Crédit photos : Martin Wilhelm
Jeudi 30 avril, un appel national à la mobilisation « pour les flottilles » a donné lieu à un rassemblement mulhousien au square du général de Gaulle, en solidarité avec les équipages de la Global Sumud Flotilla, et pour exiger la libération des civils détenus.
Ces mobilisations de Mulhouse et Strasbourg font suite à l’attaque, en pleine mer, de la flottille par la marine israélienne, au large de la Crète, et au maintien en détention de deux de ses participants, dont un citoyen espagnol d’origine palestinienne.
Le réseau France Palestine Solidarité égrenait les lieux de rassemblement dans toute la France – de Lyon à Marseille, de Montpellier à Morlaix – et plaçait donc Mulhouse au cœur d’une géographie militante qui dépasse largement le seul cadre local.
Ces mobilisations prolongent une dynamique déjà visible ces dernières années en Alsace, comme en témoigne la marche silencieuse pour Gaza organisée à Mulhouse en juin 2025 et les rassemblements précédents en soutien aux précédentes flottilles.
Une flottille partie de Marseille et de Barcelone
La Global Sumud Flotilla est l’aboutissement d’une coordination internationale lancée en 2025, réunissant plusieurs initiatives – Freedom Flotilla Coalition, Global Movement to Gaza, Maghreb Sumud Flotilla, Sumud Nusantara – décidées à briser, symboliquement et matériellement, le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza.
Ce printemps, ses organisateurs annoncent la mobilisation de plus d’une centaine de bateaux et de convois terrestres, dans l’objectif de livrer de l’aide, de travailler avec des acteurs palestiniens de la reconstruction et de rendre visible la situation dans l’enclave assiégée.
En France, la « flottille de la liberté pour Gaza » a pris la mer début avril depuis le port de l’Estaque, à Marseille, avec une vingtaine de bateaux préparés sur place par des réseaux militants français et internationaux.
Cette campagne, soutenue notamment par Attac France, s’inscrivait dans une série de tentatives citoyennes par la mer qui, depuis 2008, cherchent à mettre au défi le blocus et à ouvrir un couloir de fait pour l’aide humanitaire.
Raid nocturne en haute mer, au large de la Crète
Dans la nuit du 29 au 30 avril 2026, l’armée israélienne a lancé une opération d’ampleur contre la flottille, en pleine Méditerranée, à plus de 900 kilomètres de Gaza, au large de la Crète.
Selon les organisateurs et plusieurs sources journalistiques, plus d’une vingtaine de navires – 22 d’après un décompte cité par Al Jazeera – ont été arraisonnés par des commandos appuyés par des drones, du brouillage électronique et des moyens navals lourds.
Les autorités israéliennes présentent cette opération comme l’application d’un « blocus maritime légal » et affirment que la marine n’a fait qu’« appliquer le droit international » en empêchant la flottille de poursuivre sa route vers Gaza.
À l’inverse, les organisateurs, des ONG et de nombreux juristes y voient un acte de « piraterie » et un « kidnapping » de civils en eaux internationales, bien au‑delà de toute zone que Tel‑Aviv pourrait revendiquer comme relevant de sa juridiction.
168 personnes renvoyées en Crète, deux transférées en Israël
Après le raid, la majorité des passagers arrêtés – 168 personnes, selon les organisateurs – ont été transférés par un bâtiment israélien vers des navires grecs, puis débarqués en Crète le 1ᵉʳ mai.
Israël a indiqué que ces militants seraient renvoyés dans leurs pays d’origine depuis la Grèce, sans poursuites sur son territoire, ce que confirment les images tournées à l’arrivée en Crète montrant des bus et des ambulances accueillant les libérés.
Deux participants seulement ont été retenus par les autorités israéliennes et transférés en Israël : le militant hispano‑suédois d’origine palestinienne Saif Abu Keshek (orthographié aussi Abukeshek), et le Brésilien Thiago Ávila.
Israël les accuse d’« assistance à l’ennemi en temps de guerre » et « appartenance à une organisation terroriste », au motif de liens supposés avec un groupe que les États‑Unis considèrent comme agissant pour le compte du Hamas, accusations que leurs soutiens et les gouvernements concernés contestent fermement.
Saif Abu Keshek et Thiago Ávila, détenus et victimes de mauvais traitements
Le 2 mai, le tribunal d’Ashkelon a prolongé de deux jours la détention de Saif Abu Keshek et Thiago Ávila, après une requête des autorités israéliennes qui demandaient quatre jours supplémentaires, selon l’organisation de défense des droits Adalah qui assure leur représentation.
Aucune mise en examen formelle n’a été annoncée à ce stade, mais une liste d’infractions présumées – dont « assistance à l’ennemi » – a été présentée par le parquet, laissant planer la menace de poursuites lourdes.
