Crédit photo : Martin Wilhelm
Vendredi 2 octobre, à 20 heures, le cinéma Bel-Air de Mulhouse projetait « Fini de rire ! L’humour politique au garde-à-vous ? », une enquête de plus d’une heure trente signée par le journaliste Jean-Baptiste Rivoire avec Clara Menais, Matéo Larroque et Mila Branco, sur la mise au pas des humoristes français.
Au terme de la diffusion, le journaliste, présent sur place à l’invitation de la Ligue des Droits de l’Homme, et d’ATTAC, a défendu avec ardeur et franc-parler le journalisme indépendant.

Un film qui dérange jusque dans les salles !

« Fini de rire ! », sorti le 23 septembre dans 90 salles et visible au Cinéma Bel-Air jusqu’au 6 octobre, est la première incursion au cinéma d’Off investigation, le média d’enquête fondé par J.B. Rivoire.

On y raconte comment les humoristes, Guillaume Meurice licencié de France Inter, Charline Vanhoenacker rétrogradée, Blanche Gardin sommée de se taire, ont été démontés les uns après les autres, et comment Canal+, devenu acteur majeur du financement du cinéma, écarte les films qui déplaisent.

Le film dérange semble-t-il jusque dans sa programmation. Interrogé à Mulhouse, J.B. Rivoire a raconté en détail l’épisode CGR, deuxième réseau de salles de France. Des exploitants d’Aurillac, Carcassonne, Périgueux et Albi avaient prévu des avant-premières les 18 et 19 septembre.

« Là-dessus, notre distributeur apprend que tout d’un coup il y a une consigne qui vient de la direction de ce réseau : il faut arrêter toutes les avant-premières. Pourquoi ils font ça, on ne sait pas. »

Le directeur de la salle de Périgueux proteste : « Il envoie un courrier recommandé à sa direction en disant : si vous me confirmez, je fais une conférence de presse pour dénoncer une censure. Donc la direction de CGR dit : d’accord, toi tu fais ta séance, mais les autres, c’est interdit. »

Le mystère se dénoue, selon lui, quelques jours plus tard : CGR a confié sa régie publicitaire à Canal Brand Solutions, filiale de Canal+, et « fin septembre, il y a une réunion d’exploitants où devaient se retrouver des représentants de Canal+. Donc on a peur de les vexer, donc on enlève les avant-premières. Je ne suis même pas sûr que Canal+ ait fait pression sur CGR : CGR a juste dit : je ne veux pas vexer Canal+. »

« Ça raconte un truc, en fait : Canal+ a un pouvoir extrêmement important dans le financement du cinéma en France, beaucoup trop important, puisqu’un seul actionnaire a un pouvoir absolument considérable sur le choix des films qui sont lancés », a-t-il estimé, tandis que 112 salles indépendantes programment le film et que Paris n’en compte que trois. « Oui, effectivement, c’est un combat. »

Côté box-office, les chiffres donnés en salle sont bons : 28 000 entrées en dix jours, devant « Alice au pays des colons » de Blast (10 000 à 15 000), « Média Crash » de Mediapart (32 000), encore loin de « Un pays qui se tient sage » de David Dufresne (100 000), du documentaire de Mediapart sur l’affaire libyenne (170 000) et du record de « Merci patron ! » de François Ruffin (500 000).

« Le premier but, c’était de battre nos copains. On est à 28 000, on est content. Là on veut taper Média Crash, c’est dans trois jours. » Et une reconnaissance : « On n’a jamais eu d’argent des entrées en salle, et grâce à vous on va en avoir un peu plus. Tout ce qui diversifie notre modèle économique et nous permet de salarier des gens. »

De Canal+ à Off investigation

Pour se présenter, J.B. Rivoire résume : « J’étais journaliste vingt-cinq ans, dont dix à Canal+. Et quand Bolloré est arrivé, qu’il a censuré, je suis parti. »

Né en 1966 à Cambrai, diplômé du CFJ, passé par l’agence CAPA, enquêteur de « 90 minutes » puis rédacteur en chef adjoint de « Spécial Investigation », il s’est fait connaître par des travaux de référence sur la guerre civile algérienne (« Bentalha, autopsie d’un massacre », « Le crime de Tibhirine »).

Fin 2014, Vincent Bolloré prend le contrôle de Canal+ : censure d’une enquête sur le Crédit mutuel, refus de sept enquêtes sur onze en février 2016, suppression de « Spécial Investigation » en juin 2016, consigne interne d’« éviter les attaques frontales ou polémiques contre les partenaires actuels ou futurs du groupe ».

