Pas d’appel à la résistance palestinienne sur le mur des résistants français…

Pas de contact avec le monument dédié au morts de la résistance française du Square De Gaulle, situé en face de la sous-préfecture de Mulhouse. C’est manifestement le seul message que les autorités ont souhaité communiquer manu militari aux 150 personnes réunies ce samedi dans la cité du Bollwerk, dans le cadre d’un appel national en soutien au peuple palestinien et aux habitants de Gaza.

Dans les colonnes de L’Alsace, l’euphémisation est de circonstance, ainsi qu’il se doit : « Il y a eu un petit flottement, lorsque les manifestants ont été invités par les policiers à décrocher les banderoles apposées sur les murs du monument aux morts« .

Le fait est que les manifestants n’ont été « invités » à rien du tout. Des policiers municipaux, et semble-t-il quelques nationaux, armés, dont l’un dégaine un lanceur de balles de défense (LBD), ainsi qu’on le voit sur l’une de nos photos ci-dessous, ont d’autorité rétabli « l’ordre », face à ce qu’ils considèrent comme un attentat supposé à la mémoire des résistants, par le simple fait d’apposer des banderoles sur le monument, le temps de la manifestation.

Les policiers d’outrage qui se mettrait à protester. Christan Rubechi de l’AFPS se renseigne pour tenter de savoir d’où viennent ces ordres, sans avoir satisfaction. Lui promet toutefois de ne pas laisser les choses en l’état.

En France, les entraves au libre exercice du droit de manifester sont particulièrement notables en matière de soutien à la Palestine, depuis le massacre des civils israéliens du 7 octobre 2023. On se souvient que les rassemblements en soutien à la cause palestinienne ont été unilatéralement interdits en France le 12 octobre, par voie de télégramme du ministère de l’intérieur Darmanin adressé aux préfets, considérant que soutenir les Palestiniens c’était soutenir le Hamas, et pourquoi pas révéler sa nature antisémite !

Des manifestants seront arrêtés, voire mis en examen, en raison du port d’un drapeau palestinien à Marseille…

Le Conseil d’État, regrettant « la rédaction approximative de ce télégramme« , défait l’oukase du ministre de l’Intérieur, en rétablissant 6 jours plus tard la nécessité d’un examen au cas par cas des interdictions, en vertu du trouble potentiel à l’ordre public, que l’une ou l’autre pourrait éventuellement générer.

Mais l’attentat démocratique d’une administration publique et un pouvoir politique, devenus structurellement autoritaires, est déjà très avancé…

Enfin et surtout, outre le rappel de la situation dramatique à Gaza, des témoignages et la lecture d’un poème, les manifestants ont rendu un hommage à Aaron Bushnell, militaire américain du corps de l’US Air Force, qui s’est immolé par le feu devant l’ambassade d’Israël à Washington le 25 février, pour protester contre le soutien américain à ce pays.

A été rappelé par ailleurs le sort fait à George Ibrahim Abdallah, militant révolutionnaire libanais du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), toujours détenu dans une prison française et libérable de droit depuis 1999, en raison de sa conduite, qualifiée d’ « exemplaire » par l’administration pénitentiaire.

Il demeure à ce jour le plus vieux prisonnier politique de France et l’un des plus anciens du monde, avec 40 ans de détention cumulés. Neuf demandes de libération conditionnelle ont été refusées par la justice française entre 2004 et 2020, et une dixième vient d’être déposée…