Les deux tours Plein Ciel, symboles du quartier des Coteaux à Mulhouse, demeurent au cœur d’une controverse majeure concernant leur sécurité et leur devenir. En juin dernier, nous recevions à ce sujet Laurent Schneider, résident de l’une des tours en question.
Ces deux immeubles emblématiques du quartier, construits entre 1964 et 1968 et comptant 22 étages chacun pour un total de 282 logements, ont été classés en Immeubles de Grande Hauteur (IGH) en 2017.
Un tel classement impose des normes strictes en matière de sécurité incendie. Un rapport de la commission départementale de sécurité de juillet 2022 révélait des non-conformités à cet égard, notamment en termes de résistance au feu et de désenfumage.
Travaux herculéens
Pour répondre aux exigences réglementaires, des travaux estimés à quelque 40 millions d’euros pour chacune des tours seraient nécessaires, soit un coût moyen de 250 000 € par appartement (110 000 euros en incluant l’apport du conseil syndical nous confirmait Laurent Schneider).
L’engagement financier dépasse largement la valeur vénale actuelle des logements, rendant les rénovations inenvisageables pour la plupart des copropriétaires.
Pour faire face à l’urgence de la situation, la Ville de Mulhouse met en place des équipes de sécurité incendie permanentes, et réclame des syndics la mise aux normes des immeubles.
Bataille juridique à deux fronts
Sur le plan légal, le tribunal administratif de Strasbourg qui examinait le dossier en audience du 15 octobre 2024, statua que les tours Plein Ciel ne sont pas soumises à l’arrêté de 1977 relatif aux IGH, car… elles ont été construites avant son entrée en vigueur. Ce que soutenait déjà Laurent Schneider.
La décision dévitalise ainsi les arguments juridiques avancés par la municipalité afin d’imposer les travaux de mise aux normes. Cependant, et concomitamment, le tribunal judiciaire de Mulhouse a constaté l’incapacité des syndics à financer les travaux nécessaires, et confiait la gestion des immeubles à une administratrice judiciaire.
Démolition forcée contre réparation inique
La démolition des tours est l’issue naturelle pour la municipalité, et semble même l’avoir été de longue date. Ce faisant, une majorité des logements a déjà été rachetée par la collectivité à un prix estimé par le service du Domaine, c’est à dire environ 40 000 € par appartement.
Une somme dérisoire au regard des espaces disponibles, et de l’état général des tours, selon leurs résidents copropriétaires.
Bien que certains propriétaires aient consenti la vente au Domaine, d’autres dénoncent une expropriation déguisée et réclament une indemnisation plus équitable. L’avocat des copropriétaires, M° Bruno KERN, a annoncé son intention de faire appel pour contester cette décision, et permettre des indemnisations décentes, alors que 60% des lots ont déjà été rachetés…
Métamorphose urbaine
La Ville prévoit une requalification complète du quartier des Coteaux d’ici 2035. Le projet, d’ampleur, vise à remplacer les anciennes infrastructures par un « village urbain » moderne avec davantage d’espaces verts et d’équipements publics. Et accessoirement une réduction par deux du nombre d’habitants, lequel passerait alors de 10 000 à 5000.
Toutefois, pour les habitants attachés aux tours Plein Ciel, ainsi que nous le racontait Laurent Schneider, cette transition représente une perte douloureuse d’un patrimoine affectif et architectural.
Une bande dessinée inspirée de ces immeubles est parue chez Ankama.












