Photos : documents remis
Le triomphe de Pogacar au Markstein a un coût que la grande boucle ne comptabilise pas : celui d’un massif vosgien tailladé, d’une route « sécurisée » à la tronçonneuse, et de près d’un millier d’arbres sacrifiés pour quelques minutes de spectacle entre Mulhouse et le Ballon d’Alsace.
La 14e étape Mulhouse–Markstein de ce 18 juillet a été vendue comme la grande célébration vosgienne du Tour : Pogacar impérial, foule compacte, hélicos frôlant les épicéas, storytelling « vert » soigneusement huilé autour d’un sport prétendument ami de la nature.
Mais derrière cette belle carte postale, le bilan est tout autre : 872 arbres officiellement abattus sur la seule RD466 de Sewen au sommet, près de 900 selon la PQR, et plus de 1 000 si l’on additionne les coupes périphériques dénoncées par les associations.
C’est d’ailleurs ce que quelques militants écologistes ont voulu rappeler le long de la route empruntée par le Tour, au niveau de Bourbach-le-Haut, en déployant une banderole : « Le tour de France passe, la forêt trépasse ! 1000 arbres abattus au printemps« .
Une « sécurisation » commerciale qui insécurise les écosystèmes
La population locale n’a entendu parler que de simple opération de sécurisation de la route, pour éviter la chute d’arbres sur le peloton. Dans la pratique, le chantier gratuit pour la commune se paye en bois : 3 200 m³ prélevés, des très gros bois (TGB) impeccables, et près de 90% de grumes saines alignées pour les scieries.
On ne sécurise pas, on récolte. On ne protège pas les coureurs, on alimente l’industrie, sous le vernis rassurant de la « sécurité routière ». C’est une coupe commerciale opportuniste, habillée en geste prudent
Le plus choquant est le lieu et le timing : site classé, zones Natura 2000, ZNIEFF, chantier en plein mois d’avril, période de reproduction, sans inventaire sérieux de la faune et de la flore.
Amphibiens, passereaux, chauves-souris protégées trouvent normalement refuge là ; ce printemps, ils ont trouvé des engins, du marquage fluorescent et des coupes bien au-delà du nécessaire, jusqu’à des arbres situés au-delà de leur propre hauteur de la route.
Ce que le peloton a franchi, ce n’est pas une « montée mythique », c’est une cicatrice fraîche dans un espace soi-disant protégé. Les commentateurs ont compté les secondes d’ascension, mais personne n’a dénombré le volume de souches extraites.
Sewen, commune riche en biodiversité mais pauvre en scrupules écologiques, se félicite d’un chantier gratuit « grâce au Tour » pendant que la forêt publique centenaire paye l’addition.
Et derrière, l’État organise la manœuvre : un préfet obsédé par le risque d’image, prêt à imposer l’abattage jusque sur des parcelles privées, au mépris des obligations Natura 2000 et du calendrier écologique élémentaire.
La hiérarchie des priorités est limpide : éviter une mauvaise image en direct prime sur la protection du massif.
Une étape historique… en matière de renoncement écologique
Ce 18 juillet, les caméras ont célébré la « beauté austère » des Vosges, tout en cadrant soigneusement le maillot du meilleur jeune plutôt que les talus dénudés.
Notre précédent article, très disputé sur Facebook, l’un ou l’autre article de la PQR, ainsi que quelques communiqués associatifs ont cependant fissuré la narration triomphale, mais l’essentiel est passé : le Tour a obtenu sa montée « sécurisée », la télévision son spectacle, et la forêt ne repoussera pas à l’échelle d’une vie humaine.
L’étape Mulhouse–Markstein restera dans les annales de la Grande Boucle ; elle mérite aussi une place dans l’inventaire des renoncements environnementaux consentis, pour l’essentiel, au nom du direct et des hélicoptères.
















Merci pour le rappel de ce canopéesque massacre.
Quelques précisions toutefois : 1071 arbres abattus est le chiffre donné par la préfecture pour le passage entre le Ballon d’Alsace et le lac de Séwen.
Des 871 initiaux, le marquage opéré non par l’ONF mais par une société privé avait compté ce montant.
Sont à ajouter les arbres abattus entre Masevaux et Bitschwiller-Lès-Thann (par le col du Hunsruck), là nous n’avons pas le montant, bien moins important, mais qui dépasse largement la centaine. Et, aucune information dans d’autres contrées.
On aimerait constater la même ferveur pour des plantations d’arbres, par essence multiple, quelque soit les zones, et surtout pas en monoculture, tragique pour la biodiversité. A bon entendeur…