En 2021, Rivoire quitte le navire Canal et lance Off investigation, hébergé dans les anciens locaux de Charlie Hebdo. Il publie en 2022 « L’Élysée (et les oligarques) contre l’info », est auditionné par le Sénat, où 60 % des auteurs-réalisateurs de documentaires reconnaissent s’autocensurer, et se voit condamner en février 2024 par les prud’hommes de Boulogne-Billancourt à 151 500 € pour avoir témoigné dans « Le Système B », le documentaire de Reporters sans frontières sur Bolloré.

Devant la salle mulhousienne, il a vanté le modèle de son média : « On est sorti de ce système, on s’est dit : il est trop verrouillé. On a monté un média 100 % citoyen : des campagnes de dons et de l’abonnement pour la partie écrite du site. On ne va pas chercher de subventions, on n’a pas d’annonceur. Personne ne peut nous emmerder. Si vous saviez comme c’est cool : aucun fil à la patte, personne ne peut faire pression. »

Cinquante-cinq millions de vues en cinq ans sur YouTube, des documentaires vus entre un et quatre millions de fois, une croissance de 20 % par an, une dizaine de salariés : « Nous, on fabrique trois fois moins cher qu’un Complément d’enquête : 120 000 à 140 000 euros l’émission, entre un et deux millions de spectateurs, et on fait parfois quatre millions. Sur les cinq propriétaires de presse qui ont poussé la candidature de Macron jusqu’à l’Élysée, on a fait 4,2 millions. »

Des humoristes qui ont souffert

J.B. Rivoire n’a pas caché que son film se regarde plutôt le cœur serré : « Ce n’est pas un film drôle. Ils ont souffert, je pense ; ils ne le disent pas forcément, mais ils ont traversé des choses compliquées. Parce qu’avant de devenir un révolté -comme Guillaume Meurice, qui s’est fait virer-, au début, vous vous dites : « Non, mais je vais courber l’échine, ça va s’arranger. » »

Sur Meurice, dont le licenciement est contesté aux prud’hommes : « C’est en cours. Il a raison, il conteste son licenciement, son licenciement ne tient pas la route. » Sur Charline Vanhoenacker, dont la quotidienne de France Inter a été remplacée par une hebdomadaire : « Le public adorait l’émission. On la supprime, c’est complètement contre-intuitif. Quand on vous dit ça, c’est que vous dérangez. » Et sur la solidarité en berne dans la bande : « Nous, on a demandé à Charline de nous parler. Elle n’a pas voulu. Le seul endroit où elle a parlé, c’est le plateau de Barthès. »

Contrepoint, évoqué depuis la salle : Radio Nova. « Le jour où Matthieu Pigasse a appelé Meurice pour le récupérer à Nova, ils étaient à deux doigts de fermer la boutique, avec 300 000 auditeurs. Ils ont fait venir Meurice et ses potes : aujourd’hui ils sont à deux millions. Ça a sauvé Nova. » Moralité, « c’est juste pour dire à Sibyle Veil, la patronne de Radio France, que son pouvoir a des limites : la population suit les talents là où ils sont. »

Ernotte, Bolloré et le CNC : « ils décident du cinéma en France »

Le passage sur l’économie du cinéma a été parmi les plus significatifs de la soirée. Selon Rivoire, « avant même que tu ailles demander l’argent au CNC, ce sont Ernotte et Bolloré qui décident du cinéma en France. Je caricature un peu, mais c’est un peu ça. » Face à la fronde d’une partie des techniciens du cinéma, « Maxime Saada a dit : on remet un milliard d’euros sur cinq ans, tout est rentré dans l’ordre. Ils vont prendre l’argent pour faire leurs films. La révolte est finie. »

« Le problème, c’est que le pouvoir politique laisse un groupe comme Canal+ se mettre dans une telle situation de puissance de financement que Bolloré fait ce qu’il veut. Il dit : demain, je te finance pas. Tu me critiques, je finance pas ton film. Dans quel pays démocratique un privé comme ça a tout pouvoir sur le cinéma ? »

Et surtout : « Ce que vous ne savez pas, c’est terrible : il va enlever des films. C’est une censure à bas bruit. Et ceux qui se font bâcher leur film ne peuvent pas gueuler. Tu gueules une fois, plus jamais tu fais un film. » Pendant ce temps, « ils sont en train d’acheter UGC, donc ils vont contrôler en plus les salles. »

France Télévisions n’échappe pas au réquisitoire : « Le plus grand nombre de documentaires, c’est les cases documentaires, 1 200 heures par an. La première chose qu’a faite la direction, sous l’impulsion de Macron, c’est de dire à tous les producteurs : plus d’investigation dans les cases documentaires, on fait du journalisme positif. Donc en gros, 80 % des documentaires de France Télé n’avaient plus le droit de faire d’enquête. Personne ne l’a jamais su, puis personne peut le dire. »

