Franck Horter (président du MON) est de ceux qui osent tout.

Il aura été particulièrement aidé en cela par l’un ou l’autre journaliste stipendié par le double journal unique du Crédit Mutuel, dont les « pudeurs de gazelle« , en matière d’affaires impliquant des notables locaux ou régionaux, demeurent proverbiales.

Vendredi 7 juillet, il fut assisté en cela par un journaliste sportif, lequel s’ingénie, par souci de « neutralité », ou parce qu’il s’agit d’un sujet qui n’a plus grand chose à voir avec le sport, à démentir le livre premier, chapitre I du manuel du journaliste, que nous nous empressons de lui retranscrire à des fins d’anamnèse personnelle :

« S’agissant d’un sujet essentiellement politique, je ne sers pas la soupe à celui que j’interroge, même si j’incline spontanément à brandir ma louche et mon assiette, plutôt que ma plume acérée et mon carnet de notes, quand j’ai affaire avec le représentant d’une baronnie locale.

J’honore, ce faisant, l’un des attendus fondamentaux de ma profession, s’agissant notamment du principe du contradictoire (autrement nommé « avocat du diable »), que je m’efforce d’opposer à chacune des assertions de mon invité, d’autant plus volontiers que celles-ci contiennent de flagrantes contradictions ».  

Dans cet article intitulé : « Franck Horter, président du Mulhouse Olympic Natation : « On a vécu les montagnes russes », le journaliste donne l’impression de faire son possible, sciemment ou non, pour noyer les questions qui fâchent sous des considérations sportives.

La première salve donne le ton : « Comment avez-vous vécu ces dernières semaines, entre les ennuis judiciaires du Mulhouse Olympic Natation (*) et le retour du club au premier plan avec la qualification de deux de vos nageurs (Antoine Marc et Clément Bidard) pour les prochains Mondiaux (23-30 juillet à Fukuoka, au Japon) » ?

Les « ennuis judiciaires » forment une invraisemblable litote, dont la seule explicitation pour le lecteur réside dans l’astérisque relégué au bas de l’article, où l’on explique (en 4 petites lignes), que M. Horter, son frère, l’épouse de celui-ci, et sa mère, sont priés de déférer devant le tribunal au novembre prochain. Une simple vétille, donc.

On apprendra d’ailleurs quelques jours plus tard que Clément Bidard quitte le MON pour un club de Marseille en fin de saison.

Mais Franck Horter ne se démonte jamais. A la question : « Avez-vous ressenti du soulagement, alors que le MON n’avait plus qualifié de nageurs sur la scène planétaire depuis les JO de Rio-2016 ? », il répond :

« Beaucoup de sentiments se sont mêlés, et c’était beaucoup plus que du soulagement, parce qu’il faut quand même dire que j’ai vécu toute la partie extra-sportive comme une grande injustice ».

Comme on le verra la semaine prochaine, les rapports et audit sur la gestion du MON sont « injustement » illustratifs de la dérive totale d’une équipe, et du projet sportif qu’elle porte sur fonds public.

Et quand le journaliste se risque quand même à évoquer les termes du rapport de la chambre régionale des comptes, notamment le fait que « Lionel occupe un poste de directeur général non prévu dans les statuts et représentant plus d’un tiers de la masse salariale du club », Franck Horter ne trouve rien de mieux que d’en ricaner :

« (rires) Je trouve ça hallucinant. Ce sont de nouveau des arguments qui sortent pour faire mal au niveau médiatique. Mais la réalité, c’est quoi ? Que Lionel touche 5400 euros bruts mensuels. Je répète : 5400 euros bruts. La vraie question que les gens devraient se poser, c’est : comment, avec un salaire aussi faible qui représente un tiers de la masse salariale du MON, ces gens arrivent-ils à avoir deux nageurs aux championnats du monde ? 5400 euros, pour un mec qui a été patron de la natation française ? Il est probablement le grand entraîneur le moins bien payé de France, et même d’Europe. Quand on sait en face que dans l’équipe de foot de division régionale (Ndlr : le FC Mulhouse) – je parle évidemment des gens d’avant et pas de l’équipe en place qui essaie de faire quelque chose de bien -, le quinzième joueur avait plus de 5400 euros… Il faut arrêter de prendre les gens pour des idiots ».

Le contraire de l’idiotie, selon M. Horter, consiste donc à minimiser et à relativiser les faits. Puisque dans d’autres structures sportives, le montant des émoluments est identique, toutes choses égales par ailleurs, vous voyez bien que l’on cherche à nous nuire !

