Pour visionner l’intégralité du conseil municipal du 8 février 2024, voyez au bas de l’article.

La famille Carabosse au conseil municipal

Que serait le conseil municipal sans l’exercice des propos liminaires lors de cette première assemblée de la nouvelle année ?

A commencer par la capacité férugineuse de l’opposante RN Christelle Ritz (et ancienne adjointe au social de la majorité actuelle) à amalgamer les monceaux de faits divers les plus susceptibles d’être montés en épingle, ou d’entretenir la haine et la discorde urbaine, elle qui surplombe la cité depuis le mont Rebberg, l’un de ses rares quartiers bienséants où il lui convient de résider aujourd’hui.

D’où son sobriquet de « bousier du belvédère« .

Un quartier des plus seyants écologiquement parlant, mais dont l’angle d’ouverture au monde de ses résidents parait quelquefois si étroit qu’il rappelle immanquablement ce mot d’André Gide : « Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête ».

Que ce soit l’agression d’un pompier à Mulhouse par-vous-savez-qui, alors que trois histoires semblables ont été enregistrées en quelques semaines ailleurs en Alsace, ou encore la mystérieuse affaire du « coussin berlinois » qui perturbe le sommeil d’un riverain dans une rue tranquille du quartier de Dornach, elle se voudrait le porte-voix du choeur des acrimonieux mulhousiens.

Perfide comme une embaumeuse, elle fustigera vachement la maire Michèle Lutz quant à son passé professionnel, comparant Mulhouse « à un salon de coiffure », et infantilisera Florian Colom (adjoint aux finances), le voyant toujours « au domicile de ses parents », quand elle-même était adjointe de Jean Rottner. Celui-ci lui renvoyant alors la politesse sous le titre de « fée Carabosse« , à l’occasion du carnaval…

Il est vrai que Loïc Minéry (Les verts/Cause commune), accusait le même Colom de n’avoir pas découvert l’Amérique (elle est bonne !), mais tout juste les tarifications sociales…

Des élus désengagés du réel

Devant la diatribe de Jason Fleck (LFI/Cause commune) relative au sort fait aux agriculteurs, et le fait que les partis dans lesquels se reconnaissent les membres de la majorité municipale soutiennent les accords de libre échange, à l’origine de leurs avanies, la maire Michelle Lutz se sentit soudainement en devoir de lui rétorquer : « Je tiens à vous faire savoir que je suis sans étiquette, je n’appartiens à aucun parti, donc je ne me sens pas concernée par vos propos ».

Pour réponse, le premier adjoint Alain Couchot, faisant référence à des propos douteux de LFI sans pour autant les expliciter, expliquera (après un expédient qui fleure bon sa « génance » : « tout ce qui est excessif est insignifiant« ) que certes, « si nous appartenons à des partis » (la majorité municipale est constituée de LR alliés à des centristes), il se positionne quant à lui bien au-delà de ces vicissitudes politiques nationales.

Car les élus locaux ne sont évidemment pas de la même farine qu’à Paris, pour tenter de le suivre en substance. Et si tout le monde se renvoyait à la figure les orientations et choix politiques opérés par les leaders nationaux… on devrait alors se rendre comptables de nos engagements respectifs. Manquerait plus que ça !

Dans son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal affirmera parler au nom des classes moyennes : « qui travaillent et ne demandent qu’à vivre, sans demander la lune ».

Les élus de droite de la majorité municipale de Mulhouse ne demandent a contrario que de vivre dans la lune, sans considérer que tout est interrelié ou interdépendant, c’est à dire en se soustrayant du réel social, en renonçant au moindre idéal, sinon celui de nourrir l’ordinaire des comptabilités capitalistiques.

Et le premier idéal à partir à vau-l’eau sont les service publics, et celui des soins médicaux, avec la maison de santé du quartier populaire de Bourtzwiller, qui laisse 5.000 patients sans suivi médical. Mulhouse institue ainsi un désert médical urbain.

Un aveu de faiblesse et d’impuissance pour les élus de la majorité municipale, qui éludent le problème en le renvoyant à l’ARS et à d’autres, et une illustration par l’absurde du crédo jacobin d’Alain Couchot, dans lequel l’impulsion et l’orientation politique se donnent à Paris, mais les effets se ressentent au niveau local…

Pour rappel, le numerus clausus médical est instaurée par une première loi du 12 juillet 1971 (gouvernement de Jacques Chaban-Delmas -UDR-, présidence de Georges Pompidou), et surtout par des décrets de mai 1980 (gouvernement de Raymond Barre -UDF-, sous la présidence de Valery Giscard d’Estaing -UDF-).

Des écoles privées à la mixité antisociale

550 000 euros de subventions sont octroyées de droit par la ville aux établissements scolaires privés sous contrat qui accueillent de petits mulhousiens et mulhousiennes. Cela concerne à peine quelques 900 écoliers, sur les 12 000 que comptent la ville.

Joseph Simeoni (PCF/Cause commune) s’empare du sujet, et expose les interrogations que lui inspirent la situation. Non pas tant sur cette obligation légale, à laquelle Mulhouse ne peut se soustraire, à l’instar de toutes les autres villes, mais en ce qu’elle charrie de problématiques de ségrégation sociale et d’évitement scolaire, ainsi que nous le documentions ici.

La réplique de Chantal Risser, adjointe à l’éducation, fut pour le moins surprenante. Tout d’abord, la voici reconnaissant l’intérêt des études illustrant les situations de ségrégation scolaire, pour déclarer aussitôt que les établissements privés « jouent le jeu« , en particulier « le plus grand établissement privé de Mulhouse« . Et quel est-il, sinon l’institution Jeanne d’Arc, laquelle accueille école, collège, lycée et classes de BTS ?

Le classement des indices de position sociale (IPS) des lycées alsaciens publié dans notre article sur l’entre-soi scolaire, montre, a contrario, que l’établissement mulhousien connaissait un indice de 127 en 2021/2022, soit un niveau de mixité sociale très médiocre, largement favorable aux classes sociales les plus aisées…

Ce faisant, Chantal Risser lâche à Joseph Simeoni : « il est vrai que cette mixité est difficile à mettre en place, par rapport à un certain nombre de parents »…

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L’ensemble du conseil municipal est disponible en vidéo, par ici.