Crédit photos : Martin Wilhelm

La rencontre, qui a eu lieu jeudi 10 octobre à 20 heures dans la salle de l’auberge de la jeunesse de Mulhouse, s’est ouverte sur un hommage aux militants de la cause palestinienne récemment disparus, soulignant la dimension humaine et engagée du collectif.

Mireille Pelka, qui anima le débat au nom de l’AFPS Alsace, y rendra également un dernier hommage à Christian Rubechi, militant de la cause palestinienne récemment disparu.

Le mulhousien Claude Zurbach, astrophysicien retraité, est investi de longue date dans la solidarité avec la Palestine. Il est par ailleurs traducteur collaborant avec les éditions Scribest et responsable du site “Chronique de Palestine“. Son engagement vise à “humaniser” les Palestiniens, dont la parole, souvent invisibilisée, manque de relais dans l’espace francophone.

Sur le livre “ces chaines seront brisées

Le livre de Ramzy Baroud, traduit par Claude Zurbach, est constitué de récits authentiques de prisonniers palestiniens, recueillis souvent clandestinement, parfois sur des bouts de papier lors de visites familiales ou d’entretien à distance.

Baroud a retravaillé ces témoignages pour leur donner force littéraire, témoignant de la violence institutionnelle des prisons israéliennes, mais aussi de la résilience et de l’organisation sociale entre détenus, dans une société tout entière marquée par l’enfermement.

Claude Zurbach insiste sur la déshumanisation systémique subie, et sur la nécessité de garder une dimension morale devant des faits qui défient l’entendement et la conscience individuelle. Il interroge la capacité de chacun à ne jamais sombrer dans la complicité institutionnelle du mal.

De ce fait, Zurbach rappelle qu‘un droit positif n’est pas nécessairement l’expression d’une justice souveraine. Si un droit israélien est applicable aux palestiniens, il demeure largement arbitraire dans ses modalités, puisqu’il peut faire l’objet d’instrumentalisations politiques, notamment servir de monnaie d’échange pour l’Etat colonial israélien. C’est donc l’expression d’une justice de guerre, soit le contraire de l’impartialité, qui voit un ennemi en chaque Palestinien.

Cela indépendamment du régime de citoyenneté israélienne dans lequel des Palestiniens peuvent choisir de s’inscrire.

Trois lectures ont ponctué la présentation de l’ouvrage traduit par Claude Zurbach :

  • L’introduction de la psychiatre Samah Jabr, qui insiste sur la souffrance multigénérationnelle, le trauma, mais aussi sur la narration comme acte de résistance et la mémoire comme défi. Elle rappelle la nécessité d’honorer les prisonniers non par la pitié, mais par un soutien inébranlable.
  • Le témoignage de Mohamed Abu Azira, condamné à 337 ans de prison : la séparation familiale, la privation de contact et l’impossible deuil traversent son récit. Sa fille Islam, qu’il voit grandir derrière des parois de verre, incarne la douleur continue d’une société brisée. Chaque visite, aussi courte soit-elle, est une bouffée d’humanité.
  • Le témoignage d’une mère sur son fils Ali, arrêté à 16 ans et condamné comme adulte. La scène poignante de la visite derrière la vitre exprime le déchirement, mais aussi l’importance de l’empathie familiale dans la résistance intérieure à la machine pénitentiaire.

Analyse sur le terrain et politique

Les interventions permettent de tisser des liens entre la situation carcérale et les stratégies politiques israéliennes : la privation de nourriture, l’humiliation et la fragmentation des liens sociaux sont des outils de contrôle et de destruction systémique du tissu palestinien. Le conférencier rappelle qu’au moins un million de Palestiniens est passé par la prison depuis 1967, illustrant par l’ampleur du phénomène l’impact direct sur la société toute entière.

Le rôle politique des prisonniers est aussi souligné : leur organisation interne a permis d’influencer des processus de réconciliation politique, notamment à travers le “document des prisonniers“. L’exemple du leader Sinwar, qui a préparé la restructuration des services de renseignement du Hamas depuis sa cellule, montre la perméabilité entre la prison et l’extérieur dans une perspective de résistance qui ne s’interrompt pas.

Dimension sociale et transmission

Le rôle central des femmes palestiniennes y est souligné. Elles constituent le ciment de la société face à la destruction du modèle patriarcal. Elles portent la survie, transmettent l’engagement et structurent la mémoire collective. En diaspora comme sur le terrain, leur action est essentielle à la pérennité du mouvement solidaire.

En France, Claude Zurbach insiste sur l’intégration de la cause palestinienne dans les luttes sociales historiques et syndicales, malgré quelques résistances ou tentatives de marginalisation. Le soutien reste solide au sein de mouvements comme la CGT, et la solidarité internationale ne faiblit pas, bien que l’effort de transmission et de sensibilisation doive être sans relâche.

Perspectives et conclusion

La dimension politique internationale, ainsi que l’absence de perspectives de paix juste et durable sont discutées : les accords de cessez-le-feu sont souvent vus comme de simples temporisations de la violence, sans remise en cause des objectifs coloniaux. L’engagement, la mobilisation et la diffusion de la parole palestinienne, notamment à travers des événements publics et l’édition multilingue, sont identifiés comme essentiels pour rompre l’indifférence et renforcer la solidarité.

L’intervention s’achève sur la nécessité collective de diffuser largement ces témoignages, de travailler à la mémoire et au refus de la fatalité. La souffrance et la dignité des prisonniers, la résilience des familles et l’ampleur de la mobilisation rappellent à chacun l’importance de ne pas détourner le regard, d’interroger nos propres résistances, et de poursuivre le combat pour la justice et la reconnaissance humaine.

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