La région Grand Est poursuit la réorganisation de son réseau ferroviaire en Alsace et dans l’ensemble de son territoire, avec la fermeture programmée de plusieurs guichets SNCF et la réduction des horaires dans de nombreuses gares dès janvier 2026. Cette politique, motivée par des impératifs budgétaires et l’évolution des usages, suscite de vives réactions parmi les usagers et les syndicats.

Fermeture de 13 guichets, dont 4 en Alsace

Dès janvier 2026, la distribution de billets au guichet sera définitivement arrêtée dans 13 gares du Grand Est. En Alsace, les gares concernées sont Thann, Bischwiller, Soultz-sous-Forêts et Wissembourg. D’autres gares touchées dans la région sont Fismes, Rethel, Revin, Champagne Ardenne TGV, Joinville, Faulquemont, Morhange, Etival Clairefontaine et Vittel.

À Thann, la suppression du guichet SNCF entraînera la disparition d’un point de contact direct entre les usagers et le service public ferroviaire. La vente de billets sera confiée à un automate et à un partenariat avec La Poste, qui assurera un service de substitution. Cette réorganisation intervient alors que le guichet de Thann délivrait encore plusieurs dizaines d’abonnements mensuels et accompagnait de nombreux voyageurs dans leurs démarches.

Réduction des horaires dans 16 autres gares

En parallèle, 16 gares verront leurs horaires de distribution réduits ou le nombre de guichets diminué. Cela concerne aussi bien des gares de villes moyennes comme Mulhouse, Sélestat, Obernai, Reims ou Charleville-Mézières, que des gares de plus petites communes.

Motifs avancés par la Région

La Région Grand Est justifie ces fermetures par la chute continue des ventes physiques de billets : la part des billets achetés au guichet est passée de 31 % en 2019 à seulement 11 % en 2024. Dans les gares concernées, la moyenne des ventes n’atteint plus que 6 à 10 billets par jour, générant environ 8 000 € de recettes annuelles pour un coût de fonctionnement de 200 000 à 300 000 € par guichet et par an. La Région affirme vouloir « faire des économies sur la distribution plutôt que sur l’offre de trains ».

Substitution par des relais et automates : une tendance nationale

Pour compenser la fermeture des guichets, la Région met en place des relais dans des bureaux de poste, comme à Thann, voire des offices de tourisme ou encore des maisons France Services. A Wissembourg, c’est la Maison des mobilités qui prendra le relais. Toutes ces solutions palliatives reposent sur des personnels non spécialisés et la généralisation des automates, qui ne couvrent pas tous les besoins, notamment pour les paiements en espèces ou les situations complexes.

La fermeture des guichets ne se limite pas à l’Alsace ni au Grand Est. D’autres régions, comme l’Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou les Hauts-de-France, appliquent des politiques similaires, aboutissant à la disparition de centaines de points de vente physiques. Ce mouvement s’accompagne d’une numérisation accélérée du service, qui laisse de côté une partie des usagers, notamment les personnes âgées, les publics précaires et les habitants des zones peu connectées.

Cette évolution inquiète les syndicats et les associations d’usagers : la CGT Cheminots dénonce une « logique purement comptable prise sans concertation réelle, à l’opposé des besoins des territoires » qui fragilise le service public ferroviaire, remet en cause la mission d’universalité du service public, et accentue les inégalités d’accès, notamment pour les personnes âgées, les publics précaires ou les habitants des zones peu connectées.

Une pétition pour le maintien des guichets a été lancée par la CGT, relayée par la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), qui s’inquiète de la capacité des relais à répondre aux besoins des usagers, en particulier pour les ventes complexes et les conseils.

La recommandation de la défenseure des droits sur le sujet.

Deux communiqués de l’association Thur écologie & Transports

Suite à la fermeture du guichet à la gare SNCF à Thann :
Depuis plusieurs mois, la Région Grand Est, autorité organisatrice des transports avec la loi de 2018 sur le « nouveau pacte ferroviaire », multiplie les décisions de fermeture ou de réduction des horaires des guichets dans nos gares.
29 gares sont concernées : 13 verront leur guichet fermé ; 16 subiront une réduction drastique des horaires, avec seule alternative, dans certains cas, des sous-traitants ou la vente à distance.
Ces mesures sont prises sans concertation, ni avec les cheminots, ni avec les usagers, dans une logique purement comptable, à l’opposé des besoins de nos territoires.
Le guichet de Thann est concerné et sera fermé dès janvier 2026. TET condamne fermement cette décision.
A l’heure du réchauffement climatique où tout un chacun sait pertinemment que le transport collectif est l’alternative la plus pertinente à la voiture pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.!
En 1995, la SNCF scandait « A nous de vous faire préférer le train ». Qu’en est-il 30 ans plus tard ? des tarifs prohibitifs à la base, une jungle de cartes de réductions, un labyrinthe de promotions incompréhensibles, abandonnant sur le quai nombre de citoyens à l’écart… Sans parler de la qualité de service qui est devenue simplement scandaleuse faute de moyens vers les petites lignes au profit du sacro-saint TGV. Bref, peut-on encore parler de service public ? D’autant plus dans la vallée de Thann avec la mise en place du« Drame-train » : le bordel est complet entre Soléa et la SNCF ; chapeaux à celles et ceux qui arrivent à s’en sortir ! Que font nos élus ? La maternité a fermé, maintenant c’est le guichet de la gare, bientôt la Poste…
Les élus régionaux n’ont pas été élus pour casser les liens sociaux, la digitalisation omnipotente réduit l’espace démocratique et favorise un totalitarisme, même involontairement. De plus, cette politique est encore à courte vue lorsque ses choix se font au détriment de l’emploi ; plus de guichet, c’est moins de salariés.
Nous devons alerter sur le fait qu’au nom du « c’est PRATIQUE », nous alimentons un processus qui parachève la dislocation des collectifs de travail et la dégradation des services publics, tout en amplifiant l’atomisation des salariés comme des citoyens.

