Crédit photos, captations sonores et aide à la transcription : Martin Wilhelm

La CGT Ville de Mulhouse et la CGT Educ’action organisaient ce jeudi 10 octobre dans l’auditorium du conservatoire de musique de Mulhouse, une conférence sociale, notamment dédiée à l’économie de la culture, en compagnie de deux conférenciers.

Sur l’invitation de Ghada Bougouffa, David Cattacin, et Matthieu Schweiger, le congrès accueillait cette année Bernard Friot, sociologue et économiste, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre (Paris X), penseur de la notion de « salaire à vie » avec l’association d’éducation populaire « Réseau Salariat« .

Ses travaux s’appuient sur une relecture de l’histoire économique française et de ses institutions, dont notamment le régime général de la sécurité sociale et le principe de la cotisation sociale, avec Ambroise Croizat pour figure tutélaire, en tant que fondateur de la sécurité sociale, et ministre du Travail communiste sous le gouvernement de Charles De Gaulle.

Il était accompagné de Rémy Cardinale, professeur au conservatoire de musique Darius Milhaud, situé à Aix-en-provence, et membre du « Réseau salariat« .

Vous trouverez ci-dessous le verbatim de l’intervention de Bernard Friot, suivi de son enregistrement audio, puis des questions de la salle. Enfin, un second enregistrement relatif à l’intervention de Rémy Cardinale, et des questions de la salle.

Ne négligez pas l’écoute des questions posées ! Elles sont au moins aussi intéressantes que celles des deux intervenants, en obligeant notamment Bernard Friot à préciser et illustrer sa pensée en mouvement.

Je vais inscrire la proposition d’une sécurité sociale de la culture dans la dynamique que connaît le salaire depuis le XIXe siècle, en particulier la question du régime général de sécurité sociale.

Le salaire, dans le capitalisme, c’est un paiement à l’acte. C’est un paiement à l’acte qui intervient après qu’on ait posé un acte de travail validé comme productif sur le marché, après qu’on ait posé cet acte, parce que ce n’est pas nous qui décidons de ce travail. 

Globalement, la bourgeoisie capitaliste, et c’est d’ailleurs l’origine de son pouvoir de classe, a le monopole sur le travail. C’est elle qui décide de ce qui va être produit, du lieu où ça va être produit, de qui va le produire. Et pour être sûr que le travail dont elles décide du contenu de la localisation et des titulaires soit exercé, eh bien, on est payé qu’après  avoir posé cet acte. 

Le salaire, c’est le résultat d’un acte de production. Et dans le capitalisme, cet acte de production, il est le fait de travailleurs indépendants. C’est pour ça qu’en permanence, le capitalisme fait l’éloge du travail indépendant ou impose le travail indépendant, comme le statut d’entrepreneur récemment créé, enfin créé il y a une quinzaine d’années. 

Pour les activités qui nécessitent un collectif, le salaire capitaliste s’inscrit toujours dans le droit commercial, comme s’agissant des travailleurs dépendants. Mais il s’agit d’un jeu à trois. Je suis là au XIXe siècle. Il s’agit d’un jeu à trois dans lequel un capitaliste donneur d’ordre achète de l’ouvrage fait à un sous-traitant, ce qu’on appelle à l’époque un marchandeur, qui lui va embaucher des ouvriers pour faire l’ouvrage en question, éventuellement en ayant un conflit sur le tarif de l’ouvrage. Le plus connu peut-être est celui des canuts à Lyon, entre les soyeux, qui sont la bourgeoisie capitaliste lyonnaise, qui sont les donneurs d’ordre, qui achètent des kilomètres de soie à des canuts, qui eux sont des

entrepreneurs, sous-traitants, qui embauchent des ouvriers. Et il peut y avoir un conflit sur le tarif de la tonne de soie, ou je ne sais trop quel travail, l’ouvrage dont le capitaliste est donneur d’ordres.

Mais les ouvriers, en revanche, tout le monde s’en fout.  Et dans le cas de travail collectif, le salaire est du même type que pour les travailleurs indépendants. C’est ce que Marx décrit de façon très juste dans Le Capital quand il parle de prix de la force de travail.

Un indépendant est payé de sorte qu’il puisse encore demain faire la tâche qui met en valeur le capital du prêteur, du client ou du fournisseur. Prenez un agriculteur FNSEA, il a à peu près 300 000 euros de dette sur 30 ans.

Il est complètement dépendant du prêteur, il est dépendant de Bayer qui va lui fournir les intrants, il est dépendant de la centrale d’achat de Leclerc qui va lui acheter ses produits. Et ces trois groupes capitalistes fonctionnent essentiellement en fonction de la valeur qu’ils produisent, et à travers les prix qu’ils lui imposent, et lui laisse de quoi faire encore demain le porc industriel qui valorise leur capital. 

C’est-à-dire qu’ils reconnaissent ses besoins à la hauteur de ce qui est nécessaire pour poser l’action qui met en valeur du capital. C’est comme ça que Marx définit le salaire capitaliste.

C’est à dire la somme des besoins dont je suis porteur pour faire telle tâche qui met en valeur du capital. Et pour les ouvriers des marchandeurs, c’est pareil. Dans le tarif de l’ouvrage que le marchandeur vend au donneur d’ordre capitaliste, est inclus le salaire des ouvriers, c’est-à-dire les besoins du sans-porteur pour être encore demain en train de faire la soie qui met en valeur le capital des soyeux. 

Ça, c’est le salaire tel que la CGT le trouve lorsqu’elle se construit à la fin du XIXe siècle. À Limoges, donc, en 1895. Et la mobilisation des travailleurs va être telle que les travailleurs remportent une grande victoire en 1910 avec le Code du Travail. Et là, nous commençons à sortir de la logique capitaliste du  salaire 

Et ce n’est pas dans des lieux où se multiplient les contractuels et tous les paiements à l’acte que je suis démenti. Bien sûr, en permanence, la bourgeoisie capitaliste revient au paiement à l’acte. En permanence, bien sûr. Elle encourage, sous la forme de contrat de louage d’ouvrage à travers la sous-traitance ou sous sa forme d’indépendance, le paiement à l’acte.

Il n’empêche donc qu’en 1910, le Code du travail change la donne de façon extrêmement importante en imposant aux donneurs d’ordres capitalistes de devenir employeurs. Un capitaliste, en tout cas des capitalistes qui sont au cœur du dispositif. Je distingue les petits patrons, qui sont à la forme dominée du capitalisme, bien sûr, mais un capitaliste ne veut jamais être employeur.

Parce que la valorisation d’un capital suppose la capacité à le mouvoir en permanence pour le mettre en valeur dans les endroits où la valorisation est la plus élevée. Donc, engluer son capital sur un territoire donné, avec des collectifs de travailleurs et sur une production donnée, ça ne permet pas la valorisation optimale du capital.

Or, c’est la situation d’un employeur de s’en tenir à une production sur un territoire donné et avec un collectif de travail donné. Donc, la bourgeoisie capitaliste s’efforce en permanence de ne pas être directement employeuse. 

Or, le Code du travail de 1910 interdit la sous-traitance.

