Dessin d’après Veesse

Souvent les programmes des élections municipales renvoient au mieux à une sorte de catalogue de meubles en kit : on y trouve de tout, les promesses brillent sur la quadrichromie des photos, et on ne sait jamais trop si, une fois monté, le placard contiendra davantage de réactifs politiques transformationnels que de cadavres programmatiques.

À Mulhouse, pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, l’offre de plans de montage est singulièrement abondante. Aussi avons-nous « bricolé » une petite confrontation de programmes à une dizaine de jours du premier tour. A savoir une mise à plat comparative des six candidatures les plus structurantes de la campagne, avec un focus sur les mesures sociales, économiques, écologiques et démocratiques significatives proposées par les candidat-e-s.

Les autres listes (plus marginales ou mono thématiques) ne sont pas intégrées ici, non par oubli ou mépris démocratique, mais afin de préserver la focale sur les forces les plus susceptibles de remporter l’élection mulhousienne.

Par ailleurs, La France insoumise, force politique nationale d’importance à gauche, n’a pas développé localement de programme susceptible d’être confronté à celui des autres compétiteurs. Raison pour laquelle elle n’y figure pas. Un paradoxe amusant, alors même qu’on nous soupçonne régulièrement de les soutenir mezzo-voce !

L’objectif n’est pas ici de distribuer bons ou mauvais points, mais de tenter d’aplanir des offres politiques qui, par construction ou positionnement, cherchent à se rendre incomparables ou du moins très différenciantes, alors qu’elles ne le sont pas toujours.

Même si dans le réel de la donne politique municipale, le mercato électoral se renégocie souvent à l’approche de l’échéance fatidique : ainsi tel membre d’un groupe politique se transférera volontiers chez le voisin, se rangera dans la majorité, ou changera de maillot, en fonction de conjectures, intérêts ou ambitions personnelles.

Cécile Sornin, par Veesse

MÉTHODOLOGIE : LES SIX LISTES SUR LE PRÉSENTOIR

POUR LES CANDIDATS RETENUS, NOUS NOUS APPUYONS SUR LES PROGRAMMES OFFICIELS ET QUELQUES DÉCLARATIONS PUBLIQUES.

  • Michèle Lutz – « Fiers de Mulhouse » (droite sortante).
  • Frédéric Marquet – « Pour vous, pour Mulhouse » (centre pragmatique).
  • Loïc Minéry – « Mulhouse en Commun » (gauche/écologie).
  • Annouar Sassi – « Nous Sommes Mulhouse » (citoyen/populaire).
  • Cécile Sornin – « Mulhouse au Cœur » (indépendante/humaniste).
  • Lara Million – « Faut que ça change ! » (macroniste/libérale centriste).

Ces six listes recouvrent donc l’ensemble de l’échiquier politique local : droite → centre → gauche → citoyen → indépendant → macroniste. Elles disposent donc de programmes publics, d’équipes constituées, et d’une visibilité publique.


VOLET SOCIAL : GRATUITÉS, SANTÉ, LOGEMENT – UNE NETTE CONCURRENCE

Sur le plan social, les différences d’ambition sont manifestes, particulièrement sur la question des gratuités (transports, cantine) et du logement.

Concernant l’accès à la cantine scolaire, la fracture est là aussi assez nette. Alors que la maire sortante Michèle Lutz se contente de poursuivre le plan école actuel et que Frédéric Marquet évoque un accueil « adapté », la gauche propose des ruptures claires.

Loïc Minéry s’engage en effet sur des repas 100% bio, locaux et sains. Annouar Sassi va encore plus loin en promettant la gratuité totale de la cantine pour lutter contre la précarité alimentaire infantile. Plus pragmatique budgétairement, l’indépendante Cécile Sornin propose un repas à 2 euros. Étonnamment, le sujet n’est pas une priorité affichée dans le programme de Lara Million.

En matière de santé, face à la pénurie médicale, deux écoles s’affrontent. D’un côté, des infrastructures publiques : Loïc Minéry promet des centres de santé municipaux avec des médecins salariés, tandis qu’Annouar Sassi milite pour un réseau de maisons médicales de quartier incluant des kits dentaires pour les enfants.

