Crédit photos : Martin Wilhelm
Hier soir à l’Espace Grün de Cernay, le quatuor de chansonniers propulsés par les réseaux lors du confinement, s’est régalé des politiques du moment, de Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon, et tant d’autres, à travers son dernier spectacle « Les Goguettes en trio mais à quatre – Fin de quinquennat ». Entre deux salves satiriques, le groupe a aussi lâché quelques clins d’oeil à notre chère Elsass.
« Glorieux peuple de Cernay » : le ton est donné. Les Goguettes entrent en scène en promettant de « chatouiller » les zygomatiques d’un public confronté à un monde « livré à un ultralibéralisme débridé » et à un « extractivisme écocide »…
Dans leur monde, l’actualité noire ou colorée est si généreuse, qu’elle fournit à flots continus des refrains qui font mouche. « Ah, c’est sûr qu’en ce moment, y a de quoi faire ! », résume le groupe en revenant sur les années Hollande, Manuel Valls, Cécile Duflot, la loi Travail et le mariage pour tous.
Les Goguettes ne se contentent pas de ressortir les mêmes chansons ; elles réécrivent leur matière pour suivre le fil du moment, et jouent aussi avec leur propre image. Leur habileté tient ainsi en une sorte d’équilibrisme goguenard et grinçant.
À Cernay, l’actualité n’a évidemment pas manqué au répertoire. Les Goguettes l’ont attrapée au vol, l’ont installée sur des airs familiers et lui ont fait subir leur traitement maison : quelques rimes bien choisies, un sérieux de façade et, au bout du compte, une parodie inspirée.
Leur matière première du soir était abondante. On notera notamment une pièce de résistance d’une actualité saisissante (écrite début 2026) : « Il répond au nom de Bardella« , sur l’air de « Bella » par Maitre Gims. Le groupe y consacre un pastiche à Jordan Bardella, dont la personnalité médiatique et les ambitions politiques interrogent au regard de son passé, et de ses capacités à incarner… quoi que ce soit de politique !
Le pastiche égratigne son image travaillée, ses apparitions sur les réseaux sociaux et sa communication bien rodée. La chanson fait aussi défiler les figures de l’extrême droite et de ses alliés, de Jean-Marie Le Pen à Éric Ciotti et Bruno Retailleau, sans oublier le rôle attribué à Vincent Bolloré.
Le trait est féroce, mais la mécanique reste celle des Goguettes : faire entrer dans une chanson connue un commentaire politique au goût du jour… et laisser le public reconnaître les cibles au passage.
La satire ne s’arrête pas là. Avec « CGT tu m’auras pas » (sur l’air de « société tu m’auras pas » de Renaud), sont brocardées les figures passées et présentes de la centrale syndicale de Montreuil, de Krasucki à Martinez en passant par Sophie Binet.
Jean-Luc Mélenchon figure également au menu. Mais lui sur l’air de « Jésus revient », la poilante chanson de pop-chrétienne tirée du film « La vie n’est pas un long fleuve tranquille ».
Mais à l’image de leur goût pour le chamboule-tout politique, les Goguettes ne réservent pas leurs couplets à un seul camp. Le spectacle préfère multiplier les prises, et éviter que quiconque se sente trop longtemps à l’abri.
Le groupe s’inclut d’ailleurs également dans les railleries. Ainsi, dans « Gonfler la cheville », sur l’air de « Tomber la chemise » de Zebda, il imagine les politiciens faisant la queue pour obtenir leur goguette, avant de tourner en dérision le succès, les rappels et la tentation de se prendre pour des vedettes. La parodie va jusqu’au tarif imaginaire de la photo et de la dédicace, voir l’annonce des prochaines dates de concert au niveau local (comme Sausheim en janvier).
Et puis il y a les clins d’œil au terroir local. Le Rebberg, quartier ultra-bourgeois de Mulhouse, l’un des plus cossus de France, s’invite dans le tableau, tandis que les spécialités culinaires fleischnakas et flammakueches, ajoutent une saveur bien alsacienne à la soirée. Autant de références locales qui font respirer le spectacle : l’actualité nationale n’est jamais très loin, mais elle se joue ici, devant un public qui peut reconnaître ses propres lieux et ses spécialités dans le miroir déformant de la scène.
C’est là que réside la force du groupe : garder un cadre musical reconnaissable tout en renouvelant les cibles et les références. Hier soir, à l’Espace Grün, les politiques ont donc été poussés dans le malaxeur musical comme autant de matière première à pasticher. Le public a donc pu s’en retourner chez lui avec quelques refrains en tête, et le sentiment de s’être régalé d’une consolante et délectable madeleine humoristique.



















