Le gouvernement de François Bayrou entreprend de préparer un budget austéritaire à valoir pour l’année 2026, qu’il compte faire adopter au plus tôt, y compris, précise le Premier ministre, par voie d’ordonnances…
Ce psittacisme gouvernemental sur la dette, et les 3% fixés arbitrairement par les traités européens, est d’abord et surtout un apostolat idéologique : prêcher l’impuissance politique à modifier l’ordre social et économique, et prétendre illusoire l’autodétermination politique et démocratique de la population sur les sujets d’intérêt public qui la concerne au premier chef.
En témoigne encore, outre la lutte contre la réforme des retraites, les conditions et circonstances invraisemblables du vote de la loi Duplomb, à propos de laquelle nous reviendrons bientôt dans ces colonnes.
C’est ensuite le roman d’une pseudo-naturalité économique : celui du néolibéralisme, parachevant sa forme techno-féodale autoritaire, dont l’épuisement politique et l’indigence intellectuelle sont présentés comme des faits accomplis aussi violents qu’irréductibles. Il est légalisé par un bloc bourgeois minoritaire, piétinant les résultats électoraux, qui dispense des remèdes à des masses qu’il imagine circonvenues et passives.
Comme une inversion de sens, le même bloc bourgeois électoral peut aussi bien instrumentaliser sans vergogne la “valeur travail” comme énoncé performatif, quand l’essentiel du personnel politique français qui s’en prévaut n’a jamais travaillé de sa vie.
A fortiori, l’assemblée bourgeoise peut tout autant relancer une énième guerre contre les chômeurs, ces supposés profiteurs (dont plus de la moitié n’a droit à rien) quand elle-même n’a toujours été qu’une sangsue étatique, dont une fraction s’abreuve en rentier politique.
« Tout le monde devra participer à l’effort », a feint de marteler François Bayrou, lors d’une intervention officielle pompeusement intitulée “Le moment de vérité”, où pour ébaubir le chaland lamentablement affalé sur son transat au lieu de se retrouver à sa place “sur une ligne de production, pour le pays et la magie“, il aura même fallu lui calculer le coût du déficit public par seconde, afin de lui faire passer le goût du mojito !
Mais derrière la facticité rhétorique de l’équité, c’est à jamais une politique à sens unique qui s’abat sur les plus vulnérables.
Cela même alors que l’on apprenait au travers des conclusions d’une commission d’enquête sénatoriale, que l’équivalent de 211 milliards d’euros (premier poste de dépense de l’État !) étaient dispensés chaque année pour prendre soin des véritables “assistés” de la République : les entreprises (lire ci-dessous) :
Le coût/goût de la politique de l’offre
Outre la période du covid, et la conséquence des dernières crises, à commencer par l’invasion de l’Ukraine, les choix d’Emmanuel Macron et Bruno Le Maire (ministre de l’Economie et des Finances de 2017 à 2024), expliquent l’essentiel du dérapage budgétaire (175 milliards d’euros, soit 6,0% du PIB selon la Cour des comptes).
Au nom de la politique de l’offre et de la supposée nécessité de réduire les prélèvements obligatoires pour dynamiser l’économie française, ils ont mené une politique de baisse des contributions fiscales.
La Cour des comptes a ainsi établi que « la période 2018-2023 a été marquée par d’importantes baisses d’impôts, dont l’impact est estimé à 62 milliards d’euros en 2023, soit 2,2 points de PIB ». Sans ces baisses, la France aurait eu un déficit budgétaire de 2,5 % en 2022, de 3,5 % en 2023 et de 3,8 % l’an dernier.

Contrairement aux justifications gouvernementales invoquant les crises successives, l’analyse montre que les choix fiscaux volontaires expliquent la majeure partie de la dégradation. Selon l’association Attac, les baisses d’impôts représentent 24% de la hausse de la dette sur la période 2018-2023.
| Indicateur | Période | Évolution | Précisions |
| Baisse des prélèvements obligatoires | 2017-2024 | -2,5 points de PIB | De 45,3% à 42,8% du PIB |
| Hausse des dépenses publiques | 2017-2024 | +0,6 point de PIB | De 56,5% à 57,1% du PIB |
| Coût des baisses d’impôts | Cumulé 2017-2024 | 79 Md€/an | Dont 62% pour les entreprises |
| Évolution du déficit public | 2017-2024 | +2,8 points de PIB | De 3,0% à 5,8% du PIB |
| Croissance des recettes publiques | 2023-2024 | +2,2% puis +3,1% | Inférieure à la croissance du PIB |
| Croissance des dépenses publiques | 2023-2024 | +3,7% puis +3,9% | Supérieure à la croissance du PIB |
Cette analyse quantitative révèle que la dégradation du déficit public s’explique à 81% par la baisse des recettes et à seulement 19% par la hausse des dépenses !
Une rigueur à sens unique
La France paie désormais le prix fort de cette politique qui n’a pas eu les effets escomptés par Emmanuel Macron et ses chefs de gouvernement. Et devinez qui aura à en supporter les conséquences ?