De l’autre côté, Lara Million chiffre précisément son ambition avec le recrutement de 30 médecins, la création d’une maison de santé dans la Tour de l’Europe et le lancement d’une mutuelle communale. Frédéric Marquet se distingue quant à lui par un prisme technologique marqué (un pôle santé numérique) couplé à un plan spécifique pour la santé mentale, là où Cécile Sornin mise sur une « Maison des soignants ». Quant au programme de la sortante Michèle Lutz, il reste (déjà) très générique sur ce point.

Sur le logement, l’offre va de l’urbanisme pur à l’interventionnisme social. Michèle Lutz reste cramponnée au « renouvellement urbain » classique, pendant que Frédéric Marquet se concentre sur l’accessibilité pour les seniors.

Seul Loïc Minéry annonce un ambitieux programme de 3 000 logements rénovés en priorité pour combler les logements vacants ou insalubres. Et pour lutter contre les abus, une extension du « permis de louer » afin de combattre les marchands de sommeil. Une augmentation du nombre de places en hébergement d’urgence, dont 20 places supplémentaires spécifiquement réservées aux femmes et enfants victimes de violences. Enfin, une action sur l’habitat inclusif, soit des logements adaptés pour les seniors afin de lutter contre l’isolement.

Annouar Sassi cible lui aussi l’urgence en luttant contre l’habitat indigne et en favorisant les colocations. Lara Million chiffre un objectif de 1000 logements construits en 10 ans, y ajoutant un permis de louer coercitif pour combattre les marchands de sommeil. Cécile Sornin aborde le sujet sous l’angle de la « dignité ».

Les transports publics font l’objet d’une surenchère (relative) en matière de gratuité. Actuellement réservée aux aînés sous le mandat Lutz, elle serait étendue par Lara Million aux moins de 25 ans, aux plus de 65 ans et aux personnes à mobilité réduite (avec en prime 1h de parking gratuit au centre-ville). Loïc Minéry cible les moins de 25 ans et les précaires, tandis qu’Annouar Sassi vise un passage progressif à la gratuité totale, à l’instar de 17 communes françaises. Frédéric Marquet maintient le flou (« en cours de définition ») et Cécile Sornin préfère investir dans une « école du vélo ».

Sur l’implication de la Jeunesse et la Démocratie, l’innovation institutionnelle est à gauche. Minéry promet 6 mairies de quartier décisionnelles, complétées par des Référendums d’Initiative Citoyenne (RIC). Sassi lui emboîte le pas avec le vote des 14-18 ans via un referendum pour tous, des tiers-lieux dédiés et le RIC.

À l’opposé, Lara Million décline une approche territoriale « efficace » (QG de quartier, mairie mobile, élu référent). Marquet propose un « Indice du Bonheur » (local), Sornin de vastes consultations, tandis que la « démocratie locale » de Lutz s’apparente, selon ses opposants, à un pur slogan.

Frédéric Marquet, par Veesse

3. VOLET ÉCONOMIQUE : RIGUEUR, ÉCONOMIE SOCIALE, ATTRACTIVITÉ

L’approche économique divise les candidats entre attractivité classique, économie sociale et rigueur budgétaire assumée.

En matière de fiscalité, le clivage est clair. Cécile Sornin et Lara Million font du gel des impôts un argument électoral massue (0% d’augmentation de la taxe foncière). Lara Million y ajoute une promesse choc de réaffectation de 100 millions d’euros sur le mandat. À l’inverse, Annouar Sassi assume une logique de redistribution fiscale pour financer son volet social. Tandis que Michèle Lutz, Frédéric Marquet et Loïc Minéry fait mention d’une stratégie de financement active pour dégager des marges de manœuvre (estimées à environ 3 millions d’euros pour le fonctionnement et 2 millions pour l’investissement).

