Crédit photos : Martin Wilhelm
Toujours fourré dans une tranchée sociale, l’Alterpresse68, journal d’actualité du sud-Alsace, fait une halte exceptionnelle à Parissssss, afin d’y rencontrer ses pairs lors d’un festival du journalisme d’impact (notre article ici). Dans le 19e arrondissement, quartier de la Villette, où se tenait la rencontre avec les consoeurs et confrères impactants, nous y avons (aussi) croisé des salarié-e-s en grève. Aimantés comme jamais par une lutte sociale parisienne, impossible de ne pas vous la relater, d’autant… qu’aucun autre journaliste ne s’y est osé !
Le 19 septembre 2025, une mobilisation d’une soixantaine de personnes, principalement des agents de sécurité employés par la société de sous-traitance SGP, s’est déroulée devant la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris. Organisée majoritairement par la CFDT, cette action vise à protester contre la suppression de la rémunération des pauses, une mesure unilatérale qui entraîne une perte salariale d’environ 200 à 250 euros par mois pour chaque agent.
Un conflit né d’une décision unilatérale
Les grévistes dénoncent la disparition de la rémunération de la pause déjeuner, longtemps considérée comme une heure payée bien que les agents soient en partie mobilisables pendant ce temps. La pause de 45 minutes, ancien acquis des agents, est désormais décomptée comme une heure non rémunérée, réduisant ainsi la durée de travail payée à 9 heures sur une journée de 10 heures.
Cette modification des conditions salariales s’inscrit dans un contexte de transition entre prestataires, la société SGP ayant pris le relais il y a un an après 8 années gérées par l’ancien prestataire Astoria. Les agents expriment un fort sentiment d’injustice et d’épuisement face à ces changements qui remettent en cause leurs conditions de travail et la reconnaissance de leur pénibilité.
Impacts économiques et psychosociaux
La perte effective de 200 à 250 euros par mois est lourde de conséquences pour des salariés aux revenus modestes, surtout dans un secteur où les conditions de travail restent exigeantes, avec des journées commençant à 7 heures du matin et des prestations pouvant s’étendre sur 12 heures.
Les grévistes soulignent aussi le manque de concertation préalable et la non-transparence de la direction face à ces décisions. Sur le terrain, cette situation affecte fortement la motivation des agents, qui redoutent une dégradation supplémentaire de leurs conditions en plus de la perte financière.
Mobilisation et solidarités
À la date du mouvement, la quasi-totalité du personnel concerné, soit près de 60 agents de sécurité, étaient mobilisés. Bien que les chefs d’équipe ne soient pas directement concernés par la suppression des pauses payées, ils ont choisi de soutenir leurs collègues dans cette protestation.
La grève a également des conséquences sur le fonctionnement de la Cité : certains espaces comme la bibliothèque restent fermés faute de personnel de sécurité suffisant, et l’ouverture normale de l’établissement est perturbée.
Perspectives et revendications
La direction de la Cité des Sciences est attendue sur une réponse prévue pour la fin septembre. En attendant, les salariés restent unis et déterminés à poursuivre le mouvement tant qu’aucune solution satisfaisante ne sera trouvée.
Les revendications principales portent sur le rétablissement de la rémunération des pauses à hauteur d’une heure payée, une harmonisation des coefficients entre sous-traitants afin d’éviter les disparités salariales, et une prise en compte sincère de la pénibilité des fonctions exercées.
Un avenir incertain pour la Cité des Sciences et de l’Industrie
Au-delà du conflit social lancé par les agents de sécurité, la Cité des Sciences et de l’Industrie fait face à une période de grande incertitude quant à son avenir institutionnel et économique. Plusieurs scénarios sont évoqués, allant de la transformation profonde à la possible disparition de cette institution emblématique.
Selon des sources proches du dossier, une mission d’inspection gouvernementale est en cours pour évaluer le modèle économique et l’emprise bâtimentaire d’Universcience, l’organisme qui regroupe la Cité des Sciences et le Palais de la découverte. Un rapport est attendu dans les prochains mois, qui pourrait décider d’un réaménagement majeur, voire d’une fusion ou d’un transfert partiel des activités.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de tensions avec le Palais de la découverte, autre établissement phare de la culture scientifique parisienne, dont la réouverture est repoussée et dont le maintien fait débat. Certains responsables politiques et institutionnels envisagent de regrouper les deux entités ou de réduire significativement leurs surfaces, alimentant les craintes d’une dilution de l’offre de culture scientifique.
Les acteurs du secteur mettent en garde contre un appauvrissement de la diffusion scientifique à Paris, soulignant l’importance de multiplier les lieux d’accès à la connaissance plutôt que de les concentrer. Une vision partagée par plusieurs personnalités de la culture scientifique qui dénoncent une régression dans l’accès démocratique à la science, au profit d’enjeux économiques et immobiliers.
Cette crise institutionnelle survient alors que la Cité des Sciences continue à attirer un public nombreux grâce à ses expositions innovantes et ses activités pédagogiques, notamment à destination des jeunes publics. Mais l’inquiétude demeure sur la pérennité de son modèle, alors que les travaux de rénovation sont nécessaires et que la mission d’Universcience devra trouver un équilibre entre rentabilité et mission culturelle.

