Face à la salle : la peur comme « stratégie »

« Que peut-on faire, nous, à notre niveau ? », a demandé une spectatrice. Rivoire a d’abord rappelé l’humilité du métier : « Pendant trois, quatre ans, j’ai travaillé sur la sale guerre qui ravageait l’Algérie dans les années 90. J’avais 35 ans, je pensais qu’un travail de journaliste allait faire tomber le régime. J’étais déçu parce que le régime n’est pas tombé. Mais les gros travaux d’enquête infusent dans la population. Ça prend du temps. »

Son diagnostic sur les médias français est sans nuance : « Les cinq milliardaires qui ont pris le contrôle de 95 % des médias privés ne le font pas pour vos beaux yeux : ils contrôlent les médias, ils contrôlent l’info, ils veulent contrôler les esprits et aider leurs amis politiques. »

Quant au service public, « les patrons doivent aller mendier un budget tous les ans auprès du gouvernement. Je ne vous cache pas que Tristan Waleckx, à Complément d’enquête, ne doit pas trop embêter les macronistes, parce que sinon sa patronne lui dit : je n’aurai pas d’argent du gouvernement. »

Signe de l’érosion : « Il y a 65 % des Français qui ne croient plus les journalistes. » Le cas Le Parisien l’amuse amèrement : « L’État y remet des dizaines de millions de subventions, et Bernard Arnault lui-même casse sa tirelire tous les deux ans pour y remettre cinquante millions, parce que les gens ne lisent plus ce journal. Quand un média n’est plus crédible, il a perdu sa valeur, il est mort. »

Question comparée, réponse historique : « C’est une tendance mondiale que les riches prennent des médias pour contrôler l’opinion. Mais souvenez-vous des années 30 : tous les milieux d’affaires possédaient la presse. Elle était devenue très réactionnaire, parfois très raciste, très antisémite, et elle s’est vautrée dans la collaboration. »

La refondation de 1944 par la Résistance, puis la glissade des années 2000 : « Libération, Le Monde sont retombés sous la coupe de puissances industrielles, et ça repart en vrille. La pointe avancée, c’est Bolloré, qui vire tous les journalistes un peu clean : ce sont des machines de guerre idéologiques. »

Et le verdict sur la régulation : « La soi-disant indépendance des médias, l’Arcom, c’est une vaste blague. Ce qu’on voit sur les plateaux des chaînes d’info devrait donner lieu à des sanctions tous les jours. La France a atteint un niveau de foutage de gueule sur l’info qui est quand même massif. »

Un spectateur a invoqué l’autocensure décrite par le journaliste et sociologue Sylvain Bourmeau. J.B. Rivoire a alors désigné l’arme principale du système : « Ça s’appelle la peur. Les grands médias nous ont beaucoup angoissés avec le Covid, et quand ce n’est pas ça, c’est le moindre fait divers terroriste qui prend la une pendant trois jours, alors qu’il y a beaucoup plus de gens qui meurent de la pollution ou du réchauffement. »

Le mépris des mouvements sociaux : « j’entendais des éditorialistes de France Inter dire en plateau : mais en fait, ils sont stupides, les gilets jaunes », « une stratégie est de nous diviser et de nous entretenir dans la peur ».

« Un jour, j’ai acheté un téléphone d’occasion en banlieue. Le père de la vendeuse était planté devant une chaîne d’info, douze heures de BFMTV par jour. Il avait super mal, je vous assure. C’est fait pour ça, c’est fait pour nous contaminer. Donc éteignons un peu la télé. » Et, à son sujet : « Ils ont tenté 250 trucs pour me faire taire depuis Canal+. Prendre de l’argent et me taire. »

« L’information, c’est un putain de combat »

Sur la violence des politiques envers le journalisme : « il n’y a pas que le RN qui tire sur la profession, Sarko l’a fait aussi, Fillon aussi », a regretté une auditrice. J.B. Rivoire ne s’en étonne pas : « Je trouve ça cohérent. Ils sont dans une conquête totale du pouvoir, ils ont besoin que les gens ne comprennent pas ce qui se passe. L’ennemi, clairement, c’est le journaliste, s’il fait son boulot. ».

