Crédit photos : Martin Wilhelm

Jusqu’à 1000 personnes (1 500 d’après les organisateurs), ont défilé samedi 24 janvier 2026 dans les rues de Mulhouse pour dénoncer les crimes commis contre les Kurdes du Rojava, en Syrie du Nord-Est. Des sympathisants sont venus en renfort depuis Belfort et Montbéliard notamment.

Le rassemblement, parti de la place de la Bourse vers 16h40, et dispersé vers 18h, a été marqué par une minute de silence en hommage aux victimes kurdes. Deux individus ont été interpellés avant le départ pour provocation envers les manifestants.

Contexte : l’offensive syrienne contre l’autonomie kurde

Depuis début janvier 2026, le Rojava fait face à une offensive militaire d’envergure menée par le gouvernement de transition syrien, dominé par Hayat Tahrir al-Cham (HTS), ancienne organisation terroriste désormais adoubée par les USA et le Royaume-Uni notamment (et de fait la France).

L’assaut a commencé le 6 janvier avec l’attaque du quartier kurde de Cheikh Maqsoud à Alep, suivie de la prise de Deir Hafer et Maskanah, puis s’est étendu aux gouvernorats de Raqqa, Deir ez-Zor et Hassaké.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, ont perdu des territoires clés comme Rakka et Deir ez-Zor les 17 et 18 janvier, malgré un cessez-le-feu signé ce jour-là mais violé dans la foulée. Kobané est assiégée, avec une mobilisation générale de la population pour sa défense ; des exécutions sommaires, arrestations massives et frappes de drones turcs aggravent la situation, menaçant l’existence même de cette région autonome bâtie sur l’égalité des sexes, l’écologie et les droits des minorités.

La Turquie soutient activement l’offensive via des drones ciblant les YPG (unités kurdes de protection du peuple) et PYD, tandis que Damas exige la reddition totale des FDS, refusant toute reconnaissance réelle de l’identité kurde. Ce conflit existentiel ravive les craintes d’une régression sociétale après les acquis de la révolution kurde face à l’État islamique.

La mobilisation alsacienne : Mulhouse et Strasbourg

À Mulhouse, les manifestants expriment une colère légitime face à ces attaques qui sacrifient le peuple kurde et réduisent au silence ses aspirations démocratiques. Cette marche s’inscrit dans une vague de solidarité régionale, avec une manifestation parallèle à Strasbourg où plus d’un millier de personnes, venues d’Alsace, de Kehl et d’ailleurs, ont défilé le même jour pour exiger une solution politique protégeant l’autonomie du Rojava.

Des rassemblements quotidiens ont eu lieu à Strasbourg toute la semaine, mobilisant Kurdes de tous horizons et appelés à se prolonger. En France, ces actions – de Paris à d’autres villes – visent à briser le silence international sur cette « guerre totale » lancée depuis le 4 janvier.

Perspectives : un appel à la solidarité internationale

La situation au Rojava, avec Kobané et Qamishli en première ligne, appelle à une vigilance accrue des démocrates face aux avancées syriennes et turques. Les manifestants mulhousiens rappellent que soutenir le Rojava, c’est défendre un modèle d’autogestion face à l’autoritarisme et au djihadisme.


Auparavant, un rassemblement pour la Palestine sur le même lieu

Peu avant, le collectif Palestine 68, a appelé à un rassemblement depuis le square de la Bourse. Une cinquantaine de manifestants se sont rassemblés derrière une banderole sur laquelle on lisait « Stop à l’extermination du peuple palestinien ». Mais les manifestants ont résolu de ne pas défiler cette fois.

Mireille Pelka y a pris la parole pour le compte de l’AFPS Alsace :

Malgré le cessez-le-feu du 8 octobre, les attaques israéliennes persistent, causant plus de 440 morts palestiniens et la destruction de 2500 bâtiments. La « ligne jaune » resserre l’étau sur 53% de l’enclave, forçant des déplacements massifs ; 37 ONG internationales sont interdites d’accès, limitant l’aide à 100-300 camions/jour au lieu de 600 prévus. L’orateur dénonce un génocide par famine et privation organisée, avec 90% des infrastructures détruites et plus de 100 000 victimes au total (dont 71 439 morts au 15 juillet).

La colonisation s’intensifie en Cisjordanie, avec un mur frontalier de 500 km, des raids dans les camps (Jénine, Tulkarem), démolitions et 32 000 déplacés. À Birzeit, un raid universitaire fait 41 blessés et vols d’équipements. Bilan : 726 tués et 6951 blessés depuis janvier 2024. Mireille Pelka évoque un apartheid doublé d’un nettoyage ethnique.

Elle dénonce en outre la censure académique, les ventes d’armes qui se poursuivent (Millipol 2025), les manifestations d’extrême droite qui sont protégées et un nouveau projet de loi assimilant antisémitisme et critique d’Israël.

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