Ces dangereux terroristes d’Unser Land ! Le 30 juillet 2022, le tour de France passe par l’Alsace, l’étape part de Sélestat pour rejoindre le Markstein. Une caravane publicitaire ouvre toujours la compétition sportive. Dans celle-ci, une voiture estampillée Grand Est : que vient-elle faire dans cette galère ? Sûrement faire la promotion d’une assemblée politique dont personne (ou presque) ne veut en Alsace…

Opposée depuis toujours à ce tripatouillage administratif voulu par le président Hollande (qui en a fait d’autres…), le parti régionaliste Unser Land ne manque jamais de se faire entendre médiatiquement. Eh oui, il faut du « spectaculaire » pour que les journaux mainstream daignent parler de vous.

Ce jour-là, à Oderen, cinq jeunes militants de UL se payent une bonne et franche rigolade : ils ont décidé d’asperger la voiture du Grand Machin d’une peinture blanche. Pas de bol, ou erreur de visée, cette peinture éclabousse un peu aux alentours. Et voilà que cela devient affaire d’État. De ce qu’on aurait qualifié il y a encore quelque temps de blague de potache, l’État y voit une agression digne de terrorisme ! Qu’en pensent la FNSEA qui poussent ses adhérents à aller déposer des tas de fumier devant les Préfectures ?

Dès lors, branlement de combat : une enquête est diligentée avec des moyens conséquents : les poulets récoltent les vidéos tournées par des spectateurs présents le long du parcours, la vidéosurveillance des communes traversées par le Tour est mise à contribution, en digne héritiers des argousins, les policiers sûrement en manque d’occupation sérieuse, y allaient de leurs enquêtes de voisinage, de l’analyse de la peinture… Il se dit qu’ils ont même pratiqué le tapissage photographique… Tout cela pour rien, aucune trace de quelconque terroriste rouge-blanc…

On apprend que c’est par une banale consultation de Facebook qu’ils ont pu mettre la main sur l’équipe des dangereux activistes…

Le 15 novembre dernier, les cinq jeunes, tout penauds, inconnus de la police comme on dit dans la formule consacrée, étaient traduits devant le tribunal judiciaire de Mulhouse. Le chef d’accusation ? « Dégradation de bien d’autrui et mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de sécurité » ! Diantre…

La présidente du Tribunal ne plaisante pas ! Outre la voiture du Grand Machin, « une troisième voiture a été souillé, plusieurs mètres de voiries, les murs et les vitraux de la chapelle toute proche, également. (…) Des personnes dans les véhicules ont aussi été touchées et surtout choquées et c’est sans parler des risques d’accidents si les véhicules n’avaient pas été maîtrisés par leur conducteur », a-t-elle tancé les dangereux agresseurs…

Ils ont eu beau expliquer que c’était une action politique, un peu maladroite certes, mais qui était destinée à dénoncer l’intégration forcée de leur région dans le Grand Est. Point.

Ils ont rappelé « mal vivre la politique de la région Grand Est avec des sommes folles qui sont consacrées à leur propagande… Alors que dans le même temps on venait d’annoncer la fermeture du lycée professionnel à Pulversheim… ».

Des motifs qui peuvent s’entendre. Mais pas par la Procureure de la République, drapée dans son voile de défenseure de la Société : « Le tribunal n’est pas une tribune politique. » Nous disons le droit, a-t-elle tonné en substance.

Et pour se faire comprendre, le tribunal a suivi les réquisitoires de la Procureure, ignorant la plaidoirie (certes peu offensive…) de l’avocat : 6 mois de prison avec sursis et 6.000 euros de dommages et intérêts.

François ALFONSI, Président de Régions et Peuples Solidaires, ne se prive pas de considérer que « Cette décision, vraisemblablement politique mais aussi partiale et disproportionnée, a été prise pour l’exemple, dans le but d’effrayer les opposants à la région Grand-Est et de casser toutes velléités. »

Notons que, quelques jours plus tôt, le 10 novembre, un ancien député, Jacques Cattin, coutumier des coups de sang et pas vraiment un adepte du débat politique serein, a été condamné ce vendredi 10 novembre à une peine de 3000 euros d’amende pour violences à l’encontre d’une personne chargée d’une mission de service public. Alors que le procureur avait réclamé une peine plus conséquente (dont une mesure d’inéligibilité) mettant en avant le « devoir d’exemplarité » d’un élu… Doit-on s’étonner du traitement différent selon qu’on est militant régionaliste ou député et puissant viticulteur alsacien…

L’AUTORITARISME SE BANALISE

Les mécontentements de diverses natures s’aggravent. Les dénis de démocratie se multiplient : le fait d’avoir fait voter une injuste réforme de la retraite contre l’avis de 75% des citoyens, le recours systématique de l’article 49-3 pour faire passer des lois sans débats réels au Parlement, les invectives de la minorité gouvernementale envers toutes les forces politiques qui osent s’opposer à leur politique de gribouille, créent un climat propice aux déclenchement des manifestations diverses pour exprimer une colère de plus en plus partagée parmi les citoyens.

Le parti au pouvoir, appuyé par toutes les forces réactionnaires de ce pays, fait comme ceux qui l’ont précédé : chaque faits divers, chaque événement suscitant de l’émoi ou de la passion, est bon pour rédiger une loi… plus liberticide que la précédente.

De fil en aiguille, les actions militantes sont criminalisées, les expressions publiques censurées, les manifestations interdites. Comment est-ce possible qu’un préfet puisse interdire une manifestation prévue devant la permanence de Brigitte Klinkert, à Colmar, et qui devait dénoncer l’obligation d’heures de travaux pour ceux qui subissent le RSA !

Sans évidemment parler des manifestations de soutien à la Palestine, que le ministre de l’Intérieur voulait systématiquement interdire… et que les Préfets, braves petits soldats, appliquaient sans coup férir. Il a fallu que des Tribunaux administratifs rappellent que les manifestations sont autorisées dans notre pays, et que le pouvoir n’a pas, pour l’instant, le pouvoir de les interdire systématiquement.

A moins qu’une prochaine loi remédie encore à cela… Quand les gardiens de la paix deviennent les forces de l’ordre, la sémantique traduit bien un état d’esprit général du côté du pouvoir.