Sur l’emploi et le commerce, l’économie sociale et solidaire (ESS) trouve son héraut en la personne d’Annouar Sassi, qui promet un vrai service municipal de l’entrepreneuriat et un « Label local ». Lara Million privilégie une approche « start-up nation » (ça alors !) avec 30 bourses annuelles pour les talents (dotées de 5 à 15 000€) et un focus sur l’intelligence artificielle. Minéry choisit un pacte pour l’emploi et l’innovation industrielle, et souhaite donner des perspectives aux plus de 6 000 jeunes mulhousiens qui ne sont « ni en formation – ni en emploi ». Sornin mise sur la gratuité ponctuelle du stationnement pour sauver les commerces, tandis que Lutz et Marquet en restent aux concepts globaux d’attractivité et de « ville qui vibre ».

L’innovation révèle aussi les ADN de chaque liste : Axe général technologique (héritage de Jean Rottner) pour Lutz, spécialisation en santé neurologique pour Marquet, écologie populaire et maraîchage pour Sassi et Minéry. Lara Million voit grand avec un Pôle IA fédérant « KM0 » et l’Université, assorti d’une navette directe vers l’EuroAirport.


4. VOLET ÉCOLOGIQUE : DE COSMÉTIQUE À… SYSTÉMIQUE !

La transition écologique est traitée par tous, mais avec des degrés de profondeur allant du simple aménagement esthétique au bouleversement systémique.

Sur les espaces verts, la méthode « LED et quelques arbres » de Michèle Lutz s’apparente à de la pure gestion. La vraie rupture vient des listes citoyennes et de gauche : Annouar Sassi promet la plantation d’arbres fruitiers en libre-service et des îlots de fraîcheur, tandis que Loïc Minéry veut transformer l’hypercentre en végétalisant la Place des Cordiers, évoque le soin à la biodiversité et la condition animale (il est le seul à tabler sur la création d’une délégation exclusive aux animaux). Précise techniquement, Lara Million promet la plantation de « micro-forêts » (méthode Miyawaki) et Cécile Sornin la préservation de « poumons verts ». Frédéric Marquet a une vision plus culturelle de la réhabilitation (studios industriels).

Concernant la mobilité, l’affrontement se joue sur les infrastructures. Face à la « poursuite » tranquille prônée par Lutz ou au plan « concerté » de Marquet, la concurrence est rude. Lara Million chiffre l’aménagement de grands corridors vélos, l’installation de feux tricolores intelligents et de parkings relais urbains. Loïc Minéry exige des pistes cyclables réellement sécurisées, et un partage de l’espace public en général, tandis que Annouar Sassi lie le sujet à la refonte de la politique globale de la M2A.

Enfin, sur le sujet émergent de l’alimentation urbaine, Sassi, Minéry et Sornin (potagers urbains) proposent un maraîchage municipal et du bio dans la ville. Lara Million garantit des cantines approvisionnées en 100% local. Le sujet est en revanche absent des axes prioritaires de Lutz et Marquet.

Lara Million, par Veesse

5. SÉCURITÉ ET « CHOCS » : MILLION OFFENSIVE

Le clivage est total entre la droite qui réprime, le centre indépendant qui (semble) ignorer le sujet et la gauche qui prévient.

L’approche de Lara Million est la plus retentissante avec son « choc de sécurité » (budgété à 350 000€) si typiquement macroniste. Elle propose une brigade anti-incivilités, un couvre-feu pour les moins de 13 ans, des sanctions type TIG (« tu casses, tu répares »), ainsi que des caméras nomades et des radars antibruit.
Face à cela, Michèle Lutz défend son bilan avec une approche répressive classique (« sécurité partout »), et justice… quelque part ? Tandis que Loïc Minéry et Cécile Sornin prônent une approche préventive axée sur le travail social et les centres socioculturels. Minéry évoque encore la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, et l’instauration d’une médiation de nuit. Annouar Sassi tente une audacieuse synthèse entre police de proximité et travail social de rue. La sécurité semble absente des priorités de Frédéric Marquet.


