Une trentaine de personnes se sont réunies à Mulhouse mercredi soir, à 18h30, place de la Bourse, afin d’affirmer leur soutien à Anasse Kazib, militant syndical et figure de Révolution permanente (scission du NPA), visé par une procédure judiciaire dans une affaire d’« apologie du terrorisme » liée à ses prises de position sur la Palestine.
La mobilisation locale s’inscrit dans une séquence nationale très sensible, où s’entremêlent conflit au Proche-Orient, liberté d’expression et tensions autour de la répression des solidarités pro-palestiniennes.
Sur place, les participants ont revendiqué une démarche de soutien politique et judiciaire à un militant qu’ils estiment ciblé pour ses positions publiques sur Gaza. Sans considération de soutien politique personnel à son égard.
Les organisations appelantes (la CGT, Le Poing Levé, BDS Mulhouse, la CSTE, SUD Solidaires Alsace, le Collectif citoyen de Mulhouse, Mulhouse insalubre, l’AFPS Alsace, NPA Révolutionnaires, Attac 68, PCF) ont résolu de defendre non seulement un dossier individuel, mais aussi un symbole plus large de la situation faite aux voix pro-palestiniennes en France.
Une affaire judiciaire devenue affaire politique
Anasse Kazib, cheminot, syndicaliste et porte-parole de Révolution permanente, devait comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre d’une procédure engagée après des messages publiés à la suite des attaques du 7 octobre 2023. La justice lui reproche des propos qualifiés d’« apologie du terrorisme », une incrimination qui a immédiatement suscité de vives réactions dans les milieux militants et politiques.
Ses soutiens dénoncent une instrumentalisation pénale de prises de position militantes sur la Palestine. Ses détracteurs estiment au contraire que certains propos franchissent la limite de la liberté d’expression et peuvent relever du droit pénal. Entre ces deux lectures, le dossier s’est rapidement chargé d’une forte dimension politique.
La singularité de l’affaire tient aussi au calendrier. Début juin, Anasse Kazib a annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 sous la bannière de Révolution permanente. Il s’était déjà présenté en 2022, sans parvenir à réunir les 500 parrainages nécessaires.
Cette nouvelle candidature intervient alors qu’il est déjà exposé à une forte visibilité judiciaire et médiatique. Pour ses partisans, cela renforce l’image d’un militant poursuivi pour ses convictions.
Mulhouse comme caisse de résonance
Le choix de Mulhouse n’a rien d’anodin. Dans une ville où les mobilisations sociales et les débats politiques locaux disposent d’un vrai tissu militant, ce type de rassemblement sert souvent de point de rencontre entre causes nationales et réseaux de terrain. La place de la Bourse a ainsi offert un espace de visibilité à une affaire parisienne devenue, par ricochet, un sujet de mobilisation locale.
L’événement illustre aussi la circulation rapide des causes politiques entre grandes villes, collectifs associatifs et organisations syndicales. À Mulhouse, le soutien à Anasse Kazib a pris la forme d’un rassemblement symbolique, où la défense d’un militant et celle de la cause palestinienne ont été nettement reliées.
Une ligne de fracture durable
Au fond, cette séquence dit quelque chose de plus large sur l’état du débat public français. Depuis l’automne 2023, les prises de parole liées à Gaza provoquent une succession de controverses, de procédures et de prises de position antagonistes. La défense de la cause palestinienne étant réduite et assimilée à de antisémitisme, contre toute évidence.
Le cas Anasse Kazib s’y inscrit pleinement, avec une intensité particulière, en raison de sa caractérisation pénale extravagante. Un traitement judiciaire infamant que de nombreux militants pleinement inscrits dans la radicalité des luttes d’émancipation ou de défense de l’environnement risquent de connaitre en masse…


