A ceci près que, si l’affaire Horter se bornait au seul salaire significatif de Lionel Horter, d’affaire il n’y aurait point. Le sentiment d’impunité de Franck Horter, s’exprime par ce genre de considérations.

Il omettra surtout d’admettre qu’un « directeur général » autodésigné, au mépris des statuts, procédures associatives et principaux financeurs publics, cela peut effectivement s’apparenter à « prendre les gens pour des idiots ».

Dans un précédent article de L’Alsace, paru 9 jours plus tôt, Michèle Marchetti (journaliste de qualité) donnait déjà la parole à Franck Horter.

Celui-ci, ainsi que de coutume, y polisse abondamment son statut de président doloriste, puisant son analyse des faits par le déni. Ce sont les externalités politiques et partisanes, des circonstances extérieures, que les psychologues connaissent bien chez certains sujets, et non les conséquences de choix propres, qui expliquent le sort fait à sa famille.

La journaliste y rappelle les chefs d’accusation qui pèsent sur lui-même, son frère Lionel, sa mère Marie-Octavie, et Marjorie Horter, l’épouse de Lionel, à savoir des délits d’abus de confiance, d’abus de biens sociaux et de recels…

Grand prince, Franck Horter prétend répondre aux questions posées par la justice, le cas échéant. « Après, on répondra à toutes les sollicitations, car on en a entendu dans tous les sens. Et je pourrai revenir sur l’instrumentalisation politique que le club a subie et l’hystérie que cela a entraînée ».

On a hâte de connaitre quels anciens amis venimeux auront osé briser la loi du silence, en portant sur la place publique les faits délictuels pour lesquels les Horter sont déférés devant le tribunal !

Mais Francky sait aussi se faire plus explicitement menaçant, une fois la broutille judiciaire évacuée : « Je serai alors simplement un homme libre de faire connaître la vérité et de mener les actions en justice que j’estimerais nécessaires ».

Bigre ! Et dire que ces propos sont tenus dans son courrier de démission envoyé avant la tenue du conseil d’agglomération, le lundi 26 juin. Compte tenu son absence totale de ressentiment, c’est dire s’il a pris soin de se démettre sans y être contraint…

Fort heureusement, la municipalité de Mulhouse n’exige rien de tel à son propos !

Pourtant, Francky-la-menace réitère encore ses effets : « […] c’est la première fois que, pour détruire un adversaire politique, on est prêt à détruire un club qui a appris à nager à 30 000 personnes à Mulhouse, et à utiliser tous les moyens pour cela… C’est regrettable de sacrifier un club pour des intérêts politiques personnels ; il faut se méfier quand on fait ce genre de chose ».

Il est vrai que 30 000 mulhousiens doivent aux Horter de savoir grenouiller sans peine. Et voici que de vilains crocodiles issus de la dernière élection municipale, où Franck Horter choisit de se placer sur la liste de Lara Million (macroniste), au grand dam des proches de Jean Rottner, sont venus lui faire boire la tasse.  

Il fera le lien entre les deux situations dans son courrier de démission, comme si l’une était la conséquence de l’autre : « La campagne de dénigrement que j’ai subie depuis 2020 et mon entrée en campagne auprès de Lara Million, ainsi que les enquêtes diligentées contre le MON, m’ont empêché d’exercer la moindre responsabilité au sein de l’assemblée. »

« Un regret ? » Lui demande la journaliste. « L’actuel président de l’agglo et moi n’étions pas là à l’époque où les conventions ont été -mal- faites, même s’il n’y avait pas de volonté de détourner de l’argent public. C’est facile d’en parler maintenant, il y a trois ans, c’était différent […] ».

Une déclaration étrange, qui tendrait à signifier que Fabian Jordan a dû le sacrifier la mort dans l’âme. Mais comment pourrait-il se dédouaner des conventions antérieures liant le MON à la municipalité et à l’agglomération, quand la famille Horter a toujours piloté l’association ?

Ce faisant, si sa famille défère au mois de novembre devant le tribunal, c’est d’abord parce que les « conventions » ont été largement ignorées, voire piétinées : ce sont les rapports d’audit qui en parlent le mieux !

Le fait a-t-il été rendu possible par la complicité passive de nombreux responsables politiques et administratifs ? Peut-être le saura-t-on à l’occasion du procès prévu en novembre…

Nous publions la semaine prochaine une synthèse du dernier rapport de la chambre régionale des comptes sur le MON.