SIX CANDIDAT-E-S, SIX PHILOSOPHIES

CandidatAxe cléPublic cibleBudgetMarketing politique
Michèle LutzSécurité/ attractivitéClasses moyennes stablesContinuité gestionnaireClassique / Institutionnel
Frédéric MarquetBien-vivre/ santéUrbains aisésPragmatiqueHédoniste (« Vibrer »)
Loïc MinéryJustice/ écologieQuartiers populairesSystémique (redistributif)Foisonnant (164 propositions)
Annouar SassiDignité/ populairePrécaires/ jeunesRedistribution solidaireFédérateur (« Grandir/Respirer »)
Cécile SorninProtection humaineFamilles inquiètes0% hausse impôtsEmpathique (« Joyeuse »)
Lara MillionChocs/ rigueurÉlecteurs axés sécurité et gestion100M€ chiffrés et réaffectésPugnace (« Faut que ça change ! »)

Une synthèse :

  • Un social fort : Porté quasi-exclusivement par Sassi et Minéry.
  • Une écologie structurée : Sassi, Minéry.
  • L’hégémonie sécuritaire : Lutz et Million en font l’axe majeur.
  • La clarté budgétaire : Seules Million et Sornin osent chiffrer et s’engager sur les impôts.

RÉCAPITULATIF DES 6 PROGRAMMES MULHOUSE 2026

Voici un tableau synthétique par domaine prioritaire (Social → Écologie → Économie → Santé), basé sur l’analyse comparative des programmes. Critères : ambition réelle, précision du chiffrage, faisabilité budgétaire, impact structurant pour les habitants.

CandidatSOCIALÉCOLOGIEÉCONOMIESANTÉPositionnement clé
Michèle Lutz (Droite sortante)(Continuité du plan école, gratuité transports ciblée aînés)(Approche cosmétique : arbres et LED)(Focus sur l’attractivité du centre-ville)(Axe général sans innovation structurelle)Stabilité sécuritaire
Frédéric Marquet (Centre pragmatique)(Innovation avec l’Indice Bonheur, mais peu d’offensives sociales)(Vision culturelle via les studios industriels)(Projet fort avec le Pôle neuro-santé attractif)(Accent mis sur l’innovation en santé mentale)Bien-vivre qualitatif
Loïc Minéry (Gauche/ écolo)Sécurité sociale de l’alimentation + tarification sociale de l’eau et de l’énergie + mairies de quartier(Végétalisation Cordiers + écologie systémique)(Focus sur l’insertion inclusive)(Engagement sur des Centres de santé de médecins salariés)Rupture systémique
Annouar Sassi (Citoyen/ populaire)(Fort impact avec la Cantine gratuite + tiers-lieux) + mairies de quartier(Action concrète : Maraîchage local + îlots de fraîcheur)(Soutien fort à l’ESS : Service entrepreneuriat + label local)(Maillage via Maisons médicales de quartier + prévention)Écologie populaire
Cécile Sornin (Indépendante)(Pragmatique : Cantine à 2€ + maison des soignants)(Protection des poumons verts + école du vélo)(Ciblé commerces : 1h de parking gratuit)(Soutien via les Centres sociaux et la santé communautaire)Protection budgétée
Lara Million (Macroniste)(Fort sur le pouvoir d’achat : Transports gratuits + bourses talents)(Ambitieux techniquement : Micro-forêts Miyawaki)(Innovant et budgétisé : Pôle IA + 0% hausse d’impôts) (Objectif chiffré : 30 médecins recrutés)Chocs marketing

Loïc Minéry, par Veesse

CLASSEMENT GÉNÉRAL

  • Sassi : Le programme le plus complet, alliant urgence sociale et projets de fond.
  • Minéry : Le plus systémique en matière écologique et sociale. Avec nombre d’innovations sociales et sociétales.
  • Marquet : Qualitatif et innovant, mais beaucoup trop succinct en matière d’urgence sociale et écologique.
  • Million : La reine du marketing politique offensif, avec des « chocs » chiffrés et assumés.
  • Sornin : Pragmatique et raisonnable, s’assurant de ne rien promettre de ruineux.
  • Lutz : Continuité et, selon ses détracteurs, encéphalogramme politique plat.

LES TROUS NOIRS (FUITES, ÉVITEMENTS) DES PROGRAMMES

Aucun candidat n’a le mode d’emploi de montage parfait. Tous/toutes évitent des zones de turbulences électorales.

