La crise de gouvernance à l’Université de Haute-Alsace (UHA), révélée au grand jour par le suicide d’Alexandre Heck, directeur du numérique, a connu un rebondissement judiciaire. À la suite de ce drame, la tension reste vive au sein de l’établissement, déjà critiqué pour ses méthodes managériales et son refus du dialogue social. Désormais, la suspension d’un technicien réseaux, et son placement en garde à vue, sur fond d’enquête pénale, met en lumière de nouveaux aspects du malaise institutionnel.
Un technicien suspendu après une perquisition
Le 26 mars dernier, soit neuf jours après le suicide d’Alexandre Heck, la police judiciaire est en effet intervenue, à 6h30 du matin, afin de perquisitionner et saisir l’intégralité des biens numériques (ordinateurs personnels et professionnels) d’un technicien réseaux travaillant au sein de l’Université, ainsi que ceux de sa compagne. Emmené menotté au commissariat, il a ensuite été placé en garde à vue pendant 12 heures…
Une précaution de circonstance : l’homme aurait en effet pu déjouer la vigilance policière et effacer subrepticement les disques durs incriminés par une simple rotation des poignées. Et que n’a-ton pensé à lui couvrir la tête d’aluminium afin de prévenir un « data wiping » de la mémoire des ordinateurs par le moyen de la télékinésie, dont les informaticiens sont fort coutumiers !
Cette opération policière fait suite à une plainte déposée par l’UHA en juin 2024 pour piratage et falsification de références électroniques, plainte alors déposée contre X, faute d’éléments sur l’auteur des faits.
Selon nos informations, la perquisition a été ordonnée sur la base de soupçons de contrefaçon de droits d’auteur, d’usurpation d’identité et de défaut de mentions légales sur un site internet parodique, uha2024.fr, qui détournait la marque et le logo de l’université, tout en publiant des contenus satiriques sur la gouvernance et la vie interne de l’établissement.
Un climat social de plus en plus tendu
L’ambiance au sein de l’université est décrite par de nombreux agents comme particulièrement pesante. Des personnels en poste depuis plus de vingt ans affirment n’avoir jamais connu une telle tension. Selon des informations internes, le taux d’arrêt de travail avoisinerait 10 %, soit plus de 100 personnes sur les 1 000 personnels administratifs, un chiffre révélateur du malaise ambiant.

Le technicien, chargé de la partie technique de ce site, affirme que la démarche visait à mettre en lumière, de façon humoristique mais documentée, la gestion de l’Université. Selon lui, les informations publiées étaient sourcées et exactes, ce qui expliquerait l’absence de poursuites pour diffamation. Il s’interroge sur le caractère disproportionné des mesures prises à son encontre, quelques jours seulement après le drame ayant frappé l’université, et y voit une tentative de détourner l’attention et se défausser de ses propres errements.
Des accusations de mesures politiques et de partialité
Le technicien, soutenu par un avocat, considère que la procédure disciplinaire engagée contre lui relève d’une stratégie politique visant à affaiblir les candidats opposés au président Pierre-Alain Muller lors des élections de 2024 (depuis reconduit pour un nouveau mandat), lequel jouirait du soutien d’acteurs influents au sein des milieux institutionnels.
Suite à l’enquête, l’université a décidé de le suspendre de ses fonctions pour quatre mois à titre conservatoire, sans attendre l’issue du jugement. Une procédure d’annulation de cette suspension a été engagée, le technicien estimant la sanction abusive et infondée au regard des faits reprochés.
Dans un courrier à destination du Tribunal administratif, il précise en outre que Alexandre HECK était à la fois son ancien maître d’apprentissage et un proche collègue. Il informe également la juridiction administrative que son absence entraîne des problèmes organisationnels au sein de l’établissement universitaire.
Un contexte de souffrance au travail aggravé
Cette suspension intervient dans un climat déjà délétère. Le suicide d’Alexandre Heck, dont les causes sont largement attribuées à une surcharge de travail, à l’isolement professionnel et à l’absence de soutien institutionnel, avait déjà mis en lumière un profond malaise au sein des équipes techniques et administratives. Plusieurs témoignages faisaient état d’un manque de reconnaissance, d’une perte de sens au travail et d’une gouvernance jugée autoritaire, voire sourde aux alertes du personnel (voir notre précédent article).
Le technicien suspendu, déjà fragilisé par un précédent épisode de burn-out, a été placé en arrêt de travail pour dépression suite à la procédure disciplinaire engagée contre lui. Selon le certificat médical, cet arrêt fait suite à une situation de conflit aigu avec la hiérarchie, et au suicide de son collègue. Le médecin souligne que la procédure a été déclenchée à la suite d’actions « pacifiques et sarcastiques » menées lors des élections universitaires de 2024, mal perçues par la direction.
En poste depuis 10 ans au sein d’une composante de l’UHA, il dit n’avoir pas été exposé directement aux décisions managériales ayant affecté son service, mais a été témoin d’une dégradation constante de l’ambiance de travail, voyant ses collègues s’enfoncer dans le mal-être, l’épuisement et la résignation, cela a généré chez lui un sentiment d’impuissance et de souffrance psychologique.
Des questions sur la gestion de la crise et… la liberté d’expression
L’affaire du site parodique uha2024.fr cristallise les tensions autour de la liberté d’expression et de la gestion des conflits internes à l’UHA. L’université, par l’intermédiaire de son avocat, a saisi l’hébergeur OVH pour demander la suppression du site, invoquant la contrefaçon de marque, la diffamation, le cybersquatting et l’absence de mentions légales. Le site, anonyme, multipliait les détournements humoristiques du logo et des slogans de l’université pour dénoncer la perte d’attractivité, la fuite des personnels et le manque de dialogue social, dans un esprit potache, comme on le voit ci-dessous par quelques exemples :