Sous couvert de rigueur budgétaire, le Premier ministre orchestre ainsi une véritable casse sociale, s’acharnant sur les travailleurs précaires, les malades, les chômeurs, les fonctionnaires… bref, sur l’immense majorité, pendant que les plus riches et les grandes entreprises sont, une fois de plus, épargnés.
Sur les jours fériés
Supprimer deux jours fériés, dont le 8 mai, à la fois jour de victoire sur le nazisme, et instauration progressive du programme du Conseil national de la Résistance, c’est à dire conduire les salariés à travailler gratuitement pendant deux jours, voilà le symbole d’un gouvernement à court d’idées, mais pas de brutalité. Ni étude, ni réalité sociale ne justifie cette atteinte au temps de repos des travailleurs, si ce n’est la croyance aveugle que ces heures « volées » seront miraculeusement transformées en croissance.
Les salariés les plus exposés à la pénibilité paieront cette injustice, pendant que la France, déjà productive, s’aligne par le bas.
Sur le gel social
Bayrou a choisi de geler l’indexation des prestations sociales et du barème de l’impôt pour 2026. Résultat : les plus modestes verront leur niveau de vie baisser, avec jusqu’à 1% de perte de revenu disponible pour les 5% de ménages les plus pauvres. Retraités, bénéficiaires d’allocations… Tous sacrifiés sur l’autel de l’austérité.
| Catégorie | Impact Année blanche (perte moyenne) |
|---|---|
| Retraités | 1% du niveau de vie (~350 €/ménage) |
| 5% plus pauvres | Près de 1% du revenu disponible |
Sur les chômeurs : des droits (encore !) écornés
Prétexte d’efficacité, prétexte de finances… Bayrou étrangle encore un peu plus l’assurance chômage.
Durcissement de l’accès, baisse de la durée d’indemnisation, stigmatisation des chômeurs : ce sont les demandeurs d’emplois – déjà exclus en masse du système d’indemnisation – qui trinqueront.

Pendant ce temps, pas un mot sur les vraies causes des difficultés d’embauche (inadaptation frictionnelle, effort de formation insuffisant, exigences patronales trop élevées…) et sur la qualité précaire de l’emploi proposé.
Sur la santé : des patients surtaxés
Dans sa croisade budgétaire, Bayrou n’a pas hésité à faire passer les patients à la caisse.
Franchises médicales doublées, rabotages des remboursements pour 14 millions de malades atteints d’affections de longue durée : la santé devient un luxe.
Les économies se font sur le dos de ceux qui souffrent, alors que le besoin de soin n’a jamais été aussi criant.
Sur la fusion des aides sociales
Fusionner RSA, APL et autres aides sous prétexte de simplification, c’est surtout l’assurance d’exclure des milliers de personnes et de conditionner encore plus durement l’accès aux droits.
Alignement par le bas, nouvelles conditions d’activité, menaces sur les droits les plus fragiles : sous couvert de « solidarité », Bayrou prépare un tri sévère parmi les plus précaires.
Sur la fonction publique : des services minés
Baisse programmée de 3 000 postes de fonctionnaires, non-remplacement d’un départ sur trois, gel des salaires…
Bayrou ressort les vieilles ficelles, sciant les piliers de l’État social au prix d’une dégradation programmée du service public.
La France n’aura pas plus d’efficacité, mais moins d’enseignants, moins de soignants, moins de justice – et moins d’espoir pour ses citoyens.
Graphique : sur quels secteurs veut-on économiser 44 milliards ?
| Secteur | Montant des coupes | Part du total |
|---|---|---|
| Protection sociale (santé, retraites, aides) | 27 milliards € | 61% |
| Fonction publique | 7 milliards € | 16% |
| Chômage et emploi | 6 milliards € | 13% |
| Autres postes | 4 milliards € | 10% |
| 44 milliards € | 100% |
Plus de 60% des économies issues du budget Bayrou sont ainsi concentrées sur la solidarité nationale et la santé, aucun prélèvement n’est opéré sur les plus riches ou les grands groupes, car une augmentation de l’impôt est un crédo intangible pour Emmanuel Macron.
Dans une France frappée par des records historiques de pauvreté et d’inégalités, le « plan Bayrou » n’est rien d’autre qu’un manifeste antisocial.
En 2023, selon l’Insee, 15,4% de la population française vit sous le seuil de pauvreté à 60% du niveau de vie médian, soit 9,8 millions de personnes — un niveau record depuis 1996. Cela représente une hausse significative par rapport à 2022 (14,4%, soit environ 650 000 personnes supplémentaires).
L’effort se voudrait partagé ; il sera surtout imposé à ceux qui n’ont déjà plus rien à donner.
Le rouleau compresseur antisocial et autoritaire est en marche. Jusqu’à quand les grands boulevards de l’apathie s’ouvriront-t-ils devant lui ?