1. FISCALITÉ/BUDGET (TROU NOIR UNIVERSEL)

Comment financer des millions d’euros de gratuité dans un budget municipal contraint à 277M€ ?

  • Lutz parle d’orientations budgétaires de « gestion rigoureuse » sans engagement chiffré pour 2026-2032. Elle n’assume pas dans sa campagne la hausse de +4,88% des taxes votée en 2023. Son bilan fiscal est donc attaquable.
  • Marquet garde un silence total sur le sujet. Comment financera-t-il son ambitieux Pôle neurologique ou son Indice Bonheur ? C’est une innovation chère, mais non financée à ce stade.
  • Minéry aligne 164 propositions, procédant d’un effet de levier financier qui repose en partie sur des fonds extérieurs : européens, des subventions de la Région, de l’État (via le Plan de Relance), de l’Ademe.
  • Sassi promet la cantine gratuite et des fonds Jeunesse sans jamais nommer les recettes qui les paieront. Un projet jugé utopique si les subventions associatives et étatiques viennent à manquer.
  • Sornin clame « 0% de hausse » d’impôt. C’est clair, mais cela limite mathématiquement son ambition (pas de plan HLM massif). Sa prudence la rend parfois « illisible ».
  • Million garantit « 0% de taxe » supplémentaire et détaille comment elle compte réaffecter 100M€ sur son mandat. Elle est la moins fuyante, mais le risque politique est immense : réaffecter des budgets signifie couper des vivres, ouvrant la voie à une guerre ouverte avec les structures et associations lésées…

2. SOCIAL : PRÉCARITÉ, LOGEMENT, JEUNESSE

  • Lutz assimile le logement à de l’urbanisme esthétique, oubliant le droit au logement social, ce qui la fait paraître insensible à la précarité.
  • Marquet promet un accueil « adapté » mais trop vague et délaisse totalement la jeunesse, le rendant minimaliste sur le plan social.
  • Minéry innove socialement, mais il s’agit d’expérimentations dont la pérennisation ou généralisation est par définition incertaine.
  • Sassi est irréprochable sur la dignité alimentaire, mais évite le sujet épineux du mal-logement étudiant.
  • Sornin protège les familles, mais reste superficielle sur le financement de son pacte contre les violences conjugales.
  • Million affiche le chiffre ambitieux de 1000 logements en 10 ans, mais fuit la précision : s’agit-il de logements sociaux HLM ou d’accession à la propriété pour les classes moyennes ? Une promesse quantitative sans garantie qualitative.

3. ÉCOLOGIE : AMBITIONS contre RÉALISME

  • Lutz réduit l’écologie à un plan LED et quelques arbres, frôlant le greenwashing sans présenter de bilan face aux canicules.
  • Marquet vend la transformation de studios industriels comme de l’écologie, un projet plus scénique qu’impactant sur le bilan carbone.
  • Minéry a l’objectif ambitieux (et légitime) de rénover 3 000 logements. Mais sa réalisation dépend d’une « centrale d’achat mutualisée » dont l’efficacité opérationnelle reste à prouver.
  • Sassi promet d’alimenter les cantines via le maraîchage municipal, mais esquive la faisabilité logistique : quelle surface, combien d’emplois agricoles, quel rendement réel ?
  • Sornin chérit ses « poumons verts », mais on y cherche en vain une stratégie municipale globale face au réchauffement.
  • Million innove avec ses micro-forêts de type Miyawaki, mais ne détaille ni les coûts d’entretien, ni la transposabilité de ce projet pilote à l’échelle d’une agglomération.

4. SANTÉ : PROMESSES contre DÉSERT MÉDICAL

  • Lutz promet la « bonne santé » mais n’affiche aucun plan de bataille concret pour pallier les 10 000 Mulhousiens sans médecin traitant.
  • Marquet table sur la neuro-santé, mais évite de préciser la part d’intervention des partenaires privés et les règles éthiques sur les données de santé.
  • Minéry veut des centres de santé salariés : une noble idée rendue très difficile à mettre en œuvre par l’immense difficulté actuelle à recruter des médecins refusant le statut libéral.
  • Sassi veut des Maisons de quartier et recruter 60 ATSEM. Un projet potentiellement surdimensionné face aux contraintes budgétaires.
  • Sornin propose une Maison des soignants, une mesure complémentaire utile mais structurellement insuffisante face à la crise.
  • Million chiffre froidement « 30 médecins », mais fuit la question de la provenance de ces professionnels dans un marché ultra-pénurique.

