Crédit photos : Martin Wilhelm
Une centaine de personnes se sont rassemblées lundi 22 juin devant le conseil d’agglomération de Mulhouse Alsace Agglomération, devant le Parc Expo, pour protester contre le projet de centre de données porté par Microsoft dans le secteur de Petit-Landau et Hombourg.
À l’appel du collectif « IA pas moyen ! », les manifestants ont voulu peser sur un dossier qu’ils jugent lourd de conséquences pour le territoire, alors que l’enquête publique se poursuit jusqu’au 4 juillet à 11 heures.
Le rassemblement a débuté peu avant la séance, à 16 h 45, dans un climat de mobilisation renouvelée. Sur place, les opposants ont dénoncé un projet qu’ils estiment insuffisamment débattu et présenté par ses promoteurs sous un angle trop exclusivement économique.
Parmi les pancartes brandies, on pouvait lire : « M2a veut nourrir nos enfants à l’IA dès le Petit-Landau ! » ; « Les GAFAM nous mentent ! » ; « Riverains sacrifiés pour les data » ; « On va y laisser un Rhin » ; « Notre maison brûle, Microsoft et M2a attisent le feu ! »
Pour les manifestant-e-s, l’installation d’un data center de cette ampleur ne peut pas être abordée comme une simple opération d’attractivité, tant les questions d’énergie, d’eau et d’aménagement du territoire s’imposent dans le débat public.
Une délégation du collectif a ensuite été reçue par les élus. Mais face aux élus, le collectif d’opposants n’a pas trouvé l’écoute espérée. Selon des membres de la délégation, les représentants de la collectivité ont validé la poursuite du projet, en minimisant notamment les critiques sur la hausse de température, le bruit ou la consommation de terres agricoles, jugées sans gravité parce que ce secteur avait déjà été destiné à l’activité économique depuis les années 1970.
Les opposants dénoncent au contraire une logique d’aménagement datée, incompatible avec l’accélération du dérèglement climatique, et regrettent qu’aucune place n’ait été laissée aux préoccupations des riverains.
Ils disent vouloir poursuivre la mobilisation jusqu’à la fin de l’enquête publique, avec de nouvelles actions, un tract en allemand à destination des habitants d’outre-Rhin, et une soirée de préparation annoncée le 30 juin à Motoco pour élargir encore la contestation.
Le projet de Microsoft avait été présenté l’an dernier comme un investissement majeur dans les infrastructures numériques françaises, avec plusieurs milliards d’euros annoncés au niveau national. Dans la communication des élus favorables au projet, l’argument central reste celui du développement économique et de l’inscription du territoire dans la carte des grands investissements technologiques.
Mais cette lecture ne convainc manifestement pas une partie des habitants, des associations et des observateurs critiques qui voient dans le data center un symbole de la fuite en avant numérique.
Dans le débat plus large sur l’intelligence artificielle, la contestation mulhousienne résonne désormais avec une alerte désormais reprise à l’échelle européenne : plusieurs responsables du secteur des data centers préviennent que l’essor de l’IA oblige l’Europe à arbitrer entre ses ambitions numériques et ses objectifs climatiques.
Le sujet n’est plus seulement celui de l’innovation, mais aussi celui de la consommation d’électricité, des émissions et des usages de ressources, au moment où la Commission européenne dit vouloir des centres de données plus sobres et compatibles avec la neutralité climatique.
Dans ce contexte, les opposants au projet de Petit-Landau et Hombourg trouvent un appui supplémentaire à leur critique : ils ne dénoncent pas un simple équipement local, mais une logique de développement qui, partout, tend à faire passer la croissance numérique avant les contraintes environnementales.
Notre média a souligné, ces derniers mois, le bilan de la concertation et les interrogations soulevées par l’implantation du centre de données à Petit-Landau. Dans un autre article consacré au « ras-le-bol de l’IA », nous observions concomitamment que le rejet de certaines promesses technologiques gagne aujourd’hui une partie de la jeunesse qualifiée.
Le rassemblement de lundi s’inscrit ainsi dans une séquence plus large : celle d’un affrontement entre, d’un côté, une logique d’investissement présentée comme inéluctable et, de l’autre, des citoyens qui demandent à rouvrir le débat sur l’utilité réelle, les coûts et l’empreinte environnementale d’un tel projet.
À Mulhouse, la contestation a pris corps devant les élus eux-mêmes, dans un moment où les opposants entendent démontrer que le dossier n’est ni consensuel ni clos.
À ce stade, l’enquête publique reste l’un des rares espaces institutionnels où les réserves peuvent encore être consignées formellement. Mais sur le terrain, les manifestants semblent déjà avoir fait leur choix : maintenir la pression, occuper l’espace public et obliger les décideurs à sortir le projet de la seule rhétorique de l’innovation.
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