C’est le début du code du travail, il s’ouvre sur cette interdiction, et il oblige les capitalistes à devenir employeurs. En permanence, depuis 1910, évidemment, les capitalistes s’emploient à la combattre, en multipliant les sous-traitants, pour ne pas être les employeurs directs de ceux qui font effectivement le boulot, et en multipliant les travailleurs indépendants.

Mais cette tentative n’est qu’une réponse à un conquis considérable qui va inventer l’emploi. Alors le mot emploi, ce n’est pas ce qu’en fait la comptabilité nationale qui dit que toute situation de travail est un emploi. Là, le terme est tellement extensif qu’il n’a aucun intérêt théorique. Il y a emploi quand il y a un employeur, première condition.

Le poste de travail et le support d’un certain nombre de droits ont été conquis à partir de 1919, dans la foulée du Code du Travail de 1910, lorsque se mettent en place les conventions collectives, qui sont au départ facultatives, puis qui vont devenir obligatoires en 1937, et puis qui, entre 1950 et 1975, vont être au cœur de l’action syndicale et de la négociation de la convention collective. 

Alors qu’est-ce que c’est que la convention collective ? Qu’est-ce qu’elle introduit de complètement nouveau en matière de salaire ? En quoi elle introduit une forme anticapitaliste de salaire ? C’est pour ça qu’elle est en permanence combattue par le patronat. 

Elles remplacent le paiement à l’acte par un paiement à la qualification du poste. Prenez par exemple comme témoignage de ce remplacement très important ce qui s’est passé pendant le confinement. Pendant le confinement, tous ceux qui étaient payés à l’acte, parce que travailleurs indépendants, s’ils n’avaient pas de commande, pas de marché, ils étaient à poil complètement. Alors que tous ceux qui avaient un CDI

avec un salaire correspondant à la convention collective, ont conservé, y compris en travaillant pas, 84% de leur salaire. C’est donc la preuve à grande échelle du caractère très positif de transformer du travail indépendant en emploi. 

Parce qu’un employé n’est pas payé pour ce qu’il fait. Il est payé pour la qualification de son poste. Qu’est-ce que c’est que la qualification ? C’est un mot qui a été inventé par les négociateurs de la CGT contre le patronat qui veut, lui, parler de compétences, de choses comme ça, mais jamais de qualification. 

La qualification, ce n’est pas le diplôme. Pas du tout. Le diplôme, il atteste que je sois en capacité de faire un travail concret. La qualification du poste, elle peut être la même sur des postes. On prend tous les postes de travail d’une branche. Quand on est au-dessus d’une convention collective, on prend tous les postes de travail d’une branche. Et quel que soit le contenu concret du poste, il va être classé au même niveau de qualification que d’autres. Il va y avoir une hiérarchie des niveaux de qualification. Non pas en fonction du caractère concret du travail qui est fait, puisque vous avez des travaux, je ne sais pas quoi, de caristes, de comptables, d’opérateurs sur machine, d’hôtesse d’accueil, de tout ce que vous pouvez imaginer, qui vont être au même niveau de qualification.

Donc la qualification ne reconnaît pas du tout un travail concret, étant donné qu’elle ne correspond pas du tout au diplôme, qui lui reconnaît la capacité de faire un travail concret. Ces postes dont le travail concret est varié vont être classés au même niveau de qualification parce qu’ils contribuent au même niveau à la production, non pas en valeur d’usage, ça c’est le travail concret, mais en valeur économique.

Donc, tout l’enjeu pour la CGT au cours du XXe siècle va être de construire l’emploi, c’est-à-dire le contrat de travail définissant un niveau de qualification du poste sur lequel est le travailleur. Un travailleur du privé n’est jamais payé lui, ce n’est pas lui qui est payé. C’est son poste. Mais ce n’est pas non plus son action, son activité, comme dans le travail indépendant. Et cette nouveauté qui suppose donc qu’il y ait un employeur, un employeur direct, qui assure effectivement la responsabilité des contrats de travail, et qu’il y ait un salaire respectant la qualification du poste, un CDI, et puis des cotisations sociales liées à ce salaire. 

Ce conquis de l’emploi va être en permanence contesté par le patronat, au bénéfice des autres entrepreneurs, au bénéfice des travailleurs indépendants.

Enfin, au bénéfice ou au détriment, évidemment, de ces personnes qui n’accèdent pas aux droits liés à l’emploi. Et puis, sous la fiction de l’emploi, parce qu’il y a un contrat de travail, vous avez les CDD, vous avez des contrats de mission, pour tout ça, on est bien payé à l’acte. On est payé pour la mission que l’on fait. Les jeunes, par exemple, les jeunes en insertion, l’insertion, c’est long, ça dure jusqu’à 35 ans à peu près. Les jeunes en insertion n’ont pas accès au CDI, à la Convention collective, qui est un conquis anticapitaliste. Ils ont accès à des contrats de mission, à des situations spécifiques, quand ce ne sont pas l’invocation du civisme avec les contrats de service civique, enfin, toute chose où il s’agit de faire bosser des gens sans les payer. 

Pourquoi est-ce que la CGT n’est pas restée à l’emploi ? Pourquoi est-ce que le salaire a conquis une deuxième étape. L’infra-emploi, c’est le salaire capitaliste. Les travailleurs indépendants, ils ont beaucoup moins de droits que les travailleurs salariés. Ça, c’est l’infra-emploi. Et dans les travailleurs qui ont un emploi, enfin, qui ont un emploi au sens juridique, qui ont un contrat de travail, disons, l’infra-emploi, c’est lorsque l’on est en intérim et tout ce qui fait qu’on est payé à la tâche ou à la mission. 

L’emploi, c’est lorsque l’on a un CDI avec un salaire respectant la convention collective. Pourquoi est-ce que la CGT n’est pas restée à ce premier conquis ? C’est parce que le titulaire des droits, ce n’est pas la personne, c’est le poste de travail. Le poste de travail, ce ne sont pas du tout les travailleurs qui en décident, ni de son contenu, ni de sa localisation, ni de son titulaire. Et donc, tout l’enjeu pour la CGT, ça a été d’aller au-delà de l’emploi, de ne pas en rester à ce conquis incontestable et en permanence combattu de l’emploi.

Et l’au-delà de l’emploi, c’est lorsque la qualification n’est pas un attribut du poste de travail, comme dans la convention collective, mais lorsque la qualification est un attribut de la personne même. Lorsque ce n’est pas le poste qui est payé, mais la personne. Et là, nous en avons eu un exemple, là encore très important pendant le confinement : les fonctionnaires.

Quoi qu’ils aient fait, et certains ont bien davantage travaillé que d’habitude, c’est les fonctionnaires hospitaliers, mais d’autres ont été en situation de travailler moins, comme beaucoup dans le privé aussi, les fonctionnaires, quoi qu’ils aient fait, ont conservé 100% de leur salaire. Là, nous sommes dans un tout autre statut du travailleur, dans lequel la qualification est un attribut de la personne. 

Un fonctionnaire n’est pas payé pour ce qu’il fait, mais pas un salarié du privé non plus. Enfin, un salarié du privé avec un CDI et un salaire, mais il n’est pas payé non plus pour la qualification de son poste. Il est payé pour sa propre qualification, ce qu’on appelle le grade, parce que c’est comme à l’armée et c’est pour cela que le vocabulaire est resté militaire. Ça a des incidences considérables.

