Une dizaine d’agriculteurs occupent pacifiquement le rond-point du pont d’Aspach depuis ce mercredi matin. Ce mouvement local illustre les craintes des petits producteurs face à une concurrence déloyale et des crises sanitaires mal gérées, à l’aune de la signature du traité de libre-échange avec le marché commun du Sud, dit Mercosur, après un quart de siècle de négociations.

Le rassemblement local

Une dizaine d’agriculteurs de la Confédération paysanne 68 ont investi le rond-point du pont d’Aspach à Burnhaupt-le-Haut dès 10 heures ce mercredi. Ce blocage alsacien, sans entrave à la circulation, vise à alerter sur l’absence d’aide à l’installation et la Politique agricole commune (PAC) favorisant les aides à l’hectare au lieu de l’humain.

Mathis Baumann, éleveur à Linthal et producteur de fromages de chèvre et de vache, porte deux revendications principales : le rejet du traité UE-Mercosur et une meilleure gestion de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNC), une maladie qui menace déjà l’Alsace malgré les abattages systématiques ailleurs.

Fred Geschwind, ancien vigneron et vice-président de Demeter France, alerte sur la solidarité nécessaire entre filières, dénonçant un néolibéralisme qui écrase les petits producteurs au profit des géants agro-industriels, alors que la loi d’urgence agricole proposée par le gouvernement paraît nettement insuffisante.

Liens avec Via Campesina

Affiliée à Via Campesina, la Confédération paysanne s’inscrit dans un combat mondial des petits paysans contre les accords comme le Mercosur, qui favorisent l’agrandissement des fermes en Argentine ou au Brésil au détriment des exploitations familiales. Les militants soulignent que des paysans du Mercosur manifestent aussi contre ce traité, malgré les risques réels dans ces pays.

Historique du traité Mercosur

Négocié depuis 1999 entre l’UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), cet accord de libre-échange vise à abolir les droits de douane sur 91% des échanges, au risque d’inonder l’Europe de viande et céréales produites avec moins de normes environnementales et sanitaires.

Relancé en 2019 malgré les premières oppositions françaises, il a connu des avancées comme des clauses miroirs sur les pesticides en décembre 2024, mais reste rejeté par les agriculteurs pour son impact sur la souveraineté alimentaire.

Emmanuel Macron a multiplié à son sujet les discours critiques depuis 2017, tout en faisant mine de le soutenir lors de ses excursions vers le continent sud-américain. Il confirmera, bien trop tardivement, en ce mois de janvier 2026, un rejet français lors du Conseil des ministres européens du 9 janvier, lâché par l’Italie. Et se rendant définitivement inaudible aussi bien en France qu’auprès de ses partenaires européens.

Position actuelle de la France

Malgré le « non » ferme de Macron, annoncé le 8 janvier pour protéger les filières sensibles, la France peine à bloquer l’accord nécessitant cinq pays opposés pour une majorité qualifiée. Des recours restent possibles, comme des blocages portuaires ou des votes nationaux post-ratification européenne prévue fin janvier.

Les paysans alsaciens appellent à une mobilisation accrue pour imposer la qualité européenne et refuser ce « greenwashing » qui mine l’écologie prônée par l’UE.

Propos recueillis par Jano Celle

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