Le site Al Jazeera, citant le témoignage d’Adalah et de la flottille, rapporte que les deux militants affirment avoir subi violences physiques, positions de stress prolongées et mauvais traitements pendant leur transfert sur un navire militaire israélien, au point d’avoir entamé une grève de la faim (en continuant toutefois à boire).
La Global Sumud Flotilla parle de « torture » et d’un usage systématique de la violence lors des interrogatoires, ce que démentent les autorités israéliennes mais qui alimente l’indignation au sein des mouvements de solidarité.
Madrid et Brasilia dénoncent un « enlèvement en eaux internationales »
À Madrid, le ministre espagnol des affaires étrangères José Manuel Albares a dénoncé à plusieurs reprises une « détention illégale » et exigé la libération immédiate de ce ressortissant hispano‑suédois, tout en reconnaissant qu’Israël n’a présenté aucun élément tangible établissant des liens avec le Hamas.
Le gouvernement espagnol a adressé une démarche officielle à Israël après la prolongation de la détention et le consulat espagnol à Tel‑Aviv suit de près l’affaire, son consul ayant assisté à l’audience devant le tribunal d’Ashkelon.
Le Premier ministre Pedro Sánchez, déjà très critique de la conduite de la guerre à Gaza, a publiquement accusé Benyamin Netanyahou d’avoir fait « enlever » un citoyen espagnol en violation du droit international, et promis de « défendre toujours » ses nationaux et la légalité internationale.
Le Brésil, de son côté, s’est associé à l’Espagne dans un communiqué commun qualifiant l’interception et le transfert forcé des deux militants d’« enlèvement en eaux internationales », y voyant une possible violation grave du droit de la mer.
Entre blocus et famine : l’enjeu humanitaire
L’attaque de la Global Sumud Flotilla se déroule sur fond de catastrophe humanitaire à Gaza, documentée par les agences onusiennes et largement relayée par les réseaux de solidarité, qui décrivent une population confrontée au risque de famine et à l’effondrement des infrastructures médicales.
Pour les organisateurs, la flottille ne prétend pas résoudre, par quelques cargaisons, une crise d’une telle ampleur, mais faire irruption, par la mer, dans un espace médiatique saturé afin de « briser le silence » et de contester le caractère « normalisé » du blocus.
Les autorités israéliennes soutiennent que l’aide humanitaire peut et doit entrer par des voies « contrôlables », et accusent les flottilles de chercher la confrontation politique plus que l’efficacité logistique.
Les participants, au contraire, revendiquent un acte de désobéissance civile internationale, assumant la dimension symbolique de leur geste et rappelant les précédentes tentatives par mer, notamment celles de 2010 et des années suivantes, presque toutes interceptées, souvent avec violence.
Le droit de la mer malmené
Le point le plus sensible sur le plan juridique reste la localisation de l’interception : les navires ont été saisis à plus de 900 kilomètres de Gaza, près de la Crète, dans des eaux dont même Israël ne conteste pas qu’elles sont internationales.
Plusieurs analyses parues dans la presse et des communiqués d’ONG qualifient cette opération d’« acte de piraterie » contraire à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, en soulignant qu’aucune menace militaire directe ne pesait sur Israël à cette distance.
Israël invoque pour sa part la notion de « blocus en temps de guerre » et affirme que toute tentative de franchissement peut être stoppée, y compris loin des côtes, ce qui est au cœur de la controverse.
Pour les mouvements de solidarité et une partie des juristes, l’affaire Abu Keshek‑Ávila pourrait devenir un cas d’école dans le débat sur les limites des blocus et la protection des civils en mer.
En Alsace, un écho persistant
Les rassemblements de ce 30 avril en France, avec ce rendez‑vous fixé square du général de Gaulle à Mulhouse, concrétisent la traduction locale d’un conflit qui se joue à la fois sur les côtes de Gaza, dans les couloirs des chancelleries européennes et, désormais, au large de la Crète.
En mettant en avant la libération de tous les civils constituant les équipages et le « droit de poursuivre la navigation », les appels à manifester rappellent que ce sont des citoyens ordinaires qui, cette fois, occupent le centre de la scène.
À Mulhouse comme à Strasbourg, les prochaines semaines diront si cette solidarité parvient à s’inscrire dans la durée, alors que les deux détenus, Saif Abu Keshek et Thiago Ávila, restent entre les mains des autorités israéliennes, tandis que le sort des habitants de Gaza demeure plus que jamais au cœur des préoccupations des manifestants.
Enfin, les organisateurs indiquent que si environ 22 bateaux ont été saisis par la marine israélienne, une quarantaine à une cinquantaine d’autres (47 selon certaines sources) naviguent encore au sud de la Crète, avec l’intention déclarée de s’y regrouper puis de tenter à nouveau de se diriger vers Gaza…