Il n’y a pas de chômage chez les fonctionnaires. Il n’y a pas de calcul de la retraite à partir des cotisations. La pension de retraite, c’est la poursuite du dernier salaire. Pourquoi ? Parce qu’un fonctionnaire est titulaire de son grade jusqu’à sa mort. Le grade est un attribut de la personne. Et comme le grade, elle est le support du salaire, mais il est payé jusqu’à sa mort. Nous avons donc là une mutation considérable du salaire. Ce n’est plus une rémunération qui reconnaît un acte sur lequel nous n’avons aucune maîtrise quand on est travailleur indépendant, qui reconnaît la qualification d’un poste, mais encore faut-il avoir un poste, c’est une rémunération qui est un attribut de la personne, qui est dissociée du contrat de travail. Un fonctionnaire d’État, d’ailleurs, n’a pas de contrat de travail. Il est nommé, il n’a pas d’employeur. Nous sommes au-delà de l’emploi. Ce n’est pas le cas de la fonction publique territoriale, hélas, mais ça, on pourrait y revenir.

Cette nouveauté a un enjeu décisif. Comment voulez-vous être souverain sur votre travail, décider de son contenu, si votre salaire dépend d’un acte de subordination sur lequel vous n’avez aucune prise ?

Parce que vous êtes travailleur indépendant et donc vous dépendez de votre client, de votre fournisseur ou de votre prêteur, ou dépend d’un employeur. Il y a des enjeux écologiques absolument décisifs à ce que nous devions s’ouvrir sur le travail, que nous sortions du travail de la folie capitaliste qui nous entraîne dans une impasse écologique à peu près absolue.

Comment voulez-vous que nous devenions souverains sur le travail si le salaire est lié soit à une réussite sur le marché des biens et services, soit à un contrat de travail ? Nous allons forcément fermer notre gueule. Il n’y a pas d’autre solution. Pour devenir souverains sur le travail, ce qui est le cœur du communisme, en utilisant bien ce mot dans son sens tel que Marx le définit, c’est la souveraineté des travailleurs sur le travail.

Nous ne pouvons être souverains sur le travail, et encore une fois, l’enjeu anthropologique et écologique de cette souveraineté aujourd’hui apparaît clairement aux yeux de tous. Il suffit de regarder comment le climat se détériore à toute vitesse aujourd’hui. Dans mon département, les alpes-maritimes, les écoles étaient fermées hier, pour tempête, etc. 

Comment voulez-vous être souverains sur le travail si nous ne sommes pas les titulaires du salaire, si le salaire n’est pas un attribut de la personne. Or, et c’est cela qui est intéressant, ce conquis des fonctionnaires, est repris dans un ouvrage que j’ai écrit avec Bernard Vasseur et qui sort cette semaine aux éditions La Dispute.

Nous racontons assez longuement l’histoire du statut de la fonction publique. C’est une très longue bagarre, c’est un siècle et demi de bagarre, entre le début au XIXe siècle, où il faut faire serment à l’empereur, etc. On est totalement aliéné à ceux qui détiennent le pouvoir. Ce fut une très longue bagarre des fonctionnaires pour ne pas sortir de cette aliénation, être en capacité de s’opposer à des directives qu’ils estiment non conformes au bien commun. 

c’est dans ce cadre-là que la loi Thorez d’octobre 1946 reconnaît enfin cette bagarre d’un siècle et demi en posant les fonctionnaires comme titulaires de leur salaire. Et donc, en capacité collective de refuser des directives qu’ils estiment non conformes au bien commun. C’est une condition nécessaire d’être titulaire de son salaire pour le refuser. Ce n’est pas une condition suffisante. 

Quand je vais dans les salles des profs, je suis invité dans les lycées, et que dans la salle des profs, les collègues me disent « Mais t’as vu Bernard, le programme d’histoire-géo qu’on nous oblige, le programme de SES qu’on nous a imposé, que Blanquer nous a imposé en 2019 ? » Je leur dis « Mais pourquoi ? Pourquoi vous l’appliquez ? Pourquoi vous l’enseignez ? Vous avez un statut que vous exercez collectivement, vous pouvez parfaitement vous permettre de refuser. »

Ah, là, ça coince, parce que nous n’avons pas été, depuis notre enfance, globalement, nous avons été éduqués à l’irresponsabilité en matière de travail. À l’irresponsabilité quant aux décisions sur le travail. On élit des délégués de classe dès la maternelle. Comme apprentissage de la puissance, c’est quand même formidable. 

Donc là, il y a ce que nous disons et ce que nous allons dire quand on va appliquer à la culture tous ces conquis en matière de salaire, avec l’intervention de Rémi, nous allons énoncer une condition nécessaire de la liberté, mais pas suffisante.

Il faut aussi vouloir être libre et aimer être libre. Ça, c’est le cœur du communisme, mais encore faut-il y être socialisé dès l’enfance. Le mot central du communisme, c’est responsabilité. Responsabilité. Parce qu’on ne peut être souverain sur le travail qu’en exerçant une responsabilité. Et le statut de fonctionnaire est un immense conquis.

Cela concerne surtout les fonctionnaires d’État, parce que, hélas, les fonctionnaires territoriaux dépendent encore des élus locaux, mais ce conquis énorme n’est pas suffisant. Bien sûr. Sur ce modèle de la fonction publique, les communistes qui sont présents dans le gouvernement, ils ne sont pas au pouvoir, mais présents dans le gouvernement, en 1946, vont étendre considérablement cette dissociation du salaire et de l’acte productif. Cette attribution du salaire à la personne, et non pas à l’acte productif qu’il pose. 

La première extension se fait à l’EDF-GDF, à la SNCF, à la RATP ou à l’initiative des ministres communistes. On va copier le statut de la fonction publique. La seconde extension s’opère sur le cœur de la sécurité sociale de l’époque. En 1945, l’essentiel de la sécurité sociale porte sur les allocations familiales. Et les allocations familiales, c’est une arme de guerre inventée par les patrons contre la hausse des salaires. Pour refuser une hausse générale des salaires, elle est concentrée sur les seuls chargés de famille, d’au moins deux enfants, puisque la légitimation pseudo-théorique des allocations familiales, elle est démographique. Et donc, comme il faut être deux pour faire des gamins, ça ne démarre pas au premier, mais au second enfant. Le supplément familial est réservé aux chargés d’au moins deux enfants. 

Les allocations familiales, lorsque Croizat, était ministre communiste du Travail, et en même temps, c’était une époque où on était moins frileux qu’aujourd’hui. Secrétaire de la Fédération de métallurgie de la CGT, ce qu’il trouve en arrivant, c’est un dispositif dont les parents ne bénéficient que s’ils sont sur leur poste de travail. Si vous avez un congé maladie, un handicap, si vous êtes retraité avec des enfants, vous n’avez pas le droit aux allocations familiales.

Il faut être sur son poste de travail. Encore une fois, les allocations familiales ont été inventées en riposte aux revendications salariales. C’est pour ça aussi que lorsqu’il arrive au ministère, Ambroise Croizat est en phase d’allocations familiales dont les taux vont de 4 à 17 % du salaire brut selon les entreprises. 4, c’est le minimum légal depuis la loi de 1932.

