Crédits photos : Martin Wilhelm
À Mulhouse, une centaine de personnes, parmi lesquelles on comptait Cécile Germain (élue régionale) et Roger Winterhalter (ancien maire de Lutterbach, notamment) , se sont retrouvées hier après-midi rue du Sauvage pour affirmer, face aux vents contraires, qu’aucun être humain n’est de trop et que la dignité ne se négocie pas.
Rassemblés à l’occasion de la Journée internationale des migrant·es, elles et ils ont répondu à l’appel d’un large collectif d’associations, syndicats et organisations citoyennes, autour du mot d’ordre commun : « Né·es ici ou venu·es d’ailleurs, l’égalité des droits, c’est pour toutes et tous ».
Un rassemblement contre une « fabrique de sans‑papiers » dans une ville-monde
Devant les manifestants, dans une ville riche de plus d’une centaine de nationalités différentes, Gérard Moine, représentant de la Ligue des droits de l’Homme à Mulhouse, a dénoncé une politique migratoire devenue, selon lui, une véritable « fabrique de sans-papiers », faite de refus de titres de séjour, de remises en cause des APL pour les étudiant·es étranger·es, d’OQTF systématisées et de placements en rétention qui brisent des trajectoires de vie.
Il a rappelé que la loi immigration du 26 janvier 2024 et la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025 ont des conséquences « catastrophiques » pour les personnes étrangères qui veulent simplement travailler, étudier, se soigner, se marier ou vivre en famille en France.
En écho à la position nationale de la LDH, il a souligné que ces textes organisent une violence sociale, administrative et institutionnelle quotidienne, incompatible avec la promesse démocratique d’égalité et de liberté. Cette politique, a-t-il insisté, alimente le racisme, renforce la surexploitation des travailleuses et travailleurs migrants et normalise le traitement inégalitaire et stigmatisant des personnes étrangères.
Des mots forts contre la peur et la division
Dans son intervention, Gérard Moine a fustigé le rôle des grands médias détenus par des groupes privés, citant notamment le groupe Bolloré, qui diffusent chaque jour des discours de peur, de haine et de mensonges pour présenter les personnes étrangères comme un danger fantasmé.
Cette rhétorique, a-t-il expliqué, nourrit les thèses d’extrême droite et offre un terrain fertile à celles et ceux qui veulent opposer les pauvres entre eux plutôt que s’attaquer aux véritables responsabilités politiques et économiques.
Il a rappelé que les migrant·es ne sont ni une menace ni une variable d’ajustement électoral, mais une richesse pour la société, par leur travail, leurs cultures et leurs engagements quotidiens dans la vie collective.
Loin des caricatures, ces femmes, ces hommes et ces familles construisent ici leur existence, souvent dans la précarité, mais aussi dans la solidarité la plus concrète, avec l’appui d’associations locales comme celles réunies au sein de collectifs mulhousiens de soutien aux personnes exilées.
Pour une France fidèle à ses promesses
« Ce n’est pas la France que nous souhaitons », a lancé Gérard Moine, en appelant à une France réellement fidèle à ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Les droits à l’éducation, à la protection sociale, à la santé, au travail, au logement et à la culture doivent être les mêmes pour toutes et tous, quelles que soient les origines ou la nationalité, afin que chacun·e puisse construire librement son quotidien et son avenir.
Les organisations signataires de l’appel, parmi lesquelles la LDH, la Cimade, la FSU, la CGT, des associations de solidarité et plusieurs formations politiques (l’AFPS, Amnesty International, Attac, la CSTE, le PCF, les Résistances de la Terre, Solidaires Alsace, SUD Éducation Alsace), défendent un projet de société humaniste et solidaire, à rebours de la logique de tri et de suspicion qui s’impose aujourd’hui.
En ce 21 décembre gris de fin d’année, les slogans et les prises de parole n’ont pas seulement dénoncé la loi et la circulaire : ils ont esquissé une autre voie, celle d’une France qui choisit l’accueil, l’égalité des droits et la dignité pour toutes et tous, nées ici ou venues d’ailleurs.