5. SÉCURITÉ ET DÉMOCRATIE : autoritarisme contre INSTITUTIONNEL

  • Lutz fait de la sécurité son mantra, mais esquive le débat sur la véracité des statistiques de la délinquance de son mandat 2020-2026.
  • Marquet fait tout simplement l’impasse sur la sécurité dans ses priorités, se perdant sur ce terrain électoral crucial à droite et au centre.
  • Minéry mise sur l’inclusion, le civisme, et la prévention, quand la police municipale existante reste potentiellement sous-dimensionnée.
  • Sassi promet à la fois plus de police de proximité et plus de travailleurs sociaux dans la rue : un « en même temps » qui risque d’engendrer des contradictions sur le terrain et des budgets doublés.
  • Sornin reste bloquée au stade du dialogue et des constats « doux-amers », sans outils répressifs mesurables.
  • Million assume un choc ultra-sécuritaire avec brigade spéciale et travaux d’intérêt général. Une surenchère autoritaire qui évite la question complexe des ressources humaines policières (faut-il recruter 25 agents introuvables ?) pour la mettre en œuvre.
Annouar Sassi, par Veesse

VERDICT ÉLECTORAL ?

Annouar Sassi arrive en bonne place avec un programme équilibré, fruit d’une vision cohérente qui conjugue écologie, dignité sociale, production locale et entrepreneuriat de proximité. La cantine gratuite, un service de maraîchage municipal, un service d’accompagnement dédié aux entrepreneurs : il porte un projet de Mulhouse inclusif, soutenu par une équipe au profil associatif marqué avec un fort ancrage territorial.

Loïc Minéry complète le podium des visions de rupture avec une approche systémique de gauche, portée par des engagements radicaux, des innovations sociales et sociétales.

Frédéric Marquet brille par son innovation qualitative, séduisant l’électorat du « bien-être », mais il pêche considérablement par son manque d’ambition sociale face à la précarité de la ville.

Cécile Sornin incarne une ligne pragmatique, consensuelle, et surtout rassurante pour le porte-monnaie des contribuables.

Lara Million s’impose par un marketing électoral percutant (et douteux en matière de légalité avec son véhicule de campagne floqué) et un chiffrage inédit – 130 mesures, 100 millions d’euros explicitement réaffectés, dont 30 médecins recrutés et un « choc de sécurité » se voulant immédiatement opérationnel. Son positionnement macroniste / libéral centriste (ou extrême-centriste) séduit par sa promesse de rigueur budgétaire (zéro hausse d’impôts) et d’ambitions technologiques (pôle IA), même si certains y verront plus une bonne stratégie de communication avant toute autre considération.

Enfin, Michèle Lutz assure la continuité minimale d’une maire sortante, sous tension, et doutes sur son équipe restante et ses ralliements, gérant les affaires courantes sans fulgurance. Le contraire aurait même été surprenant.

A noter qu’aucun candidat ne s’est intéressé ni engagé sur le sujet des machines à voter à Mulhouse, source de préoccupation manifestement non partagée.

Les 15 et 22 mars, Mulhouse tranchera entre le parti-pris systémique et social de Sassi et Minéry (qui auraient beaucoup à faire ensemble), les « chocs » immédiats et chiffrés de Million, ou la relative prudence gestionnaire des autres. La campagne, plus fragmentée que prévue à Mulhouse, devra trancher entre stabilité, bien-être, rupture sociale… ou élan sécuritaire/autoritaire, lequel semble hélas prospérer dans l’ensemble du champ politique…

Michèle Lutz, par Veesse

Accès aux programmes complets des 6 candidats

Lectrices et lecteurs, nous avons besoin de 15 000 euros pour préserver notre existence et notre indépendance. Soutenez-nous par un ou des dons défiscalisables à 66% de vos impôts !