Crédit photos : Martin Wilhelm

« Israël bombardiert, EU (ou USA) finanziert » !

« Israël bombarde, l’Union européenne (variante : les USA) financent ». La rime ne vaut qu’en allemand mais le sens est lourd et juste : un génocide est en train d’être perpétré dans la bande de Gaza contre le peuple palestinien, et l’UE et les USA financent ce massacre. Car il ne faut pas s’y méprendre : seuls les financeurs de l’État d’Israël sont en mesure d’arrêter le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou.

Pourtant, au-delà des faibles protestations, les gouvernements occidentaux continuent de soutenir ce régime : le silence aussi tue en Palestine.

C’est ce que des milliers de manifestants ont scandé à Bâle, venant de toute la Suisse, d’Allemagne et de France (forte délégation de l’AFPS Alsace), n’épargnant pas le gouvernement de la confédération helvétique, complice de ceux qui sèment la mort dans une population civile dans laquelle les enfants payent un lourd tribut.

2.500 participants ose la police bâloise. 15.000 pour les organisateurs. Près de 6.000, oserons-nous estimer. Mais peu importe le nombre en l’occurrence, car plus importante est la parole politique portée par cette foule bigarrée, de toutes générations (la poussette à bébé cohabitait avec le déambulateur !)…

La Fédération Palestine-Suisse

Cette seconde manifestation du genre à Bâle se tenait à l’appel de la « Fédération Suisse-Palestine », une nouvelle alliance nationale fondée en novembre dernier à Berne, et composée d’environ 80 organisations.

Pourquoi Bâle ? « C’est dans cette ville que se réunit le premier congrès sioniste en 1897 qui lance l’idée d’un pays juif en Palestine » nous explique Christian Rubechi, de l’AFPS Alsace, qui prendra la parole durant la manifestation au nom des participants français.

En effet, ce congrès sioniste consacre la transformation en mouvement politique d’un courant idéologique né en Europe au cours de la seconde moitié du 19e siècle. Theodor Herzl, auteur de l’État des Juifs (1896), préconise la création d’un État juif en Palestine.

Pour y parvenir, le congrès appelle à « l’encouragement systématique à la colonisation de la Palestine » et « des démarches […] afin d’obtenir des gouvernements le consentement nécessaire pour atteindre le but du sionisme ».

Ces deux recommandations annoncent les contradictions qui structureront, et structurent encore, le conflit entre Israël et le peuple palestinien. La première est la contradiction entre la volonté de créer un État juif en Palestine et la présence d’un peuple sur cette terre (il n’y a que 5 % de Juifs en Palestine en 1900).

De nombreux citoyens suisses souhaitent mettre en évidence les conséquences issus des choix qui naquirent dans la ville de Bâle à cette époque : c’est ainsi que 80 organisations associatives, politiques, syndicales ont créé en novembre dernier la « Fédération Palestine-Suisse » chargée de coordonner les initiatives pour faire valoir les droits du peuple palestinien.

Seul le drapeau palestinien… avec les Alsaciens !

Les organisateurs l’ont affirmé d’entrée sur la place du Théâtre avant que le cortège ne s’ébranle dans les rues bâloises : aucun drapeau national n’est souhaité, seul le drapeau palestinien. Et aucune parole raciste, islamophobe ou antisémite ne sera tolérée.

Et c’est en effet sous une marée de bannière palestinienne et sans aucun dérapage ni violence que la manifestation se déroula.

La diversité caractérisait les manifestants : les quelques dizaines d’Alsaciens qui ont bravé le froid bâlois se sont vite sentis dans leur élément. Au-delà des frontières, la même colère et les mêmes douleurs s’expriment devant les massacres (israéliens ou palestiniens) qui se déroulent depuis le 7 octobre 2023.

Parmi les orateurs, le Neuchâtelois Samuel Crettenand (50 ans) est en grève de la faim depuis le 12 décembre pour sensibiliser à la situation de la population à Gaza. Il sillonne les gares et les villes de Suisse occidentale muni d’un panneau affichant les chiffres actualisés des enfants morts dans l’enclave palestinienne.

«Grève de la faim, 12 553 enfants assassinés à Gaza», peut-on lire sur la pancarte tenue en ses mains où est dessiné un enfant sous une bombe pendant qu’il prononce un discours poignant.

Tous les orateurs, mais aussi les manifestants avec leurs pancartes et banderoles ont demandé un cessez-le-feu immédiat, la fin du blocus de Gaza et l’égalité des droits pour tous les habitants du territoire palestinien. Ils ont en outre appelé la Suisse à s’engager au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pour des sanctions militaires et économiques contre Israël.

Et tout ce beau monde s’est juré de se retrouver très vite pour exercer la pression sur le gouvernement israélien.