La récente tentative d’ouvrir le 1er mai à certains commerces, présentée comme une mesure « pragmatique », s’est heurtée à la mobilisation syndicale et a été rejetée par l’Assemblée nationale. Cette proposition sénatoriale, portée par la droite et l’extrême droite, visait à banaliser le travail salarié dans des secteurs comme les boulangeries et fleuristes, sous couvert de « volontariat » et de « services essentiels ».

Proposition de loi sénatoriale

Déposée au Sénat le 25 avril 2025 par la sénatrice LR Marseille Billon, cette loi visait à modifier l’article L. 3133-4 du Code du travail pour élargir les dérogations au repos obligatoire du 1er mai.

Elle autorisait le travail salarié dans les boulangeries, fleuristeries, restauration de proximité, établissements culturels et touristiques, en les assimilant aux « activités essentielles » ne pouvant interrompre leur fonctionnement. Le texte prévoyait des majorations salariales (100% minimum) et un prétendu volontariat, touchant potentiellement 1,6 million de salariés supplémentaires. Adoptée par le Sénat le 3 juillet 2025, elle a été transmise à l’Assemblée.

La proposition de loi d’origine sénatoriale cherchait précisément un alignement par l’extension des dérogations dominicales (article L.3132-12 du Code du travail) au 1er mai. Initialement trop large, elle a été modifiée sous pression syndicale (CFDT, CGT, FO…) et finalement rejetée à l’Assemblée le 22 janvier 2026.

Mobilisation syndicale

Le 22 janvier 2026, l’Assemblée nationale n’a pu adopter ce texte soutenu par la droite et l’extrême droite, faute de temps et face à l’opposition unie des syndicats. La CGT, à l’avant-garde, avait interpellé les parlementaires et organisé une manifestation devant l’hémicycle, dénonçant une « remise en cause scandaleuse » de plus de cent ans de luttes.

La CFTC et l’UNSA ont également appelé à rejeter cette « attaque contre l’unicité du 1er mai« . Les syndicats dénoncent une “brèche” vers la banalisation totale, comme pour le dimanche où le volontariat est illusoire.

Sachant que les petits commerçants indépendants peuvent déjà ouvrir sans salarié, évitant toute distorsion de concurrence injustifiée.

L’illusion du « volontariat » dans un contrat entre inégaux…

Histoires de 1er mai

Née le 1er mai 1886 à Chicago avec la grève pour la journée de 8 heures (Haymarket), la Fête du « Travail » (en fait celle des travailleurs) devient internationale après l’assassinat de leaders syndicaux.

En France, le 1er mai 1890 marque la première célébration massive ; le massacre de Fourmies (9 morts, dont une ouvrière) en 1891 en fait un symbole de deuil et de résistance.

Reconnu jour chômé et payé par la loi de 1941 (sous Vichy, mais ancré dans les ordonnances de 1945), il reste le seul férié à caractère obligatoire et unique, incarnation des conquêtes sociales arrachées par le salariat.

Mais la victoire reste frêle. Ce pour quoi la CGT appelle déjà à la vigilance : toute récidive serait un casus belli pour le monde du travail, selon la centrale de Montreuil.

Et en Alsace Moselle ?

Héritage de l’annexion allemande (1871-1918), maintenu par ordonnance du 16 août 1892 et loi du 31 mars 2005, le droit local alsacien-mosellan impose le chômage obligatoire de tous les jours fériés, y compris le 1er mai sans condition d’ancienneté pour le maintien de salaire. Contrairement au droit commun (où seul le 1er mai est obligatoirement chômé nationalement), les 13 jours fériés locaux (dont Vendredi Saint, St-Étienne) sont tous chômés et payés pour les salariés travaillant dans Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle.

Les dérogations sont limitées et identiques au droit commun. De sorte qu’elle renforce l’opposition syndicale en Alsace : la proposition aurait heurté de front le droit local sans l’adapter, risquant une distorsion accrue. La CGT et CFDT alsaciennes rappellent que ces acquis sociaux distinguent la région, protégeant mieux les travailleurs contre la banalisation libérale.

Le dossier législatif de la proposition de loi.

Lectrices et lecteurs, nous avons besoin de 15 000 euros pour préserver notre existence et notre indépendance. Soutenez-nous par un ou des dons défiscalisables à 66% de vos impôts !