie paisible et une spécialité locale qui change des sushis pris en speed entre deux RDV.

Bref, la France, ce n’est pas que Paris, Bordeaux ou Nice. C’est aussi Mulhouse, Guéret, Alençon… Des territoires qui n’attendent qu’un médecin pour sortir les tartes aux myrtilles et les bravos collectifs.

Alors, laissons la liberté d’installation aux hyménoptères, et pour la santé, misons sur la solidarité. Et la prochaine fois, au lieu de « Bac+12 pour finir à Mulhouse », écrivons « Bac+12 à Paname, c’est infâme ! ». Parce que bien exercer, ce n’est pas « finir » quelque part. C’est commencer à faire la différence, où qu’on soit.