À Mulhouse, l’Université de Haute-Alsace (UHA) et son président viennent d’encaisser un sérieux revers, et la pilule a sans doute un goût particulièrement amer pour Alain Muller, son président.

Olivier B. au cœur d’un long bras de fer avec l’établissement, relatif à la gestion d’un site parodique dans le contexte de l’élection à la présidence de l’institution, a annoncé avoir été relaxé sur l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés, tandis que la demande de l’UHA, qui réclamait près de 130 000 euros, a été rejetée.

La séquence devait sans doute servir d’exemple ; elle ressemble surtout, pour la présidence, à un contre-exemple retentissant.

Le plus savoureux, dans cette affaire, demeure la mise en scène surdramatisante de ce contentieux. L’université avait choisi le registre de la fermeté, du sérieux, de la gravité institutionnelle.

Elle parlait en effet de « cyberattaque », de « détournement » (de logo), de « préjudice », de « principes bafoués », avec cette solennité propre aux établissements qui se découvrent des airs de forteresse assiégée.

Au final, c’est elle qui se retrouve exposée, et pas seulement devant les magistrats : dans le paysage local aussi, la démonstration tourne court. Car à vouloir transformer une polémique interne en affaire d’État universitaire, sa gouvernance s’est surtout offerte une contre-publicité inouïe.

En son sein, notamment dans le corps professoral, l’affaire aura laissé une impression tenace : celle d’une institution qui, au lieu d’éteindre l’incendie, l’a alimenté à grands jets de procédure. Et d’un président qui, à force de vouloir tenir la ligne, s’est retrouvé à incarner la crispation plutôt que l’autorité.

Olivier B. lui, s’en félicite ouvertement. Il évoque une victoire pour la liberté d’expression et fustige un pouvoir exécutif qui aurait utilisé ses ressources pour persécuter plutôt que pour apaiser. Lui qui a fait l’objet d’une perquisition en son domicile à la manière antiterroriste, puis embarqué menotte aux poignets vers le commissariat !

Cette victoire judiciaire n’est pas uniquement la mienne ; elle est aussi celle de la liberté d’expression. Elle met en lumière les défis auxquels nous faisons face lorsqu’un pouvoir exécutif utilise ses ressources pour persécuter plutôt que pour promouvoir un climat bienveillant et ouvert à la critique. C’est un rappel que la critique, même adressée à ceux au pouvoir, est essentielle dans un environnement académique sain.

Pour autant, le mal est fait : l’homme a été licencié de l’UHA pour faute lourde.

L’affaire a largement dépassé le cadre d’un simple contentieux personnel. Elle interroge désormais la manière dont une université publique gère la critique, le dissentiment et, plus largement, sa propre image.

Car lorsqu’une université se présente en rempart du droit et finit déboutée de ses prétentions, elle ne perd pas seulement un procès : elle abîme un peu plus sa crédibilité. À vouloir faire taire un contestataire, elle lui a offert un podium ; à vouloir sanctuariser sa propre version des faits, elle a laissé s’installer l’idée qu’elle voulait surtout imposer le silence.

Dans cette affaire, il est difficile de savoir ce qui pèse le plus lourd : le coût juridique (un grand avocat parisien a été diligenté pour plusieurs dizaines d’euros de fonds publics), l’atteinte symbolique, ou la trace laissée dans le climat interne de l’établissement.

À Mulhouse, en tout cas, la séquence n’a rien d’anecdotique. Elle dit quelque chose d’assez simple et d’assez cruel : quand une institution s’engage dans une bataille pour son prestige, elle devrait s’assurer de ne pas finir avec une défaite en forme de leçon de ridicule, et cette déconvenue restera probablement comme un mauvais chapitre de plus dans l’histoire récente de l’institution universitaire.

Pour l’université, l’heure n’est pas à la fête. C’est le moment des comptes, des explications et, peut-être, d’un peu de modestie. À force de vouloir faire la leçon, elle a fini par en recevoir une !

Nous reviendrons très bientôt sur cette affaire à partir des arguments exposés par le tribunal de Mulhouse dans sa décision.

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