La 12ème édition de l’Indice mondial des droits de la trop peu connue Confédération Syndicale Internationale (CSI), publiée en 2025, dresse un constat alarmant de la situation des droits des travailleurs à l’échelle mondiale, avec une détérioration marquée en Europe, notamment en France et en Italie.
Ce rapport annuel, qui analyse les données de 151 pays, met en lumière une crise profonde et persistante pour les travailleurs et les syndicats, marquée par une escalade des violations des droits fondamentaux, une montée de l’autoritarisme politique et une concentration croissante du pouvoir économique.
A défaut de pouvoir examiner le document au complet, nous nous focaliserons tout d’abord sur l’Europe, et notamment la France puis l’Italie.
Europe : détérioration inédite des droits des travailleurs
L’Europe, traditionnellement perçue comme un bastion des droits sociaux, enregistre en 2025 son pire score depuis la création de l’Indice en 2014. La note moyenne régionale chute à 2,78, contre 2,73 l’année précédente, illustrant une érosion continue des droits syndicaux et des libertés collectives pour la troisième année consécutive2. Parmi les constats clés :
- 73 % des pays européens violent le droit de grève.
- 56 % restreignent la négociation collective.
- 41 % limitent la liberté d’association syndicale.
- 54 % des pays refusent ou restreignent l’accès à la justice pour les travailleurs, un bond spectaculaire par rapport à 32 % en 2024.
- 17 % des pays européens connaissent des violences contre les travailleurs.
- 32 % procèdent à des arrestations ou détentions arbitraires de syndicalistes.
La montée des partis politiques d’extrême droite et la multiplication de lois répressives expliquent en partie cette dégradation. Les gouvernements utilisent de plus en plus la législation pour restreindre la capacité d’action des syndicats et limiter la contestation sociale, souvent sous couvert de sécurité nationale ou d’ordre public.
France : érosion des garanties collectives et répression syndicale
En France, l’Indice 2025 confirme une tendance préoccupante à l’affaiblissement des droits collectifs :
- Le droit de grève est régulièrement restreint, notamment dans le secteur public, où l’imposition de services minimums et la pression sur les grévistes se sont accrues.
- La négociation collective est fragilisée, surtout dans les petites et moyennes entreprises (PME), où les réformes de 2017 ont permis aux employeurs d’imposer des accords sans véritable représentation syndicale. En 2024, plus de 40 % des accords collectifs en entreprise ont été adoptés par simple référendum d’employeur, sans conseil syndical, affectant 4,5 millions de salariés.
- L’accès à la justice pour les salariés est entravé par la longueur des procédures et des plafonds d’indemnisation pour licenciement abusif.
- Plus de 1 000 syndicalistes, principalement de la CGT, font l’objet de poursuites ou de sanctions pour leur participation à des mouvements sociaux, notamment contre la réforme des retraites. Des leaders syndicaux ont été convoqués à de multiples reprises par la police et condamnés pour « obstruction à la circulation » lors d’actions militantes.
- Deux syndicalistes français restent détenus en Iran depuis 2022, illustrant la vulnérabilité des militants même à l’international.
Italie : durcissement autoritaire et criminalisation des luttes
L’Italie, qui figurait jusqu’alors parmi les pays les mieux notés, voit sa situation se dégrader nettement en 2025, passant d’une note de 1 (violations sporadiques) à 2 (violations répétées). Les raisons principales :
- Le gouvernement de Giorgia Meloni a multiplié les mesures visant à restreindre le droit de grève, en particulier dans les transports publics. Lors d’une grève générale en novembre 2024, la Commission de Garantie a limité la durée du mouvement à quatre heures, contre huit prévues, sous prétexte de protéger les usagers.
- Un projet de loi propose de criminaliser les manifestations et blocages de routes ou de voies ferrées, avec des peines de prison allant de six mois à deux ans pour les organisateurs. La police pourrait être autorisée à utiliser des dispositifs de surveillance lors des opérations de maintien de l’ordre.
- L’État interfère dans le dialogue social tripartite, réduisant la représentation syndicale au sein du Conseil National de l’Économie et du Travail (CNEL), ce qui affaiblit la voix des travailleurs dans les négociations nationales.
Tendances générales et facteurs structurels
La crise des droits des travailleurs en Europe s’inscrit dans un contexte mondial de concentration du pouvoir économique : moins de 1 % de la population mondiale détient près de la moitié de la richesse, ce qui accentue l’influence des milliardaires sur les décisions politiques, y compris en matière de droits sociaux. Cette dynamique favorise l’adoption de lois anti-syndicales, la criminalisation des mouvements sociaux et la stigmatisation des syndicats comme « agents étrangers » dans certains pays.
Les violations les plus fréquentes incluent :
- L’entrave à la formation et à l’enregistrement des syndicats (37 % des pays européens).
- L’exclusion de certaines catégories de travailleurs du droit syndical, notamment les précaires, migrants et travailleurs des plateformes.
- La tendance à élargir la définition des « services essentiels » pour limiter le droit de grève, observée en France, Belgique, Finlande, Hongrie, Moldavie, Monténégro et Royaume-Uni.
Résistances
Malgré ce tableau sombre, l’Indice souligne des exemples de résistance et de progrès, notamment grâce à l’action collective des syndicats. En Côte d’Ivoire, les salariés de DHL ont pu élire des représentants syndicaux pour la première fois, illustrant l’impact positif des mobilisations coordonnées et de certaines législations européennes sur le devoir de vigilance des multinationales.
L’édition 2025 de l’Indice Mondial des Droits de la CSI sonne l’alarme : l’Europe, et particulièrement la France et l’Italie, ne sont plus à l’abri d’une dégradation rapide des droits fondamentaux des travailleurs. Face à la montée de l’autoritarisme politique, à la concentration des richesses et à la criminalisation des mouvements sociaux, la défense des libertés syndicales et du dialogue social reste plus que jamais un enjeu démocratique majeur.
« Les libertés démocratiques sont attaquées par une fraction toujours plus restreinte de la population contrôlant une part croissante de la richesse mondiale. » — CSI, Indice Mondial des Droits 2025