St Amarin le 25 mai 2025

Fermeture de guichets SNCF et digitalisation :
Les statistiques auxquelles nous nous prêtons régulièrement, montrent une fois de plus qu’elles sont tout autant prescriptives que descriptives. Très concrètement, ici elles permettent à la région de légitimer une décision. On est face à un principe auto-réalisateur : « puisqu’il y a de moins en moins de clients aux guichets, il faut donc réduire leur nombre ».
Et les chiffres parlent, on ne peut les contester !
Comment, et pourquoi en est-on arrivé là ? Il y a sans doute plusieurs éléments à prendre en considération pour tenter d’esquiver une réponse à cette épineuse question.
Tout d’abord, au-delà de la question purement comptable, il y a un choix sociétal, qui du reste, dépasse largement le cadre de la SNCF. Il s’agit pour les élites technocratiques de faire basculer toute la société française dans le monde du « Tout-Numérique ». Un choix très clairement exprimé dès 2016 par un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie. Son plan « Action 2022 » qui prévoit la digitalisation de l’ensemble des services publics, en est une déclinaison, on ne peut plus concrète.
Au cours de la décennie 2010, avec l’explosion des usages de l’ordiphone, la population française commence à être mûre pour entrer dans l’ère du « Tout-Digital ».
La crise du covid-19 constituera une opportunité inouïe pour accélérer et parachever cette conversion du pays au digital. La SNCF sera d’ailleurs parmi les entreprises à qui cet évènement profitera le plus en matière de digitalisation de services.
« Pour Votre Sécurité, privilégiez-le SANS CONTACT ! ». Slogan phare de la SNCF pendant cette période covid. C’est la fameuse stratégie du choc (numérique) qui permettra à partir d’une situation exceptionnelle, d’installer de manière pérenne, un certain nombre de pratiques. Les « succès » de l’achat en ligne, tout comme celui du télétravail, ou bien encore de la visio-conférence, illustrent on ne peut plus clairement cette évolution des pratiques.
Ensuite, pour éliminer les dernières résistances possibles face à ce choix sociétal, on fait appel à l’EGOISME du consommateur. D’une part, on lui offre tout un ensemble de privilèges s’il opte pour les démarches en ligne.
Ainsi par exemples, la SNCF offre des prix moins chers pour ceux qui achètent en ligne. Les impôts accordent des délais plus longs pour ceux qui font leur déclaration en ligne…
D’autre part, des ingénieurs et des scientifiques, travaillant de mèche avec des managers, vont œuvrer à concevoir et développer des dispositifs numériques, sans cesse plus performants… et donc plus PRATIQUES.
Et puisque, le consommateur est de plus en plus incité à toujours évaluer ces choix à l’aune du seul critère de la praticité, on comprend alors aisément pourquoi on en arrive aujourd’hui à une écrasante majorité de gens optant pour les billets en ligne.
Les progressistes estiment que la digitalisation n’est en soi ni bonne ni mauvaise, et qu’il suffirait d’encadrer son déploiement. Ils oublient que le déploiement (encadré ou non) d’une innovation va toujours dans le sens d’un renforcement du pouvoir de ceux qui la conçoivent.
Il faudrait donc en appeler aux élus régionaux, comme le font à juste titre les courageux syndicats. Mais au-delà, il s’agirait aussi d’en appeler d’un côté à la responsabilité des usagers-clients dont le mode de vie connecté contribue énormément au succès de la digitalisation. Et d’un autre côté, à la responsabilité des ingénieurs et des managers qui conçoivent ces dispositifs déshumanisants.
Enfin, il y aurait un lien à faire entre la digitalisation à la SNCF et le projet d’identité numérique porté par les managers de l’entreprise La Poste (création d’un identifiant et d’un mot de passe uniques… PLUS PRATIQUE !).
Nous devons alerter sur le fait qu’au nom du c’est PRATIQUE, nous alimentons un processus qui parachève la dislocation des collectifs de travail et la dégradation des services publics, tout en amplifiant l’atomisation des salariés comme des citoyens.

St Amarin le 25 mai 2025