Crédit photos : Martin Wilhelm
Ce 1er avril, environ 200 salariés se sont réunis devant la direction générale de l’Adapei les Papillons blancs d’Alsace, avenue de Strasbourg à Didenheim, répondant à l’appel intersyndical de la CGT et de FO. Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de tensions liées aux négociations nationales pour la mise en place d’une nouvelle convention collective unique dans le secteur médico-social. Les propositions des employeurs, jugées préjudiciables par les syndicats, ont provoqué un mouvement de contestation sans précédent.
Des droits menacés par des propositions lourdes de conséquences
La révision des conventions collectives et les réformes proposées par les employeurs suscitent une vive inquiétude parmi les salariés. Laurent Cusey, délégué syndical CGT, a dénoncé un « projet de casse sans précédent » des acquis sociaux. Selon lui, les employeurs envisagent des mesures drastiques telles que la réduction des congés conventionnels, qui pourraient passer de 18 à seulement six jours pour certains secteurs. Il souligne également des suppressions envisagées, comme la disparition des congés familiaux exceptionnels (mariages, décès) et des congés d’ancienneté, ainsi qu’une dérégulation du temps de travail avec des durées quotidiennes et hebdomadaires prolongées et des repos entre deux prises diminués.
Pour Laurent Cusey, il s’agit d’une « attaque frontale » contre les droits des salariés, alors que le secteur fait face à de nombreuses difficultés :
« Si ces réformes passent, les salariés perdront jusqu’à 24 jours de congés conventionnels. On parle d’un projet qui reviendrait au Code du travail, supprimant des avantages indispensables dans notre domaine. »
Il ajoute que les négociations ont déjà provoqué la colère des syndicats au niveau national :
« Lors des discussions à Paris, les employeurs ont présenté ces propositions provocatrices, et toutes les organisations syndicales ont quitté la table des négociations pour dénoncer ce projet inacceptable. »
Un secteur en crise et un dialogue social indispensable
Malika El-Hadifi, déléguée syndicale FO, insiste également sur les conséquences néfastes de ces mesures pour le secteur médico-social, déjà fragilisé. Elle affirme que les régressions envisagées dans les conditions de travail pourraient accentuer le manque de personnel, nuire à la prise en charge des personnes vulnérables, et fragiliser encore davantage les salariés :
« Nous sommes dans un secteur où la prise en charge des personnes nécessite des conditions de travail adéquates. Si on perd nos acquis, si on nous impose des horaires plus longs et moins de repos, le turnover et l’absentéisme vont exploser. »
Elle souligne l’impact direct que cela aurait sur les bénéficiaires :
« Les personnes handicapées que nous accompagnons dans nos foyers et services doivent rester la priorité de notre employeur. Mais si on continue à réduire les moyens, ces prises en charge seront compromises. »
Malika El-Hadifi appelle à un dialogue social renforcé au sein de l’Adapei :
« Si cette convention collective unique passe, avec toutes ses régressions, il faudra que notre employeur négocie avec nous au niveau local pour compenser les pertes et préserver à minima nos conditions de travail. Nous sommes déterminés à nous faire entendre. »
Elle insiste sur l’importance d’une mobilisation collective et d’un soutien mutuel entre salariés, employeurs et parents d’enfants handicapés :
« Les parents nous soutiennent, même s’ils ne sont pas là aujourd’hui. Ils savent que nos revendications visent aussi à garantir le bien-être de leurs enfants. »
Une mobilisation qui dépasse les frontières de l’association
Le rassemblement est marqué par la présence de salariés venus de toute l’Alsace et même d’autres associations médico-sociales, telles que Saint-Clair et Barthélémy. Laurent Cusey souligne également l’importance du Ségur de la santé, un dispositif qui n’est pas appliqué uniformément :
« Le Ségur, qui prévoit 183 euros pour tous, n’est pas pour tous. Certains financeurs, comme les conseils départementaux ou les agences régionales de santé, ne suivent pas. Nous demandons une prise en charge équitable et des augmentations de salaires pour pallier la perte de pouvoir d’achat depuis 30 ans. »
Pour Laurent Cusey, la priorité reste aussi la mise en place d’une convention collective nationale de haut niveau pour le secteur médico-social, accompagnée d’un financement suffisant et de la création des postes nécessaires :
« Il faut que les employeurs comprennent que les salariés sont à bout. Nous manquons de personnel, nous manquons de moyens, et la charge de travail ne cesse d’augmenter. Cette mobilisation montre l’urgence de la situation. »
Les syndicats unis pour un même message
Bien que la CGT et FO aient parfois des approches distinctes, leur alliance sur ce dossier reflète l’importance des enjeux. Malika El-Hadifi souligne qu’il est rare de voir ces deux syndicats travailler ensemble, mais qu’il s’agit d’une nécessité dans ce contexte :
« Les salariés sont derrière nous, ils savent que nous avons des visions différentes, mais que nous nous battons pour les mêmes valeurs. Nous devons rester optimistes et mobilisés pour que nos revendications soient enfin entendues. »
En attendant la prochaine réunion de négociation prévue à Paris, les salariés des Papillons blancs restent déterminés à s’opposer à toute régression sociale. Leur mobilisation témoigne d’une volonté collective de protéger leurs droits tout en assurant la qualité de la prise en charge des personnes vulnérables.


























