Crédit photos : Martin Wilhelm
Cela pouvait avoir l’apparence d’une manifestation traditionnelle tenue à l’occasion d’une journée de mobilisation sociale : la tête du cortège au départ du square de la Bourse étant menée, comme à l’accoutumée, par des syndicalistes de la CGT en chasuble rouge, venus en nombre, et les slogans à coloration fortement sociale et politique pullulaient dans tous les rangs.
Pourtant, cet évènement social atypique « bloquons-tout » du 10 septembre, a été fortement mobilisateur pour la ville de Mulhouse. Au moins 2000 personnes y ont participé, et plus encore quand plusieurs centaines de personnes s’y sont agrégées tout le long du défilé. On y a vu la participation de nombreux citoyens et citoyennes sans appartenance politique ou syndicale affichée, voire même des primo-manifestant-e-s.
Compte tenu le mode d’organisation du mouvement du 10 septembre (soutenu par 56% des Français), via le réseautage en ligne ou autres messageries, et son caractère supposément « apolitique », ou du moins « apartisan », les mots d’ordre ne pouvaient qu’être hétérogènes.
Sinon une colère unanime concentrée autour de la figure désormais détestée d’Emmanuel Macron (dont 64% des Français souhaitent le départ, selon le même sondage effectué par l’institut Odoxa-Backbone Consulting, publié début septembre 2025), les slogans dénonçaient aussi bien la concentration asymétrique des richesses, les 200 milliards d’argent public dilués en subventions et allègements de cotisations pour les entreprises, la politique de l’offre qui a diminué les recettes fiscales, se traduisant par un nouveau tour de vis social…
On y trouvait également des défenseurs de l’écologie et des biens communs, toutes choses singulièrement malmenées par le gouvernement, et la dénonciation de la pauvreté, ou l’explosion des inégalités.
Le sort de la Palestine et des Gazaouis était également notable auprès de plusieurs dizaines de manifestant-e-s.
Retour d’expérience assez douloureux
La caractère hétérogène des revendications était le pendant de son caractère hétéroclite. Si le profil sociologique des manifestants était défini par un centre de gravité politique plutôt marqué à gauche, nombre d’autres cherchaient, au contraire, à se défaire des attaches partisanes, au point de s’y expliquer parfois vertement, comme on l’a constaté dans la boucle Télégram du groupe local.
Les échanges y semblent par moment glaciaux, et le feedback de lendemain de manif est douloureux. Quelques personnes sont particulièrement remontées contre les organisation de gauche qui sont venues équipées de leurs oriflammes, alors qu’on « était censé être apartisan« . Traçant par ailleurs un signe égal entre extrême-gauche et extrême droite, et se persuadant que c’est en excluant les appartenances partisanes qu’un mouvement citoyen pourra s’enraciner dans la durée.
Pour d’autres, il est inutile de se prétendre apartisan, car tout le monde est nécessairement partisan. « C’est une alliance de circonstance, nous devons discuter car nos projets d’avenir pour le pays sont très différents. Et c’est pour cette raison que certains préfèreraient ne pas avoir quiconque avec des idées d’extrême droite dans le mouvement. Et je ne peux pas les blâmer, pour certains l’oppression des invectives de droite et d’extrême droite, elles sont vécu au quotidien, à chaque instant par les jugements et par l’omniprésence des discours réactionnaires dans l’espace médiatique« .
Quoi qu’il en soit, le mouvement ne devrait pas se poursuivre ou se prolonger d’ici le 18 septembre, date de l’appel à manifester d’une intersyndicale rassemblant l’ensemble des grandes organisations syndicales françaises (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU, Solidaires) qui appelle à une journée nationale de grève et de manifestations partout en France, soutenue par certaines forces politiques.
Les centrales syndicales protestent contre les mesures budgétaires du gouvernement perçues comme injustes et antisociales, incluant notamment la suppression de jours fériés, des coupes dans les services publics, de nouvelles réformes du droit du travail et de l’assurance chômage, le gel des prestations sociales, la désindexation des retraites, une baisse du pouvoir d’achat…
Ils escomptent, a contrario, faire valoir l’exigence de justice sociale et fiscale, l’abandon de réformes jugées néfastes, des investissements dans la solidarité, l’écologie, et les services publics.































