Les salarié·es de l’entreprise de propreté GSF Saturne à Mulhouse, soutenus par l’Union locale CGT, se sont rassemblés vendredi 16 janvier entre 10h et 17h devant l’agence du parc des Collines pour dénoncer des salaires jugés « indécents », des conditions de travail « catastrophiques » et une discrimination syndicale qu’ils estiment organisée au plus haut niveau de la direction.
Salaires jugés trop bas et demande de 13e mois
Au cœur de la mobilisation, la politique salariale de GSF, vécue comme un profond manque de reconnaissance du travail.
- La CGT annonce avoir réclamé en décembre, lors de la négociation annuelle, une augmentation de 5% du taux horaire pour tous les salarié·es, ainsi qu’un 13e mois « pour les ouvriers comme pour les cadres, assistantes et chefs d’établissement qui, eux, en bénéficient déjà » ; ces demandes sont restées sans suite.
- Plusieurs salarié·es évoquent des rémunérations « trop basses », autour de 1 500 à 1 550 euros nets par mois « pour une charge de travail qui n’est pas compatible avec ce salaire ».
La colère a été exacerbée par le choix de la date du rassemblement : le jour même où la direction organisait une fête de fin d’année au musée de l’Automobile « pour les seuls cadres et chefs d’équipe », pendant que les agents de nettoyage ne recevaient qu’un bon d’achat de 75 euros. « Avec 75 euros, tu fais quoi aujourd’hui ? Tout a augmenté », résume un ouvrier.
Conditions de travail et sous-effectif dénoncés
Plusieurs témoignages décrivent des conditions de travail très dégradées, entre sous-effectifs chroniques, intensification du travail et interventions sur des sites sensibles sans moyens adaptés.
- Sur un important site pharmaceutique, une salariée explique qu’ils ne sont « même pas une quinzaine » au total, dont « même pas une dizaine » en production, avec un sous-effectif estimé à « au moins six personnes » supplémentaires nécessaires.
- Elle décrit un travail très encadré (procédures, sas, changements de tenue, respect strict des protocoles de nettoyage en milieu pharmaceutique), mais réalisé dans des délais insuffisants : « On nous donne beaucoup trop de salles à faire en peu de temps. On sait qu’on néglige la qualité, mais ils ferment les yeux, ça ne les dérange pas. »
D’autres intervenants évoquent des chantiers en chimie, avec déplacement en voiture personnelle et exposition à des produits chimiques « sans formation spécifique, sans prime de risque et avec un matériel insuffisant ». L’un d’eux affirme : « On nous traite comme des esclaves. »
Discrimination syndicale et « climat de peur »
La notion de discrimination syndicale revient comme un fil rouge de la journée.
- Une représentante CGT au CSE (comité social et économique), salariée de l’agence de Mulhouse, explique que l’appel à la grève vise une discrimination syndicale autant que les salaires et les conditions de travail, en rappelant qu’un premier mouvement avait déjà eu lieu en octobre 2024 sans que les engagements du directeur ne soient, selon elle, respectés.
- Un salarié présent depuis 2018 dit avoir travaillé « six ans tranquille » avant de s’engager aux côtés de la CGT : « Le jour où j’ai décidé de soutenir mes collègues, ils ont organisé un harcèlement pour me pousser vers la sortie. Je reçois des lettres pour rien, ils cherchent la petite bête. Je suis victime de mes choix, victime d’être à la CGT. »
Selon les militants, cette pression nourrit un « climat de peur » : une partie des salarié·es se range alors du côté de la direction, par crainte de subir le même traitement. La représentante CGT décrit une direction qui « cherche la petite bête » dès qu’un élu CGT prend la parole en réunion, alors que les interventions d’autres syndicats seraient mieux tolérées.
Fête réservée à l’encadrement et sentiment d’injustice
La fête organisée le soir même pour l’encadrement est devenue un symbole de la fracture interne.
- Plusieurs salarié·es évoquent « trois catégories de salariés » dans l’entreprise : l’encadrement en haut, les salariés dociles au milieu, et « en dessous de rien » les ouvriers qui assurent le nettoyage.
- Cheffe d’équipe et élue CGT, Latifa indique qu’elle était invitée à cette soirée mais a choisi de rester avec ses collègues en grève : « Je suis avec les salariés. Il n’y a aucune reconnaissance envers eux, ni sur le salaire, ni sur un geste symbolique. »
Le tract de l’Union locale CGT résume cette opposition : « Pendant que la direction appuie sur le champignon, les ouvriers restent au garage », en référence à des bénéfices en hausse depuis des années et à l’absence d’augmentation générale pour les agents.
Multiplication des contentieux et soutien syndical
L’Union locale CGT de Mulhouse, très présente sur place, insiste sur la dimension juridique du conflit.
- Un responsable de l’UL rappelle qu’en octobre 2024, le directeur de site, Benoît Cortial, s’était engagé à mettre fin aux pratiques de discrimination syndicale et de harcèlement, engagement que la CGT considère aujourd’hui comme « des paroles envolées ». Voir notre article à ce sujet.
- Le défenseur syndical de la CGT indique quant à lui avoir « bien plus de 10% de l’effectif de l’établissement de Mulhouse en contentieux », ce qui représente, selon lui, un volume « anormalement élevé » pour une entreprise d’environ 130 salariés, largement au-dessus de la « moyenne d’une affaire » constatée dans d’autres sociétés de nettoyage.
La CGT souligne enfin que le tribunal de Mulhouse a déjà relevé des irrégularités lors des dernières élections professionnelles et invalidé le scrutin du second collège électoral, y voyant un signe supplémentaire des pratiques contestées de la direction.
Les militants préviennent que la mobilisation ne fait que commencer et promettent de « remettre le couvert » si besoin, combinant grèves, rassemblements et recours en justice pour obtenir hausses de salaires, amélioration des conditions de travail et fin de la discrimination syndicale.













