Le collectif “Cent pour un hébergement” Mulhouse, rassemblant depuis 13 années l’Association d’accueil des demandeurs d’asile (AADA), le CCFD-Terre-Solidaire-68, la CIMADE, la LDH section de Mulhouse, Emmaüs-Cernay, la Pastorale des migrants-68 et le Conseil local de la solidarité, se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire, menacé jusque dans son existence.
Un dernier rempart solidaire face à la précarité
Dans le paysage associatif alsacien, Cent pour un hébergement incarne, depuis plus d’une décennie, la détermination citoyenne face à l’exclusion sociale. Fondée à l’hiver 2012 dans les murs froids d’un ancien couvent des Pères Rédemptoristes à Riedisheim, l’association est née d’une urgence humanitaire : à Mulhouse, des familles, des enfants, des jeunes erraient dans la rue, abandonnés par le système alors que l’hiver s’annonçait glacial.

Face à l’insupportable, le collectif « Urgence-Welcome » réunissant associations, citoyens engagés, bénévoles anonymes et partenaires, s’est formé pour refuser que la détresse devienne la norme. D’abord hébergement d’urgence, puis structuration d’un réseau pérenne : Cent pour un hébergement est fondé pour signer les baux, assurer le paiement des loyers et multiplier les solutions.
“Nous sommes convaincus que la misère n’est pas une fatalité, et qu’il est inacceptable que notre société laisse tant d’hommes, de femmes et d’enfants sur le bord de la route”.
Un modèle citoyen solidaire, né en Alsace
Le principe est à la fois simple et puissant : lorsque 100 personnes s’engagent à verser chaque mois une petite somme, elles peuvent ensemble offrir un logement à une famille à la rue. Cette idée, née localement, a essaimé dans toute la France, inspirant une quarantaine d’antennes et collectifs qui appliquent aujourd’hui ce modèle auprès des personnes sans-abri, majoritairement des familles migrantes ou en situation de grande précarité.

L’antenne de Mulhouse, historiquement première à se former, reste emblématique du meilleur de l’œcuménisme alsacien : enracinement local, culture de l’accueil et refus des discriminations, appuyée sur la fraternité civique et la solidarité inter-associative. Les partenariats avec Emmaüs Cernay (soutenant fidèlement via une aide mensuelle) et la participation à des collectifs comme « Urgence Welcome » ou « Pause Solidaire » lors de la trêve hivernale amplifient ce maillage.
“Nous ne faisons pas de différences entre les pauvres d’ici et ceux d’ailleurs, entre les migrants légitimes et illégitimes. Nous croyons que personne ne quitte son pays de gaieté de cœur, surtout pour aller vers des difficultés et des risques énormes : se noyer en mer, mourir sur la route, être réduit en esclavage…“
Un impact qui dépasse les frontières régionales
Cent pour Un a permis à des centaines de familles sans papiers, déboutées du droit d’asile ou victimes d’obligation de quitter le territoire français, de trouver temporairement refuge et dignité. En 2024, près de 177 000 euros ont été investis à Mulhouse dans des loyers privés, affichant une indépendance revendiquée vis-à-vis de l’État et des collectivités, du fait de son soutien à des personnes juridiquement invisibilisées : les fonds publics et subventions départementales ou régionales étant quasi-inexistants.

Au fil des années, l’association s’est également mobilisée autour de multiples actions : forums annuels, campagnes de fournitures scolaires, distributions alimentaires et plaidoyers pour plus de justice sociale. Dans une France où 350 000 personnes sont sans domicile et où le mal-logement touche désormais 11 millions d’individus, Cent pour un se bat pour que la voix des plus fragiles soit entendue.
“Nous ne croyons pas que l’Europe soit sur la bonne voie quand elle cherche à s’enfermer comme dans une citadelle”.
Un fonctionnement fragile et menacé
Mais derrière cette solidarité se cache une extrême fragilité. L’association dépend principalement des dons citoyens, de sommes ponctuelles et des coups de pouce extérieurs. Malgré l’engagement d’Emmaüs ou les opérations solidaires, l’instabilité financière est chronique : aucun soutien structurel des collectivités, aucune aide de la mairie ou de la région pour les familles exclues des dispositifs officiels. Cette précarité structurelle fait peser une épée de Damoclès sur l’existence même du réseau mulhousien.
À cela s’ajoutent les difficultés administratives et juridiques : pression de l’État sur l’aide aux personnes sous OQTF (obligation de quitter le territoire), réduction continue des places d’accueil pour demandeurs d’asile, menaces sur les crédits dédiés à l’hébergement d’urgence dans le budget 2025. Les bénévoles eux-mêmes confessent dans la presse locale la nécessité de « se faire discrets » pour éviter tout blocage officiel. Chaque année, c’est un combat de fonds pour éviter l’expulsion, garantir le paiement des loyers et la continuité de l’accueil.
Nous nous reconnaissons dans la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité », ainsi que dans la devise de notre république : « liberté, égalité, fraternité »
Le cri d’alerte d’une association en danger
Le risque est aujourd’hui réel : disparition progressive des ressources, usure des bénévoles, politiques publiques restrictives. Alors que la crise du logement explose partout en France, l’existence même de Cent pour un devient un symbole du repli national sur l’hébergement des sans-papiers, et de la capacité de la société française à ne pas abandonner les plus vulnérables.
Dans son dernier forum de “L’Humanité sans limite” tenu en avril 2025, le collectif posait un constat brûlant d’actualité : « Il y a des mécanismes de déshumanisation à l’œuvre et nous décidons ici d’y opposer des leviers d’humanité». Derrière cette assertion, un constat limpide : sans engagement collectif, sans relai des solidarités locales, ce rempart citoyen pourrait disparaître, emportant avec lui les dernières lueurs d’un accueil inconditionnel.
“Nous venons d’horizons différents, nos croyances ne sont pas les mêmes, mais nous partageons quelques valeurs fondamentales”.
Un appel à la mobilisation : AG exceptionnelle le 3 novembre
Face à cette urgence, le collectif associatif convie ses donateurs, bénévoles et partenaires à une assemblée générale exceptionnelle, le lundi 3 novembre 2025 au Carré des Associations (100, avenue de Colmar, Mulhouse), pour réfléchir ensemble à l’avenir du réseau, aux solutions possibles et, si nécessaire, à une mobilisation élargie pour éviter le pire. L’avenir de dizaines de familles dépend de la capacité du collectif et de ses soutiens à transformer l’urgence en action pérenne.