Mais dans les entreprises, et on le voit très bien, dans les sanctions de fin d’occupation d’usine en 1936, dans les entreprises où on se battait pour une hausse de 30% du salaire, ce sera 15% seulement, et puis 15 points de cotisation patronale aux allocations familiales. Si on revendique 20%, ce sera 10-10. Toutes les sanctions…

entre patrons et syndicats à la fin des occupations d’usines, sont de ce type. Si c’est une hausse de 20% qui est revendiquée, ce sera 10% seulement, et puis 10 points de cotisation aux allocations familiales.

Si c’est 10, ce sera 5-5, ça peut être en dessous de 4. Vous voyez, c’est pour ça que le taux va de 4 à 17% du salaire brut selon la compatibilité. C’est une arme de guerre contre la hausse des salaires, très combattue par la CGTU par exemple, d’où son refus des allocations familiales.

Et ce que vont faire les communistes en 1946, c’est une subversion de ce dispositif qui est le cœur de la sécu. En 1945, 55% des prestations de sécurité sociale, ce sont les allocations familiales. Eh bien, les communistes vont complètement subvertir cette institution patronale.

D’une part, en retirant la gestion patronale du régime général. Sa gestion est confiée à des salariés élus, ce qui est quand même très important. Mais d’autre part, en instituant un taux de cotisation unique, qui va être de 16% du salaire brut. 

Nous généralisons le haut du dispositif, ce qui ôte toute l’initiative au patron dans cette affaire. Ça s’impose. C’est un taux de cotisation interprofessionnel unique. C’est très important que le taux de cotisation soit unique à l’échelle interprofessionnelle. Et puis, il dénoue tout lien entre allocation familiale et emploi. Quel que soit votre rapport à l’emploi, y compris nul, vous avez droit aux allocations familiales dès lors que vous êtes parent de deux enfants au moins, et c’est du salaire, c’est dans la loi d’août 1946 de Croizat.

A l’époque les ouvriers spécialisés de la métallurgie ne faisaient pas 225 heures par mois nécessaires à l’ouverture des droits. C’était plus que les 1 500 heures annuelles aujourd’hui, mais ce n’était pas 3 000 heures. Donc, les parents ont droit à un salaire, puisque seuls les employeurs paient, ils ont droit à un salaire qui est supérieur à celui de l’ouvrier de la métallurgie. 

Et c’est tout à fait significatif que dès 1947, quand on regarde les statistiques de salaire de 1947, les familles ouvrières ont en moyenne trois enfants. Et dans ces familles ouvrières, la moitié du salaire, c’est des allocations familiales. C’est-à-dire un salaire complètement déconnecté de l’emploi. Un salaire attribué à la personne des parents, Jusqu’aux 21 ans de l’enfant.

Un salaire qui est attribué à la personne et non pas au contrat de travail. 

La troisième extension tout à fait considérable qui va être faite un peu plus tard de cette déconnexion entre salaire et contrat de travail, pour attribuer le salaire à la personne, ça va être l’invention de l’allocation chômage en 1958. Ce qui s’inscrit tout à fait dans la dynamique de 1946. C’est-à-dire attribuer du salaire à des personnes qui n’ont pas d’emploi. L’au-delà de l’emploi, c’est quand le salaire devait être un attribut de la personne et non du son contrat de travail. 

Alors, dans la convention inédite de 1958, c’est 33% du salaire brut, c’est-à-dire pas grand-chose. Mais moi qui fait des archives, on ne peut pas trouver un tract de la CGT des années 60 sans demande du hausse du taux de cotisation. Le taux de remplacement de l’allocation de chômage en fonction du salaire de référence, c’est, à la fin des années 70, de 57%, c’est du brut, c’est-à-dire 70% du net. Et c’est toujours là, puisque, hélas, dans nos organisations, la revendication de toute hausse des cotisations a pratiquement disparu. 

Donc, nous avons là un conquis considérable, qui est le droit au salaire de personnes qui n’ont pas d’emploi. À l’époque, la CGT ne présente pas ces personnes comme des privées d’emploi, comme elle le fera hélas ensuite. Ce sont des personnes qui, sans emploi, ont droit au salaire.

Ne confondons pas deux choses également nécessaires, le droit au contrat et le droit au salaire, qui est confondu aujourd’hui. Ces deux droits sont confondus dans les propositions de la gauche radicale. Je ne parle pas des socialistes, évidemment, mais de l’LFI  du Parti communiste ou du NPA. On a des propositions qui continuent à confondre droit au contrat de travail et droit au salaire, qui continuent à rester dans la logique de l’emploi, alors que la CGT a conquis l’au-delà de l’emploi, du salaire à la personne, dont j’ai montré l’enjeu écologique et anthropologique de plus en plus urgent, que le salaire soit déconnecté du contrat de travail, déconnecté à la personne. 

Si vous prenez par exemple le Parti communiste avec la proposition de sécurité en formation, il s’agit de proposer une continuité du salaire parce qu’il y aura une continuité du contrat. Si on n’a pas un contrat avec un employeur, on aura un contrat de formation avec maintien du salaire. Mais il s’agit toujours de fonder le salaire sur le contrat de travail, de faire du poste de travail le support du droit et non pas la personne.

C’est pour cela qu’on a la même proposition à LFI, c’est l’état employeur en dernier ressort. C’est-à-dire que si l’on n’a pas un contrat avec un employeur privé, une collectivité publique aura l’obligation de lui en fournir. Mais il s’agit toujours de fonder le droit au salaire sur le contrat de travail.

C’est dont il faut justement que nous nous débarrassions, pour que nous soyons vraiment en capacité de décider, en capacité d’être responsables. Ça suppose que nous soyons titulaires en tant que personnes du salaire. Et ces initiatives communistes de 1946 ont connu un déploiement considérable.

Depuis 80 ans, la loi Thorez sur la fonction publique concerne 500 000 personnes en octobre 1946. Aujourd’hui, grâce à la loi Le Pors, autre ministre communiste, qui ajoute deux versants à la fonction publique à travers la fonction publique hospitalière et la fonction publique territoriale, nous sommes à près de 6 millions de fonctionnaires. 

Je le rappelle à tous ceux qui se lamentent sur le « tout fout le camp ». Ce n’est pas vrai, tout ne fout pas le camp, ce n’est pas vrai. Il y a une dynamique communiste à l’œuvre dans nos sociétés. Il faut la voir si nous voulons sortir des lamentations qui sont hélas le lot trop courant, ou des gesticulations volontaristes qui sont le lot trop courant de la gauche radicale ou de la gauche syndicale. 

L’extension à la RATP, à la SNCF, à EDF, etc., à l’Opéra de Paris, du statut de fonctionnaire, enfin, pas du statut de fonctionnaire, la copie du statut de fonctionnaire pour des salariés à statut, cette extension a également été tout à fait considérable, très combattue. L’article 1er de la loi de réforme des retraites supprime le statut de l’EDF-GDF et de la RATP. Celui de la SNCF avait déjà été supprimé sous Sarkozy. Celui des postiers l’avait été au cours des années 90, et celui des fonctionnaires a commencé par la partie la plus faible de la fonction publique territoriale, c’est les prochains. 

C’est-à-dire que si nous ne nous battons pas, et c’est l’objectif de projet comme celui que Rémi va vous présenter, c’est des projets qui s’appuient sur notre histoire et sur une conscience très aiguë de notre histoire, des enjeux de notre histoire. Ce ne sont pas des trucs qu’on élabore pour ça dans notre tête, pour une sécurité sociale, mais non, pas du tout.

