Crédit photo : Martin Wilhelm
Le tribunal de Mulhouse a relaxé, mercredi, un quatrième militant d’Extinction Rebellion Strasbourg, convoqué bien plus tard, poursuivi à la suite d’une action menée en avril 2024 sur le site de Stocamine, à Wittelsheim. Outre la relaxe, l’avocate Florence Dole a obtenu que son client obtienne une indemnité de 432 euros « pour avoir été poursuivi à tort dans ce dossier ».
Cette décision intervient après les trois relaxes déjà prononcées en mars pour des faits similaires, dans un dossier devenu emblématique de la contestation contre l’enfouissement définitif des 42 000 tonnes de déchets industriels dangereux sous la nappe phréatique rhénane.
L’action visée par la procédure judiciaire s’était déroulée les 26 et 29 avril 2024. Selon le communiqué d’Extinction Rebellion Strasbourg, quatre militant·es s’étaient cadenassé·es près du site pour dénoncer le projet Stocamine et alerter sur les risques qu’il ferait peser sur la ressource en eau de millions de personnes, de l’Alsace jusqu’aux pays voisins.


Le collectif de militants écologistes oppose à ce projet une critique constante : enterrer des déchets toxiques dans une ancienne mine de potasse déjà fragilisée, au-dessus d’une nappe phréatique stratégique, reviendrait à faire peser un danger durable sur l’environnement et sur les générations futures. Cette ligne de fracture traverse depuis des années les mobilisations locales, les expertises scientifiques, les recours juridiques et les prises de position politiques.
Stocamine cristallise une opposition ancienne, portée par des associations, des habitant·es, des élu·es et des collectifs écologistes. Le site Destocamine retrace une chronologie longue de plus de trente ans, marquée par la dénonciation du confinement définitif de déchets présentés comme toxiques et par la mobilisation contre le risque de pollution de la nappe phréatique.
En novembre 2023, le tribunal administratif de Strasbourg avait déjà suspendu l’arrêté préfectoral prolongeant sans limite l’autorisation de stockage souterrain, soulignant la fragilité du cadre réglementaire autour du site. Cette décision a renforcé la dimension politique et sanitaire du dossier, bien au-delà du seul périmètre local de Wittelsheim.
Dans son communiqué de presse, Extinction Rebellion Strasbourg affirme que les poursuites engagées contre un seul militant, alors que ses camarades ont déjà été relaxés pour les mêmes faits, relèvent d’une stratégie d’épuisement. Le mouvement dénonce une répression assumée contre des actions de désobéissance civile visant à empêcher, selon lui, une catastrophe environnementale annoncée.
Le collectif présente aussi Stocamine comme un choix coûteux et politiquement contestable : plutôt que d’extraire les 42 000 tonnes de déchets et de financer leur traitement, l’État privilégierait une solution de confinement jugée mortifère par les opposant·es. Cette critique s’inscrit dans une bataille de longue haleine autour de la protection de l’eau, de la transparence publique et de la responsabilité vis-à-vis des générations futures.
La relaxe prononcée à Mulhouse ne met pas fin au conflit autour de Stocamine. Elle montre au contraire que le dossier continue de produire des effets judiciaires, politiques et militants, à mesure que se resserre le calendrier des décisions concernant le devenir du site.
Pour les opposant·es, chaque audience, chaque décision et chaque mobilisation rappellent une évidence : le stockage définitif de déchets toxiques sous la nappe phréatique rhénane n’a rien d’une solution durable.
Tandis que pour les autorités, le dossier reste celui d’un arbitrage technique et financier particulièrement sensible, au croisement de la sécurité industrielle, du droit de l’environnement et de la gestion d’un passif minier aussi marquant que douloureux pour le Bassin potassique.











