Crédit photos : Martin Wilhelm
Le rédacteur en chef du bimestriel Fakir, Cyril Pocréaux, était de passage à Mulhouse le 4 mars 2026, afin de présenter le dernier numéro du journal, centré sur le mal-logement. L’événement, organisé par Cyrille Cretien, « préfet » de Fakir dans le Haut-Rhin, au 2 avenue de Colmar, dans les locaux de Flaschaputzer (ex-agence des DNA), a réuni un public préoccupé par la thématique et le sort dévolu à la presse indépendante, autour d’une émission en direct sur Radio P-node.

Cyril Pocréaux est notamment venu dévoiler le n°121 de Fakir, sorti en kiosque le 25 février dernier et intitulé Mal-logement, en finir avec l’indignité. La rencontre s’est tenue à 18h en direct sur Radio P-node, et a été suivie d’échanges dans ce lieu associatif ouvert, et dont on peut devenir membre par une adhésion minimale de 5 euros.
Focus sur le mal-logement
Cyril Pocréaux a insisté sur l’approche journalisme de terrain de Fakir : des reportages approfondis et longuement préparés (parfois un an et demi de travail) pour documenter par exemple un dossier sur le mal-logement, thème rarement médiatisé en période électorale municipale.
Pocréaux relate l’expulsion illégale d’une retraitée en Loire-Atlantique pour un mois de retard de loyer, morte dans sa voiture lors d’une vague de froid ; une famille vivant 4 ans dans un garage sans eau courante ; et critique la sacralisation de la propriété privée (3 millions de logements vides en France). Des solutions terrain comme le bail réel solidaire en Corse sont évoquées, malgré l’absence de volonté politique.
Il a défendu le « bâton de pèlerin » journalistique, privilégiant les témoignages directs plutôt que les théories abstraites, de vigueur dans ce dernier numéro de 32 pages, mêlant humour et pistes d’espoir.
Historique et échanges sur le gonzo-journalisme
Lors d’une discussion de près de 2 heures, Cyril Pocréaux a répondu à des questions sur l’histoire de Fakir, le modèle économique du bimestriel (via les ventes en kiosques, les abonnements, le site, Fakir TV, et la maison d’édition), et les menaces pesant sur la presse indépendante.
Fakir, né en 1999 à Amiens de la colère de François Ruffin face à la désindustrialisation ignorée par la presse locale, fête ses 25 ans. Il nait du mot « fac » + « ire » (colère en latin) = fakir). Rédacteur en chef depuis 4 ans (Ruffin étant député), Cyril Pocréaux défend un « journalisme gonzo« , incluant immersion personnelle, sans théorie, sans préparation du terrain, pour embarquer le lecteur (« On raconte l’arrière-cuisine« ).
Procès et presse en danger
Cyril Pocréaux évoque sans fard les procès gagnés contre la mairie d’Amiens, l’espionnage par Squarcini (mandaté par LVMH, et condamné à ce sujet) avec deux taupes infiltrées chez Fakir. « Il n’y a pas d’auto-censure, mais on s’adapte ; la vraie peur est chez les invisibles. »
Jocelyn Peyret rédacteur et animateur de « Les autres voix de la presse » et du Syndicat de la presse pas pareille (SPPP), qui interrogeait Cyril Pocréaux, a complété en citant l’OFALP (le rapport 2024 sur les atteintes aux libertés) et l’ouvrage Réduire au silence de Sophie Lemaitre, dont nous relations ici la conférence tenue au même endroit.
ofalp_rapport_2024Interventions locales et solidarité
Jano Celle de Droit au logement 68 alerte sur les expulsions post-trêve hivernale (31 mars). Isabelle Maurer, figure associative locale interpelle : « Des loyers à 50% du salaire, il est urgent de s’emparer du sujet !« .
Quelques thèmes abordés
- Luttes sociales : Dossier des AESH sous-payées, dont le Sénat a refusé de revoir les conditions de travail, les centres d’appel (témoignage d’un salarié au bord de la rupture), Big Pharma (avec Sanofi).
- Presse en danger : Le journal s’adapte face à des formes de censure indirecte (notamment des kiosques Relay propriété de Bolloré, où les ventes restent toutefois stables), et la multiplication des procès-bâillons pour la presse d’investigation indépendante. Nous y avons évoqué notre propre campagne afin d’obtenir 15 000 euros.
- Horizon politique : Un échange sur le « final » entre l’extrême droite et la gauche de rupture à l’orée de la présidentielle de 2027, et l’évocation par Cyril Pocréaux d’échanges avec des électeurs RN qui conservent des pratiques solidaires.
L’événement a renforcé les liens entre Fakir et les partisans d’une presse indépendante, en Alsace et partout en France, invitant à soutenir le journal en kiosque ou via son site.


