Si nous ne généralisons pas à tous les plus de 18 ans le salaire comme droit politique lié à la personne et non pas au contrat de travail, toutes les situations qui ont été conquises du salaire à la personne disparaîtront. Un conquis communiste ne peut subsister, parce que la classe dirigeante sait évidemment ce qu’elle doit détruire,

ne peut subsister que s’il est étendu à tous. Les fonctionnaires n’ont pas droit à un statut parce qu’ils ont des missions spéciales. Si on défend comme ça un statut, ça veut dire qu’on prend les autres pour des cons qui n’ont pas des missions spéciales. Comment voulez-vous faire une bataille fédérative en invoquant les missions spéciales ? Non, les fonctionnaires ont un statut parce qu’il y a eu un conquis sur ses ennemis de lutte

qu’il faut maintenant étendre à tous. Mais, j’insiste sur le fait que depuis 1946, une considérable extension s’observe, parce que Ambroise Croizat n’en est pas resté aux allocations familiales, il a également complètement changé la retraite. La retraite du privé, puisque Croizat a comme responsabilité le régime général. Jusque-là, la retraite du privé, c’était j’ai cotisé, j’ai droit. Les prestations de pension étaient différées des cotisations de carrière. Ce qui n’est pas le cas du tout dans la fonction publique. Dans la fonction publique, et là, ça s’est construit encore une fois au cours de la longue lutte des fonctionnaires, la pension, c’est la poursuite du dernier traitement. Ce n’est pas du tout la contrepartie de cotisations. 

Il y a d’ailleurs, pour ceux qui sont fonctionnaires d’État, vous avez sur votre feuille de paye, certes, une ligne qui s’appelle, je ne sais plus, enfin, quelque chose qui évoque une cotisation, mais une cotisation à rien, retenue pour pension civile, retenue pour PC, une ligne. C’est une pure fiction. Il n’y a pas de caisse de retraite dans la fonction publique d’État. Le trésor public continue à payer les fonctionnaires jusqu’à leur mort.

Et aucun compte détenu des cotisations dans le calcul des pensions, puisque la pension, c’est la poursuite du salaire. Un fonctionnaire, il est salarié jusqu’à sa mort, parce que le salaire n’est pas un attribut de son contrat de travail, qui n’existe pas au demeurant dans les fonds publics d’État, n’est pas un attribut de son poste, c’est un attribut de sa personne, et que son grade ne s’éteint pas avec la fin de son service. Un professeur certifié, il est professeur certifié jusqu’à sa mort.

Et donc, il est payé comme profession justifiée, certifiée, jusqu’à sa mort, puisque c’est sa personne qui est titulaire du salaire et non pas son poste de travail. 

Alors évidemment, tout est fait par la classe dirigeante, pour qu’il n’y ait aucune négociation du point et que ce soit des primes qui, elles, sont liées au poste de travail et au comportement du travailleur sur son poste de travail, qui expriment des hausses de salaire. Évidemment, là bien sûr, nous sommes dans la lutte de classe. Mais j’insiste sur le fait que Croizat, à l’été 1946, change complètement  la signification des allocations familiales comme salaire des parents, c’est pour ça que le premier geste de Rocard, ce sera de supprimer ce salaire des parents. Il dit, on n’est pas en train de  verser du salaire. Il n’y a pas de contrat de travail, il n’y a pas de salaire. Les parents sont des victimes. Ils sont victimes du coup de l’enfant. L’idée qu’on victimise un groupe social, c’est qu’on va lui casser la gueule. C’est tout à fait classique. Ils sont victimes, du coup, de l’enfant. Donc, ils font un impôt de solidarité avec des victimes. Et ça va être la CSG.

Elle est inventée à la place de la cotisation patronale aux allocations familiales. C’est le premier objet de la CSG avant que les gouvernements suivants, hélas, l’étendent à la vieillesse, à la santé et au chômage.

Le geste de Croizat va être de supprimer tout lien entre cotisations et pensions. La pension n’est pas du tout calculée en fonction des cotisations, ou en quantité des cotisations dans le calcul de la pension. La pension est calculée en fonction d’un salaire de référence qui, en 1946, est celui des dix dernières années.

Et ça fait que ça pose les retraités, non pas comme d’anciens salariés qui ont droit aux différés de leurs cotisations, mais comme des salariés qui ont droit à la continuité de leur salaire. Ça proclame le droit au salaire des retraités, tout comme l’assurance chômage proclame le droit au salaire des chômeurs.

Je reviens sur ce point que je n’ai pas d’ailleurs analysé jusqu’au bout quand j’ai dit qu’il ne faut pas confondre droit au contrat et droit au salaire. Ce que fait encore hélas la gauche radicale et le syndicalisme de classe. Ils confondent droit au salaire et droit au contrat en disant que le salaire ne peut de toute façon s’appliquer qu’à un contrat de travail. Pas du tout. Le droit au salaire doit devenir un droit de la personne, mais il faut aussi le droit au contrat d’assurer. C’est-à-dire que cette personne, pour pouvoir exercer sa qualification, il faut qu’il y ait une institution publique, un service public de la qualification, sûrement pas de l’emploi, et sûrement pas France Travail, un service public de la qualification qui accompagne les personnes dans l’exercice concret de leur qualification. Qui les aident à passer contrat avec telle ou telle entreprise, s’ils veulent entrer dans une entreprise, qui les aident à passer contrat avec telle ou telle fournisseur ou client, s’ils veulent monter leur boîte. Donc il faut bien qu’il y ait un service public du contrat et qu’en aucun cas, en aucun cas, le contrat ne soit le support des droits. 

La personne seule doit être le support des droits. Si nous ne voulons pas piétiner tous les conquis du XXe siècle qui ne se sont pas contentés de l’emploi, qui ont été au-delà de l’emploi en faisant passer la qualification du poste à la personne. Et Croizat le fait pour les allocations familiales et il le fait pour les retraités. 

En 1946 la loi Croizat  sur la retraite du régime général. Aujourd’hui, ça en concerne 15 millions sur 17 millions de retraités en tout. Donc 15 concernés par le régime général. Sur ces 17 millions de retraités, vous en avez plus de la moitié, 9 millions, qui ont une pension égale ou supérieure au SMIC. Parce que pour que ce soit du salaire, il faut évidemment que ce soit égal au SMIC.

Additionnant les près de 6 millions de fonctionnaires, les salariés à statut, qui restent malgré toutes les attaques dont ils ont été l’objet, il en reste encore, des retraités dont la pension est égale au supérieur au SMIC, nous arrivons à 17 millions de plus de 18 ans. Sur les 50 millions que nous sommes de plus de 18 ans. Le tiers des plus de 18 ans aujourd’hui, a un salaire lié à sa personne et non pas à son contrat de travail. Ce qui est déjà un progrès par rapport au salaire capitaliste lié à la performance sur le marché des biens et services. 

Passons à 100%. Sinon, nous allons arriver à 0%  !