Les jeunes recrues d’Off investigation « sont un peu contaminés par l’époque, anxiogènes, ils ont peur. On leur a expliqué le Covid, on les a enfermés chez eux, le terrorisme, et maintenant on a peur que la planète crame. »

Sa profession de foi, lancée d’un bloc : « L’information, je le vis comme ça depuis trente ans, c’est un putain de combat. Je me vis comme un résistant. […] En 42, le mec prenait les fusils à 17 ans, fallait voir ce qu’il risquait, c’était pas pareil. À quoi ça sert d’aller sur le devant de la scène dans un journal télévisé pour, derrière, se coucher pour ne pas déranger un pouvoir ? »

« Nous, on considère qu’on est un média : on fait de l’information, et notre boulot, c’est de comprendre ce qui se passe dans ce pays, au lieu de dire aux gens ce qu’ils doivent faire. »

Le Sénat, les clauses de silence et la survie des indés…

Question des « médias indépendants » et de leur union face à 2027 : « C’est la question : quand est-ce que vous allez tous vous marier ? » J.B. Rivoire a raconté les États généraux de l’information, « une opération de propagande qui ne pose aucun des problèmes et n’en règle aucun », face à laquelle une cinquantaine de médias indépendants s’étaient fédérés et avaient produit « 59 propositions concrètes », restées lettre morte.

« Nous, on considère qu’on est un média : on fait de l’information, et notre boulot, c’est de comprendre ce qui se passe dans ce pays, au lieu de dire aux gens ce qu’ils doivent faire. » Sur les 40 % prêts à voter RN : « La question, c’est pourquoi, comment. […] Il y a de la colère dans ce pays, il faut la comprendre avant de la juger. »

Denis Robert (Blast) rêve d’absorber Off, ce à quoi J.B. Rivoire répondit « dans six mois, mon média n’existe plus »). Il y a Mediapart à qui « on a tendu la main quinze fois » : « C’est pas si simple. » Et la prudence d’usage : « Tant que vous ne savez pas exactement comment est financé un média, soyez prudents : il y a des financeurs discrets derrière les médias indépendants, y compris de gauche. »

Un spectateur a rappelé la commission sénatoriale sur les « zones grises de l’information », menée notamment par le centriste Laurent Lafon, et la lettre exigée un mois après l’audition : « Il faut nous donner la liste de vos donateurs au-delà de 3 000 euros. Et si vous ne donnez pas la liste, c’est 7 500 balles d’amende et un mois de prison. Ambiance. » [2]

Réponse d’Off, en vidéo : « On a trouvé deux donateurs : une petite PME a filé 3 100 euros. Merci à eux. Par contre, on ne vous donnera pas leurs noms : ça donnerait l’idée de leurs positions politiques, ça reviendrait à faire ficher les gens jusque dans leur opinion. Ça commence à bien faire. »

Et la pique : « Le problème du financement de la presse en France, ce n’est pas nous. C’est plutôt Bernard Arnault, qui prend 50 millions d’euros de subventions. Les médias les plus subventionnés par l’argent des impôts, c’est les plus riches. »

Sur l’Arcom : « Elle n’est pas indépendante, son président est nommé avec la faveur du président. C’est une escroquerie intellectuelle totale. Il faut arrêter de penser que les institutions fonctionnent dans ce pays, parce que c’est ça qui nous tue aussi. »

Ses propositions : « Arrêter de prendre l’argent des Français pour subventionner les milliardaires de la presse. Alléger la fiscalité des médias indés. Et surtout, quand on prétend posséder un média, on doit respecter la déontologie : on ne peut pas balancer des fake news en plateau toute la journée — ou alors les sanctions doivent être hyper lourdes. Et les procédures bâillons doivent être plus sévèrement sanctionnées. »

Il a cité les quatre ans de procédure suisse infligés au Nouvel Obs par une femme d’affaires (80 000 francs suisses provisionnés), puis les « sept ans, quatre procès » infligés à Tristan Waleckx : « France Télévisions a dépensé 100 000 euros de frais d’avocat, avec notre argent, contre les procédures Bolloré, qui ont toutes foiré, et il a été condamné pour procédure abusive. Mais il s’en fiche : comme il a dix milliards… »

Conclusion : « C’est un sabotage de la presse dans une espèce de dérive autoritaire, parce qu’ils n’ont pas envie de se taper des journalistes qui font le boulot et qui mordent les mollets. »

Sur son propre cas : « On est 500 ou 600 à avoir dû signer ces clauses de silence, et tous les journalistes qui les ont signées ferment le gobelet, parce qu’ils ne veulent pas rendre les 100 000 ou 200 000 balles. Il a acheté une omerta. »

