Annouar Sassi, tête de liste de « Nous sommes Mulhouse » se présente comme le candidat indépendant qui mise sur la mobilisation des classes populaires et les quartiers en difficulté de Mulhouse, à l’approche des municipales des 15 et 22 mars 2026. Un repositionnement opportun, lui qui fut élu sur la liste macroniste de Lara Million en 2020.

Lors de la présentation de son programme le 28 janvier au centre social Wagner, il a ainsi déroulé des propositions concrètes – bourse à l’entrepreneuriat, loyers progressifs pour les jeunes, cantines gratuites au nom de la « dignité« , doublement du budget sport, réouverture des axes routiers pour fluidifier le trafic – ce qui semble correspondre à une demande citoyenne dans un centre et hypercentre engorgés, dont les habitant-es s’abstiennent par ailleurs à des niveaux records.

Reste à voir si ces idées tiennent la route face aux contraintes budgétaires locales, car Sassi insiste sur un « dépenser mieux, pas plus » via de meilleures relations avec les partenaires institutionnels, à commencer par M2A, sans entrer dans les détails chiffrés.

Des mesures pragmatiques, et une redéfinition des priorités…

Sassi structure son projet autour de quatre axes – grandir (via l’entrepreneuriat), respirer (sur les transports et la qualité de vie), agir (sur les sports, et les associations), vibrer (accès à la culture) – qui ciblent les besoins immédiats des habitants, notamment dans des zones comme Bourtzwiller ou les Côteaux.

Les cantines gratuites et le coup de pouce aux jeunes entrepreneurs paraissent séduisants, surtout dans une ville où le chômage et la précarité rongent le quotidien. Pourtant, on peut douter de leur mise en œuvre sans un plan financier précis : Mulhouse, déjà sous pression avec ses dettes et ses relations tendues avec l’agglomération, peut-elle vraiment absorber un tel programme sans hausse d’impôts ou coupes par ailleurs ?

Sassi promet une redéfinition des priorités, mais l’histoire locale montre que les belles intentions butent souvent sur les réalités administratives.

Une posture inclusive mais une mobilisation incertaine

Interpellé sur son électorat perçu comme jeune et issu des quartiers populaires, Sassi balaie les accusations de communautarisme avec fermeté : « Nous, on ne s’amuse pas à faire un décryptage ou une segmentation des électeurs en fonction de leur origine réelle ou supposée, de leur religion réelle ou supposée. […] Nous, on n’a vu que de jeunes Français intéressés par la vie locale. Point. » Sur l’abstention massive, il adopte un ton empathique : « Ne pas voter, c’est un geste éminemment politique. […] Il faut être capable de lui offrir autre chose » que l’offre politique traditionnelle.

Sa campagne se veut « hyperpositive« . Mais peut-elle vraiment mobiliser les abstentionnistes qu’il interpelle par voie d’affichettes en les incitant à s’inscrire sur les listes électorales, ou restera-t-elle confinée à une base fidèle ?

A ce sujet, la problématique de l’émergence d’élus racisés et la meilleure prise en compte des questions de discrimination pouvant potentiellement endiguer une démobilisation, ont fait l’objet d’une étude de la part des sociologues Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin dans leur ouvrage Élus des banlieues populaires (paru aux Puf en 2026). Un article est paru récemment dans Mediapart à ce sujet.

Les chercheuses montrent qu’on ne voit pas de regain de la mobilisation électorale parce qu’il y aurait des élus racisés ou implantés localement. L’exemple de Stains étant illustratif à cet égard. Son maire, Azzédine Taïbi (ex-PCF), voit en effet sa ville afficher un taux d’abstention record aux dernières élections municipales (+ de 67%), plus fort taux de Seine-Saint-Denis, alors qu’il porte activement les questions de discriminations sans que cela ne transforme le taux de participation.

Un champ électoral éclaté

Face à une quinzaine de listes, Sassi se positionne en outsider sans étiquette, ouvert au dialogue, mais après le premier tour : « Notre main a toujours été tendue« , tandis qu’un scénario d’union avec la gauche et/ou LFI relève pour lui de la « politique-fiction » avant le 15 mars. Pourtant, face à Loïc Minery (« Mulhouse en commun », union gauche-écologistes), qui pousse les thèmes de la justice sociale et de l’écologie, Sassi partage les mêmes préoccupations pour les thématiques sociales.

Quand Minery semble jouer sur ses réseaux, Sassi entretient une authentique proximité avec les sujets qu’il défend. Quant à Frédéric Marquet (« Mulhouse j’y crois », indépendant), qui se focalise sur l’innovation territoriale et la gouvernance citoyenne, Sassi semble plus ancré dans le quotidien populaire – deux indépendants qui pourraient alors se partager un vote contestataire, mais sans synergie évidente.

Une surprise totale ou partielle ?

Avec une dynamique terrain positive, Sassi pourrait-il franchir les 10% pour le second tour, voire fusionner à son avantage ? Sa promesse d’une « surprise » au soir du 15 mars reste envisageable, mais dans une cité lassée par les querelles politiciennes, et un exécutif décrédibilisé au possible, les électeurs se demanderont si ce programme tient vraiment la distance dans un contexte de disette et de corset budgétaire auxquels sont soumises les grandes et moyennes villes pauvres, sans considérer les effets de dispersion des voix…

Merci à RadioWNE pour le recueil des propos de A. Sassi.

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