Pour une fois, la classe dominante, elle sait ce qu’elle doit détruire. Nous ne savons pas trop ce que nous devons promouvoir. C’est un petit peu notre problème, mais la classe dirigeante sait ce qu’elle doit détruire et elle le fait avec une grande détermination. Le statut de la fonction publique ne subsistera que s’il devient le fait de tous les majeurs avec un droit automatique à la qualification à 18 ans. Il faut enrichir la citoyenneté du pouvoir sur le travail.

La citoyenneté, c’est une invention absolument prodigieuse qui pose que tout majeur, quel que soit son origine sociale, quel que soit son diplôme, quel que soit son handicap éventuel, etc., est supposé en capacité et en responsabilité de la chose publique. Une abstraction citoyenne absolument remarquable. Sauf que la classe dirigeante, parce qu’elle sait qu’elle ne tient son pouvoir que de son pouvoir sur le travail, la classe dirigeante s’est employée à ce que le travail soit exclu de la chose publique. 

La politique s’arrête à la porte des entreprises. Tout l’enjeu du ministère aujourd’hui, c’est qu’elle s’arrête aussi à la porte des lieux d’éducation et des universités, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici. Mais là, il s’agit qu’elle s’arrête en invoquant l’antisémitisme, cette infamie de l’accusation d’antisémitisme de tous ceux qui, à juste titre, sont contre la colonisation de la Palestine. Et donc la politique qui s’arrête à la porte des entreprises, à la porte des lieux de travail, à la porte des banques quand elles créent la monnaie, il s’agit d’en finir avec ça. 

Le travail de devenir le cœur de la politique. Parce qu’il y a des enjeux écologiques, anthropologiques énormes au travail. On ne va pas laisser indéfiniment les classes de la côte maritime fermées parce qu’il y a un avis de tempête. Ça ne peut pas empirer tout cela, d’accord ? On ne va pas rester sur ça.

Ça suppose que nous décidions sur le travail. Et pour décider sur le travail, il faut que nous soyons titulaires de nos salaires, de 18 ans à la mort. Nous avons déjà commencé, c’est déjà le cas du tiers d’entre nous, passons à tous. C’est ça le point central, le premier point que je voulais développer. Je vais développer maintenant plus rapidement une seconde mutation du salaire, qui fait que nous passons progressivement du salaire capitaliste au salaire communiste, c’est-à-dire le salaire qui est non pas le résultat d’un acte de subordination, que l’on obtient après avoir travaillé, je suis payé après avoir travaillé, mais le salaire, c’est ce que je vais dire maintenant, dans mon deuxième point, mais qui sera beaucoup plus rapide, le salaire comme anticipation, comme acquis de la personne, d’accord, qui anticipe sa liberté au travail, qui anticipe sa capacité, enfin qui rend possible sa capacité à exercer le travail librement, sur les objets et dans les formes qu’il a décidées, pas tout seul mais décidé collectivement. 

Sur quoi s’appuyer ? Et là encore, encore une fois, tant que je suis là, je suis en train de poser les soubassements d’une proposition de sécurité sociale de la culture. Sur quoi s’appuyer pour la deuxième dimension de la mutation du salaire, telle que l’action de la CGT en particulier, l’action du syndicalisme de classe, a permis de le construire au cours du XXe siècle, et que la classe dirigeante s’emploie aujourd’hui à détruire, mais arrêtons de se lamenter, arrêtons les pleurs, arrêtons les pleurnicheries syndicales, d’accord ? Il est grand temps de passer à l’offensive, en assumant ces conquis, explicitement. Supprimons tout lien entre salaire et contrat de travail. Posons le salaire comme un droit de la personne. C’est déjà le cas du tiers, passons à 100%. 

Alors maintenant, deuxième dimension. La deuxième dimension, elle s’opère en gros, entre la fin des années 50 et la fin des années 70, là vous avez une vingtaine d’années de mise en sécurité sociale de la production de soins. Et là encore, c’est une mutation du salaire qui est au fondement de la mise en sécurité sociale de la production de soins. Et quand nous proposons de mettre en sécurité sociale la production de la culture, nous nous inspirons bien sûr de ce déjà-là. Encore une fois, ce qui caractérise nos propositions telles que nous les énonçons, Rémi et moi, c’est que ce ne sont pas des trucs qui sortent de notre tête. Ce sont des trucs qui assument des déjà-là, qui assument des conquis, qui les assument de façon offensive, hors de toute pleurnicherie, qui est le cœur aujourd’hui, hélas, du syndicalisme. 

La deuxième dimension de mutation du salaire s’observe à ce moment-là, à propos de la production de soins. Quand on prend la production de soins au milieu des années 50, avant que s’opère la mutation que je vais décrire brièvement, c’est pratiquement zéro. En matière hospitalière, jusqu’en 1941, seuls les indigents ont le droit d’aller à l’hôpital public. Dès lors que vous êtes solvable, vous n’avez pas le droit d’y aller. Il faut aller dans des cliniques privées. L’hôpital public est réservé aux indigents, si bien qu’y compris les assurés sociaux de 1930, ceux des assurances sociales, qui n’étaient pas indigents, ne peuvent pas aller à l’hôpital.

Alors, Vichy supprime la règle d’indigence, mais vous croyez bien que dix ans plus tard, au début des années 50, l’hôpital est toujours dans l’état extrêmement minable qu’il était lorsqu’il était un truc pour indigents. Les trucs pour indigents, ce n’est quand même pas des lieux de technicité en général.

À côté de cette inexistence de l’hôpital public, les soins de ville sont inexistants parce qu’ils ne sont pas remboursés. Le syndicalisme des infirmières ou des médecins s’est construit dans les années 30 en riposte aux assurances sociales de 1930 pour refuser le conventionnement au nom de la liberté d’honoraires.

Parce que s’il y a convention, il n’y a plus liberté d’honoraire, et donc au nom de la liberté d’honoraire, avec tact et mesure, enfin je reprends le vocabulaire des syndicalistes de l’époque, il y a refus du conventionnement. Mais s’il n’y a pas conventionnement, il n’y a pas remboursement. Donc autant dire que les soins ambulatoires sont très peu nombreux, sauf pour une clientèle riche dont les médecins se sont formés gratos, enfin je veux dire en travaillant gratuitement à l’hôpital. Ils se font la main sur les pauvres, ou ils travaillent gratuitement pour pouvoir ensuite réclamer des sous à leur clientèle riche de villes. 

Et puis quelques mairies communistes ou socialistes ont créé des centres de santé gratuits, des offices d’hygiène sociale, des dispositifs, mais tout cela fait peu de choses. Or, au début des années 80 et pendant plusieurs dizaines d’années, nous allons être au premier rang mondial dans la production de soins. Comment ce miracle s’est-il opéré ?

Il s’est opéré par le fait que dans les années 60 et 70, la hausse des salaires se fait en priorité par une hausse du taux de cotisation. Il y a une hausse des salaires incontestable, hausse des salaires directes d’ailleurs, mais ce n’est pas le salaire qui va au compte postal ou bancaire qui augmente, car augmente plus vite encore la partie socialisée du salaire qui va aux caisses de sécurité sociale. Je vous donne les chiffres. Dans les années 50, le taux de cotisation à la sécurité sociale, pas qu’à l’assurance maladie, à la vieillesse, santé, etc., et chômage par la suite, famille, le taux de cotisation à la sécurité sociale augmente.