À Canal+, « les gens quittaient après vingt ans de maison en rasant les murs, sans pot de départ. Je ne comprenais pas. Après, j’ai compris. » Lui a signé, puis témoigné un mois plus tard dans « Le Système B » : « Faites-moi un procès. Ils l’ont fait à double tranchant, pour dire aux 500 autres que le premier qui parle rembourse. En appel, je leur dois 142 500 euros. Mais on a dit à la justice que ces clauses sont attentatoires à la liberté d’expression ; on est en cassation, peut-être devant la CEDH un jour, et si elle nous entend, ça ferait péter 500 clauses de silence en France. Ça vaut le coup. »

Le quotidien, lui, est moins glorieux : « J’achète des voitures d’occasion sur Leboncoin et je les loue en autopartage pour bouffer. »

Sur la « post-vérité », il a cité la garde à vue de Rima Hassan : « Scandale absolu pendant 36 heures dans tous les grands médias, personne n’a vérifié. Il y a 8 000 messages dans les cerveaux des Français qui disent qu’elle avait de la drogue dans son sac. Puis, en fait, c’est pas vrai. Le martelage de la propagande, oui, ça marche au bout d’un moment. C’est ça qui est terrible. »

Et la responsabilité : « Je n’ai pas voté pour Bolloré. Par contre, j’ai voté pour nos dirigeants politiques. »

« Nous, on est des grains de sable »

Sur les humoristes, dont son film défend la fonction : « Tous ces humoristes ont un boulot essentiel de décryptage de l’actualité. Ils ne révèlent pas des faits, mais ils proposent des interprétations qui touchent la population parce qu’ils disent des choses vraies. »

Et un espoir inattendu : « Quand vous verrouillez un système, il faut le verrouiller complètement. Si vous avez une fuite, il y a de l’eau qui passe. Nous, on est des grains de sable. »

Avec l’anecdote de Xavier Niel, « convoqué » puis introuvable -parti skier-, « ça fait marrer tout le monde et ça fait péter sa com’ ». L’humoriste Kevin Razy, lui, aurait rapporté l’atmosphère de Canal+ : une enquête sur le nucléaire écartée par crainte d’un lien avec le frère de Vincent Bolloré, et cette histoire d’un sujet sur la Corée du Nord : « Quelqu’un a dit : « Dictateur, quand même. Un peu fort. » Il a répondu : je ne savais pas qu’il fallait protéger la Corée du Nord. C’est le niveau de lâcheté, de collaboration qui s’empare des gens dans cette chaîne. »

Acteurs et humoristes qui osent ? « Le jour où ils le font, ils cassent leur carrière. Un acteur qui signe la pétition contre Bolloré, demain, Maxime Saada dit : on le finance, mais tu me dégages celle qui a signé contre Canal. Elle ne bosse plus. Regardez Susan Sarandon aux États-Unis. Regardez Blanche Gardin, ça lui est tombé sur la tête parce qu’elle osait défendre la Palestine. »

Mais aussi les signes d’ouverture : « Swann Arlaud, acteur d’un film actuellement à l’affiche, était à France Inter pour son film ; à la fin, il dit : je vous conseille un petit documentaire qui est très bien, Fini de rire. Et la présentatrice fait comme si de rien n’était »

« On résistera »

Parmi les projets à venir : des films « trois-quatre pendant la présidentielle », sur l’Ukraine (« questionner un petit peu le manichéisme ambiant »), « Israël, la France sous influence », « L’État ne répond plus », attendu « dans dix jours » sur le harcèlement des démarches numériques, « un véritable harcèlement pour des millions de gens, pas que les vieux : c’est aussi les pauvres, c’est aussi les jeunes », la souffrance au travail, « le RN et le monde des affaires » (Bardella « très, très friendly »), puis probablement « une histoire secrète des Guignols de l’info ». Et désormais deux campagnes de dons par an.

Et l’hypothèse Marine Le Pen en 2027 ? « On hésite à lancer la suite parce qu’on ne sait pas qui va être au pouvoir. » Mais : « On se perçoit déjà comme pas mal en résistance avec la Macronie, parce qu’elle n’est pas toujours très loin de Marine Le Pen, donc ça sera peut-être pire. »

Évoquant 2005 et Clichy-sous-Bois : « Sarko a martelé son mensonge dans les 20 heures ; il suffisait que l’État dise : un drame est survenu, on fait la lumière », il a rappelé l’hélicoptère stationné à l’Élysée le 8 décembre 2018 : « Un peuple en marche, on l’a fait en 1789 quand même. Ça leur fait peur. »

Et le mot de la fin, à caractère militant et résistant : « Si ils commencent à traquer les médias, nous, on est déjà un peu clandestins, on a peur qu’on nous pique des disques durs, on se méfie de ce pouvoir, de sa police, de ses services secrets. On résistera. Et on fera notre boulot quoi qu’il arrive. »