Crédit photos : Martin Wilhelm
Ce dimanche 11 mai, le Palais Glück de Mulhouse a accueilli une journée palestinienne d’une rare intensité, organisée par le Collectif citoyen Mulhouse. Près de 200 personnes, dont une trentaine de bénévoles, se sont rassemblées dans une atmosphère solennelle et engagée pour témoigner de leur solidarité avec le peuple palestinien, et débattre autour de la catastrophe humanitaire en cours à Gaza et en Cisjordanie.
Écoutez le résumé audio des enjeux. Au bas de l’article, la restitution de l’intervention de Yacine Haffaf, chirurgien viscéral.
Hommage silencieux
L’ouverture de la conférence par la principale organisatrice, a donné le ton de la journée : « plus de 62 000 morts, 10 000 personnes ensevelies sous les décombres« , a-t-elle rappelé, dénonçant un « silence assourdissant » face à la guerre déclenchée par Israël à la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Le contexte, marqué par la destruction systématique, la famine utilisée comme arme de guerre et l’effondrement des infrastructures vitales, a été omniprésent dans les discours et dans les échanges avec le public.
Droit international en question
À distance, Nathan Deas, membre du comité de rédaction de Révolution permanente, a ouvert le débat sur la capacité – ou l’impuissance – du droit international à freiner les exactions subies par les Palestiniens. Intervenant à sa suite, Insaf Rezagui, docteure en droit international, a tenté de répondre sans détour à la question centrale de la conférence : « Qu’attendre du droit international en Palestine ? ».
Forte de sa connaissance des textes et des décisions des juridictions internationales, elle a rappelé que la Cour internationale de justice a reconnu « le caractère potentiellement génocidaire de certains actes israéliens« , mais que « les puissances qui ont rédigé les traités refusent aujourd’hui de les appliquer« . Elle a cité les propos de responsables israéliens, tels que le ministre Yoav Galant (« nous combattons des animaux humains« ) ou le président Isaac Herzog (« c’est toute une nation qui est responsable« ), comme preuve d’une intention génocidaire qui s’inscrit dans la longue histoire de colonisation, depuis la Nakba de 1948.
Témoignage d’un chirurgien en zone de guerre
Moment fort de l’après-midi, le chirurgien retraité Yacine Haffaf a livré un témoignage bouleversant sur les semaines qu’il a passées à Gaza, décrivant une réalité médicale cauchemardesque. « Deux blocs opératoires, seulement deux chirurgiens, deux équipes… souvent, on ne peut pas sauver les gens et on est obligé d’amputer« , a-t-il raconté, évoquant aussi les opérations réalisées « avec peu ou pas d’anesthésie« . Il a dépeint les scènes de tri des blessés, où faute de moyens, certains patients sont « laissés de côté, pas pour plus tard, mais laissés de côté » dans une attente souvent sans issue. « Il n’y a pas plus résilient qu’un Palestinien« , a-t-il salué, admiratif de la force d’âme des Gazaouis face à l’horreur quotidienne.
Répression et solidarité : le cas français en débat
La conférence a également mis en lumière la répression croissante des mouvements de solidarité en France. Les intervenants ont dénoncé une criminalisation de la parole pro-palestinienne, illustrée par la menace de dissolution d’associations comme Urgence Palestine ou la multiplication des procédures pour apologie du terrorisme. Cette répression, comparée à une forme de maccarthysme moderne ou une diabolisation, s’inscrit selon eux dans la continuité du soutien militaire, financier et politique de la France à Israël.
Appel à la mobilisation, au boycott… et à l’espoir
Au-delà du constat accablant, les participants ont souligné la résilience du peuple palestinien et l’importance de « continuer d’en parler ». Les intervenants ont appelé à l’embargo sur les armes, à des sanctions économiques et à la reconnaissance pleine et entière de l’État palestinien. « Ça ne sert à rien de dire ‘je reconnais l’État de Palestine’ si, dans le même temps, on l’empêche d’exister« , a tranché l’une des oratrices.
La société civile a été invitée à jouer un rôle accru : soutenir financièrement les familles palestiniennes, exiger l’application de la compétence universelle pour poursuivre les crimes internationaux, et refuser l’indifférence.
Moment d’unité et d’engagement
Dans une salle pleine d’émotion, artistes, bénévoles et public ont partagé l’espoir d’une justice à venir. La commémoration des victimes, la lecture des noms, et les témoignages directs ont fait écho à la Nakba de 1948, rappelant que la lutte pour la Palestine est inscrite dans le temps long.
En clôture, l’appel à « ne pas laisser tomber la Palestine » résonnait comme un impératif moral et politique. Mulhouse, le temps d’une conférence, s’est faite la voix d’une indignation universelle, déterminée à ne pas se taire.
A noter la participation surprise de Samuel Crettenand, militant pacifiste suisse, lequel organise « March to Gaza » en date du 15 Juin.


