De 33% du salaire brut, il ne bouge pas pratiquement pas dans les années 50. 33% du brut, il faut voir ce que ça veut dire. Au numérateur, c’est une cotisation employeur plus une cotisation salarié, c’est ça le numérateur, et dénominateur, c’est le salaire brut du salarié. Au début des années 80, à la fin de la mutation du système de production de soins, nous sommes à 55% du salaire brut. Mais encore une fois, il n’y a pas un tract de la CGT qui, à cette époque, ne dise « hausse du taux de cotisation ». On passe de 33% à 55% du salaire brut. C’est absolument énorme. Énorme, cette socialisation du salaire. Et cette socialisation du salaire, elle va richement doté la caisse d’assurance maladie. Elle dote richement la caisse d’assurance vieillesse. C’est pour ça que les pensions de retraite ne deviennent significatives pour les salariés du régime général qu’à partir des années 70. 

Avant, lorsqu’on était couvert par le régime général, lorsqu’on prenait sa retraite, on prenait tout de suite un petit boulot en même temps. Aussitôt, on devenait concierge, balayeur, y compris dans l’entreprise où on était, parce qu’on ne pouvait pas vivre de sa retraite. À partir des années 70, il y a des mutations complètes qui sont liées à cette socialisation massive du salaire. Alors, en matière d’assurance maladie, cette dotation massive de l’assurance maladie fait que l’assurance maladie, qui est du salaire, va avancer le salaire pour créer les CHU. 

Ce n’est pas rien de créer les CHU. C’est un investissement absolument considérable. Et elle va non seulement créer les CHU, mais transformer tous les hospices en hôpitaux locaux, faire des lits actifs partout, multiplier les maternités, transformer les hôpitaux psychiatriques, les faire passer de l’aide sociale à l’assurance maladie. Toutes ces mutations qui s’opèrent en 15 années, qui sont énormes, qui supposent une avance monétaire absolument considérable. Pour produire, il faut faire une avance de monnaie. Mais l’avance de monnaie nécessaire à toute production, ce n’est pas du crédit. Il n’y a pas d’appel au marché des capitaux. Il n’y a pas d’appel aux partenariats publics privés. Il y a l’appel au crédit public, mais qui est minoritaire : La Caisse des dépôts et consignations prête de l’argent pour l’équipement hospitalier. 

Mais l’essentiel de la construction de ce type s’opère sans dette. Elle s’opère sans dette par avance monétaire du salaire socialisé dans l’assurance maladie.

L’assurance maladie va payer les salaires des ouvriers, des ingénieurs qui font du bâtiment et des travaux publics, qui font les CHU. Payer les salaires des salariés qui font les médicaments, les outils médicaux, etc. C’est dire que nous avons besoin pour toute production d’une avance monétaire, bien sûr.

Mais dans le capitalisme, l’avance monétaire, c’est du crédit. C’est-à-dire qu’avant même de travailler, et alors que nous seuls produisons la valeur économique, on est endetté. On est endetté, c’est incroyable quand même. Quand on y réfléchit cinq minutes, croire qu’il faut de l’endettement pour qu’il y ait production, c’est adhérer à la religion qui est la seule qui nous emmerde au-delà. Je le rappelle à tous les lecteurs de « Marianne« . Ce n’est pas l’islam, la religion, qui nous emmerde. C’est la religion capitaliste. La dette ! Le poids de la dette ! C’est ça la divinité qui nous soumet.

Or, pour 10% du PIB, la santé, c’est 10% du PIB. Nous avons su nous passer d’elle. Vous savez, quand on regarde les enquêtes des soignants auprès des soignants dans les années 70, c’est que du bonheur. Ils travaillent pour se marier, figurez-vous. C’est incroyable. Aujourd’hui, les enquêtes, c’est que du malheur. Ils travaillent pour rembourser la dame de l’hôpital. Ils ont perdu le pouvoir sur leur travail, c’est des gestionnaires qui ont pris le pouvoir. Les protocoles remplacent la clinique. 

J’ai parfois peur d’aller à l’hôpital, de me trouver en face d’un soignant qui applique un protocole, qui n’a plus aucune pratique clinique, qui est soumis au gestionnaire, qui a perdu le pouvoir sur son travail, parce que l’hôpital est endetté.

Il n’y a aucune nécessité à ça, sauf si nous croyons en la religion capitaliste, qui donne tout pouvoir au prêteur. Le prêteur est celui qui va avancer de la monnaie, soit de la monnaie qu’il a piquée sous forme de profit sur le travail de l’année précédente, soit de la monnaie qu’il crée en partant de rien, et puis qui lui confère un pouvoir incroyable sur nos vies. Sur la production, sur le travail, quand est-ce que nous allons renoncer à croire à cette divinité, à lui faire allégeance.  

Beaucoup de dotations n’augmentent pas pour calmer les marchés qui, par définition, ne se calment jamais. Plus on les prie, moins ils se calment. Quand est-ce qu’on va arrêter d’être calme collectivement, parce qu’adhérents à la religion capitaliste ? 

Nous ne sommes pas un pays laïque. Nous sommes un pays dans lequel la religion capitaliste est omniprésente dans l’État, omniprésente dans l’université, omniprésente dans les entreprises. Nous avons fait la preuve au cours des années 60 et 70, que nous pouvons produire 10% du PIB sans faire appel au marché des capitaux, sans endetter les travailleurs concernés. En avançant les salaires, réfléchissons bien à ce que ça veut dire. 

Pour produire des richesses, tout ce qui est, là, c’est une table, en fait, tout ce qui est c’est ce micro, les sièges sur lesquels on s’assied, etc. Pour produire des biens et des services concrets, il faut des éléments que l’on rapporte à la nature, aux vivants non-humains et aux non-vivants. C’est du travail. Ça, c’est pour produire des richesses. Il faut de la nature et du travail. Pour produire de la valeur économique, celle qui 

décide des salaires, des niveaux de qualification dans la convention collective, celle qui est additionnée dans le calcul du PIB. 

Le produit intérieur brut, ce n’est pas la richesse nationale, ce n’est pas la totalité des milliers de tonnes de patates qu’on produit, etc. Ce n’est pas la richesse nationale, c’est la valeur qui est produite au cours de l’année.

Cela renvoie non pas au travail concret, mais au travail abstrait, producteur de valeur. Pour produire de la valeur, il ne faut que du travail. Seul le travail est producteur de valeur. Et pour qu’il y ait travail, il ne faut que des travailleurs. Pour extraire des matières premières pour produire de l’énergie, pour transporter ces matières premières, cette énergie sur le lieu de travail, pour concevoir des outils, pour tout ce qu’on appelle l’investissement. 

Il n’y a absolument pas besoin d’investisseurs. Il n’y a besoin que de travailleurs. Ils vont faire tout ça. Et pour qu’ils puissent travailler, il faut qu’ils soient payés. Il faut qu’il y ait avance monétaire, bien sûr, pour qu’il y ait production. Mais cette avance monétaire, ça doit être l’avance des salaires. Et là, ce n’est pas du crédit. On n’a pas remboursé son salaire. C’est la création monétaire, sans crédit, qui permet de distribuer du salaire à tous.

