Le mois d’août 2026 signe la création toute récente de l’AQuA : l’Association Queer Alsacienne, fondée par l’étudiante Echo Delgrande, afin de lutter contre les discriminations envers les personnes LGBTQIA+, mais pas que. Elle s’inscrit dans une approche locale, avec un répertoire d’action multiple et une volonté d’informer, renseigner, protéger, et surtout, militer.
En août 2026, Echo Delgrande fonde l’AQuA. Membre du syndicat étudiant mulhousien de la CSTE (Communauté Solidaire des Terres de l’Est), responsable évènementiel de l’organisation, et principale organisatrice de la Pride de Mulhouse depuis 2024, décide de fonder une association « par les Queer, et pour les Queer ».
Elle déclare « arriver avec l’AQuA comme nouvel acteur dans l’écosystème. Avec un parti pris : « nous, on est politique » ».
Plusieurs associations Queer existent sur le territoire du Haut-Rhin, comme par exemple la Queerstub, qui est un centre LGBTQIA+ institué par le département, et qui regroupe trois autres organisations : « Être », « Autre Regard », et « D&J Arc-en-ciel » ; organisées autour de plusieurs domaines d’action, tel que l’accompagnement de personnes LGBT, la diffusion de films aux thématiques queer, ou bien encore la mise en place de permanences artistiques.
Il y a également l’organisation « AIDS », spécialisée dans les questions de sérophobie, et d’accompagnement des personnes séropositives.
L’AQuA intervient dans une logique de complémentarité. Selon la fondatrice de l’association, l’ADN de l’organisation est « d’avoir une ligne politique claire ». Là où les autres associations queer mulhousiennes existantes se définissent comme apolitiques, et interviennent dans un cadre plus intime, l’AQuA se présente comme un acteur militant : « On vient apporter notre expertise pour que d’autres puissent s’en saisir dans le cadre de la convergence des luttes. »
Un répertoire d’action aux multiples facettes
L’AQuA, bien que récente, a pour vocation, dans un futur proche, d’être mobile et pouvoir se déplacer sur l’ensemble du département du Haut-Rhin. Pour l’instant, la vingtaine de membres adhérent.tes est basée sur la ville de Mulhouse, mais a vocation à se déployer dans le tout le département dans les mois à venir.
L’association aspire à couvrir un large panel d’actions. Entre accompagnement, permanences, manifestations et conférences, créations de formations, organisations d’évènements queers, l’AQuA se positionne sur tous les fronts. Elle précise que : « Pour l’instant, c’est au conditionnel puisque les projets sont en train de se monter . »
Echo Delgrande partage sa volonté de créer une permanence physique (avec, dans le futur, l’aménagement d’un local) : « Notre objectif, c’est d’ouvrir des permanences d’auto-support trans, pour personnes trans ou en questionnement. ».
Elle explique que : « Ce sont des personnes trans qui parlent entre elles, et qui peuvent faire leur retour d’expérience, et donner des conseils à des personnes qui se cherchent encore, qui parfois peuvent être un petit peu perdues. »
Et de rappeler que ce genre d’assistance existe déjà dans de plus grandes villes, comme Paris ou Strasbourg, et qu’il était intéressant de créer aussi cette possibilité à l’échelle du Haut-Rhin.
Par ailleurs, l’association intervient sur un terrain militant dit plus « classique », visant une convergence des luttes.
Elle fut déjà partenaire de la « Table Ronde : la riposte trans face aux réactionnaires », ayant eu lieu le 29 septembre sur le campus Illberg, avec pour invité Niléane Dorffer, présidente de l’association « Toutes des femmes », ainsi qu’Anais Perrin-Prevelle, directrice d’« Outrans ».
L’AQuA organise encore le 20 novembre une marche dans le cadre du « TDOR », soit le « Trans Day Of Remembrance », une journée de commémoration à l’égard de toutes les personnes trans décédées de la transphobie.
La structure prend le relais pour ce qui concerne l’organisation de la Pride mulhousienne, auparavant orchestrée par la CSTE.
La fondatrice déclare : « L’idée est de corriger une situation absurde : la Pride était organisée par un syndicat étudiant, un collectif de DJ, et pas par une asso LGBT. »
À noter la présence de l’association également auprès des élus municipaux, certainement à gauche avec les listes « Nous sommes Mulhouse », ainsi que « Mulhouse en commun ».
Tout comme elle l’est auprès des élus de la majorité municipale, afin de faire entendre leurs projets, et surtout, leurs revendications : « On a un espace où on peut quand même dire ce que l’on pense avec la mairie directement. »
L’AQuA ne compte pas se présenter aux municipales, mais entend tenir son engagement politique comme il se doit. De plus, la fondatrice précise qu’« On est de gauche, mais ouverts aux différents partenaires politiques avec lesquels on interagit. »
Une association soucieuse de pédagogie
En matière de convergence des luttes, Echo Delgrande déclare : « On est spécialisé sur les questions LGBTQIA+, mais ce n’est pas pour autant que cela n’a rien à avoir avec toute autre forme de discriminations, ou de luttes ».
Elle explique que l’AQuA s’est par exemple mobilisée lors de la manifestation contre la mise en place de la loi sur la « présomption de légitime défense », ou « permis de tuer », le 20 septembre dernier à Mulhouse.
Des prises de parole publique ont eu lieu, afin de dénoncer les biais racistes, mais aussi homophobes, et transphobes, de la police française, touchant (aussi) indirectement les personnes queer.
De plus, la fondatrice insiste sur un point : l’AQuA, bien que destinée aux personnes Queer, est aussi ouverte à tous et à toutes. En effet, la récupération du compte Instagram, anciennement dédiée à la communication de la Pride de Mulhouse, compte près de 3000 abonnés, permettant donc à l’organisation de s’assurer une certaine légitimité au sein du paysage associatif alsacien.
L’idée, à travers Instagram, ainsi qu’un compte Facebook associé, est d’informer, partager, et surtout sensibiliser, de façon pédagogique. Echo Delgrande explique qu’« il y a un objectif de visibiliser les questions queer, et de donner des clefs de lecture de l’actualité, avec un regard queer. »
En outre, l’association a également pour projet d’assurer des formations, auprès de différents organismes militants, afin d’instruire et de sensibiliser une majorité d’individus sur les problématiques queer.
Enfin, l’AQuA n’est en réalité pas qu’un simple organisme associatif : créer une association queer à l’échelle locale est constitutif d’une démocratie qui protège et assure les droits des minorités queer.
Pour Echo Delgrande : « L’objectif, dans un monde idéal, ce serait d’éradiquer toutes discriminations contre les personnes LGBT. Je pense qu’à notre échelle, il faut qu’on soit un peu plus réalistes. »
Alors, l’AQuA, à son échelle, avec ses moyens, tente de représenter, protéger, et légitimer l’existence des personnes queer. Mais la structure participe à une symbolique bien plus grande encore : permettre à tous et toutes, non seulement d’être soi, mais aussi de pouvoir le revendiquer.