Pour la direction, ces faits relèvent d’infractions pénales et justifient une action en justice. Pour une partie du personnel, ils traduisent surtout un malaise profond et une tentative de briser l’omerta sur les dysfonctionnements internes, alors que les canaux de dialogue institutionnel sont jugés inopérants ou verrouillés.
Une communauté universitaire sous le choc et en attente de changements
La succession des drames humains et des procédures disciplinaires alimente l’inquiétude. Après le décès d’Alexandre Heck, la communauté universitaire s’était rassemblée pour lui rendre hommage, tout en réclamant une enquête externe sur les conditions de travail – une demande finalement acceptée, mais dans une version édulcorée par la direction. Le cas du technicien suspendu, désormais en arrêt maladie, vient rappeler la persistance du malaise et la nécessité, selon de nombreux témoins, d’une réforme en profondeur du management à l’UHA.
La suite de l’enquête pénale et l’audit externe promis seront scrutés de près par une communauté universitaire en quête de reconnaissance, de dialogue et de sérénité retrouvée.













Un compte potage avec des blagues. Certes, il y avait une grosse partie sur la présidence et ses pratiques, mais il y avait aussi tout un pan beaucoup plus idéologique, directement ciblé sur la CSTE, et certains de ses membres qu’il n’avait aucun souci à citer ou à afficher avec leur visage en ligne (on rappelle qu’il est question ici d’étudiants). Pour citer quelques slides : ils étaient qualifiés d’islamo-gauchistes, de wokistes, de communautaristes (en pointant le soutien antiraciste et LGBT), le tout assorti d’un certain nombre de fake news. Il manque aussi dans l’article que l’une des personnes ayant porté plainte est une des responsables du SNEPTESS-UNSA (majoritaire et dans l’opposition à l’UHA), pour usurpation d’identité.
Le sujet demanderait un peu plus d’approfondissement, car il est beaucoup plus complexe.
Le rôle et les pratiques de la CSTE sur le campus, notamment fonderie, mérite un article à part entière. Nous avons l’intention de nous y consacrer, sachant que celle-ci n’est pas toujours appréciée, ou comprise, de la part de certains étudiants comme de techniciens et enseignants de l’Université.
Il est important de clarifier certains points concernant les allégations d’usurpation d’identité. Une des personnes ayant porté plainte est effectivement une responsable du SNEPTESS-UNSA.
Il a été rapporté que le prénom de cette personne a été usurpé sur une pétition en ligne, accessible via le site [petitionenligne.fr](https://www.petitionenligne.fr/), qui appelait à la démission de Pierre-Alain Muller.
Il est essentiel de comprendre que ce problème d’usurpation ne peut être imputé à la responsabilité de la plateforme uha2024.fr, car les signataires de la pétition sur le site tiers avaient la possibilité de choisir un prénom ou un pseudonyme pour leurs commentaires.