Alors, il faut évidemment que de la monnaie soit créée pour rendre possible du travail et du travail libre, puisque je ne dépends pas du contrat que je passe avec un employeur pour être payé. Nous pouvons collectivement décider de ce coût du travail pour que cette création monétaire ne soit pas de la monnaie de singe, il faut évidemment que de la valeur équivalente soit produite. Si nous voulons que tous les plus de 18 ans aient un salaire qui soit le salaire moyen actuel, le salaire moyen actuel c’est 2600 euros par mois net, ça c’est le salaire moyen. Le salaire médian, c’est-à-dire celui qui sépare les 50% les moins payés, des 50% les plus payés, c’est 1750 euros par mois. 

Le salaire moyen, compte tenu des salaires très élevés, dans les 10% les plus riches, il est de 2600 euros. Faisons une proposition d’augmentation des salaires qui fasse que le salaire moyen soit de 3000 euros. Dans une fourchette que nous, à « Réseau Salariat, » nous préconisons dans une fourchette de 1 à 3.

C’est-à-dire que le salaire minimum soit à 1800 euros et que le salaire maximum soit à 5000 euros. Il n’y a aucun salaire supérieur à 5000 euros par mois. Quand on y réfléchit sereinement, en dehors d’emmerder le monde, on ne voit pas très bien ce qu’on peut faire avec 5000 euros, enfin plus de 5000 euros par mois.

Donc, il faut déjà justifier une hiérarchie des salaires de un à trois. Nous nous inspirons des rapports de l’écart interdécile des conventions collectives et de la fonction publique. L’écart interdécile, c’est le rapport entre le salaire moyen des 10% les moins payés et le salaire moyen des 10% les mieux payés.

Dans les conventions collectives les mieux négociées, il est de 3. Le salaire moyen des 10% les moins payés est 3 fois inférieur au salaire moyen des 10% les mieux payés. Dans la fonction publique, il est de 2,5. Le salaire moyen des 10% des fonctionnaires les moins payés est de 2,5% inférieur, de 2,5 fois inférieur, pardon, au salaire moyen des 10% les mieux payés.

Nous proposons que ce rapport interdécide devienne le rapport des salaires tout court, et que le salaire minimum, automatiquement obtenu à 18 ans, puisque ça devient un droit de la personne majeure, d’accord, et que tout le monde à 18 ans perçoit le premier niveau de salaire, parce qu’il est titulaire du premier niveau de qualification, soit de 1800 euros. Vous voyez que ça suppose une autre école, hein.

Pour distribuer 100 euros à tous les plus de 18 ans, à tout ce monde à 18 ans, automatiquement, quel que soit le diplôme, etc. C’est pas une question de diplôme. Nous ne sommes pas dans le travail concret, nous sommes dans le travail abstrait. Nous sommes dans la production de valeur. Et encore faut-il qu’il y ait une école d’éducation de la responsabilité. La responsabilité économique. Et non pas une école d’éducation à la compétition sur le marché du travail. Ce qu’elle est aujourd’hui, pour son plus grand malheur.

Une école d’éducation, une école sans notes, une école de la coopération, etc. Bien sûr, il faut des mutations. Tout ce que nous exprimons là, ce sont des conditions nécessaires, mais qui ne sont pas suffisantes. Ça, c’est sûr. Encore faut-il que les nécessaires soient là.

Chacun devient titulaire à 18 ans d’un salaire de 1800 euros et jusqu’à sa mort. Moi, je suis en retraite depuis 15 ans, je suis scandalisé de ne pas pouvoir monter en qualification. Qu’est-ce que je fais ? J’attends Godot. Je voudrais pouvoir passer des accords de qualification, monter en qualification. Sinon, je suis condamné à devenir vieux. Il n’y a pas d’autre solution.

Au début, dans les cinq premières années, surtout si je lis la revue de la MGEN, je maintiens mon capital cognitif. Je fais du scrabble. Je maintiens ma forme physique. Je fais du vélo. Je maintiens mes liens sociaux. Je deviens bénévole dans une association. Au bout de 5-6 ans, je suis floué dans cette affaire, d’accord ? On me prends pour un con. Je suis marginalisé. Progressivement, c’est mes petits-enfants. Je deviens vieux, Il y a pas d’autre solution. Et en responsabilité économique jusqu’à sa mort. Jusqu’à sa mort.

Pourquoi est-ce que les Arnaud et compagnie ne vieillissent pas ? Posez-vous la question. C’est pas sur ceux-là qu’on va laisser la responsabilité économique. Ça suppose que nous la prenions. Et donc que nous assumions les conquis que les travailleurs organisés ont conquis au XXe siècle.

Tout ce que nous racontons là s’appuie sur des conquis, s’appuie sur de la réalité. Encore une fois, ce n’est pas des rêves, ce n’est pas de l’utopie. C’est être responsable parce qu’on actualise des déjà-là qui disparaîtront si nous ne les actualisons pas. Qui disparaîtront dans la pleurnicherie. Je ne reviens pas là-dessus. Ou dans l’accompagnement des travailleurs qui souffrent. Qui souffrent au travail. La compagne des souffrants.

La conquête de la souveraineté sur le travail, c’est ça qui nous libère de la souffrance au travail. Il n’y a aucune raison que le travail soit synonyme de souffrance, aucune. Il est source de créativité, de liberté, etc. De contraintes, bien sûr, il est collectif. Mais la contrainte, elle est positive quand elle est assumée volontairement.

Donc, si nous voulons que tous les plus de 18 ans aient un salaire moyen de 3 000 euros, supérieur au salaire moyen actuel, en commençant par 1 800 euros automatiques à 18 ans, puis par des épreuves de qualification, jusqu’à 5 000 euros maximum, eh bien, faites la multiplication de 3 000 par 50 millions, 3 000 euros par mois par 50 millions de personnes, puisque nous sommes 50 millions de plus de 18 ans, il faut 1 800 milliards. Nous en produisons 2 400.

C’est évident que nous allons produire ces 1 800 milliards. C’est évident. Et ces 1 800 milliards, nous allons les créer. Nous allons faire une création monétaire de 1 800 milliards attribuée à tous les plus de 18 ans, un salaire compris entre 1 800 et 5 000 euros. Une création monétaire qui n’a pas besoin d’être remboursée, c’est des salaires, et ces titulaires de salaire, décideurs au travail, évidemment qu’ils vont produire l’équivalent de la monnaie créée. 

C’est ce que nous avons fait pendant une bonne vingtaine d’années en matière de soins. Lorsque l’assurance maladie subventionnait la production de soins, et qu’il n’y avait pas de dette hospitalière.

Nous avons prouvé qu’on peut produire 10% du PIB par l’avance des salaires. Et cette avance des salaires, ce n’était pas n’importe quoi. C’était l’avance de salaire de fonctionnaires, c’est-à-dire de personnes libérées du marché du travail. Pour 10% du PIB, nous avons libéré les producteurs des deux fatalités qui pèsent sur eux dans le capitalisme. Le marché du travail, donc l’obligation de quémander un salaire auprès d’un employeur, et la dette, le fait d’être endetté avant même de commencer à travailler. 

Et que notre travail soit aliéné aux décisions d’un prétendant. Nous avons su nous libérer de tout ça. 

Continuons.

Captation sonore de l’intervention de Bernard Friot :

Interventions de la salle :

Intervention de Rémy Cardinale :

Interventions de la salle :