Crédit photo : Jorge Franganillo / Pixabay

Des organisations citoyennes réunies derrière le collectif « IA pas moyen ! » (dont Alsace Nature, Eau en danger, la Confédération paysanne d’Alsace, Extinction Rebellion Alsace, Les Soulèvements de la Terre, Stop Fessenheim, Attac 68, Le chaudron des alternatives, le MAN...), appellent à se rassembler contre l’implantation d’un data center Microsoft à Petit-Landau, lors du conseil de Mulhouse Alsace agglomération du 22 juin, à partir de 16h45.

Derrière la manifestation, c’est un débat local et national essentiel sur l’énergie, la démocratie environnementale et la souveraineté numérique qui se joue.

Un projet industriel hors norme

Annoncé en mai 2024 lors du sommet « Choose France », le projet (à propos duquel on impute au député Olivier Becht un rôle déterminant) représente un investissement supérieur à 2 milliards d’euros, avec une mise en service envisagée à l’horizon 2027 (alterpresse68.info).

Le site prévu s’étend sur environ 36 hectares de terres agricoles, dont un tiers cultivées en bio, le long du Rhin, à cheval sur Petit-Landau et Hombourg (channelnews.fr).

Selon la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe), la consommation électrique du futur centre pourrait représenter 80 % de celle de l’ensemble des ménages du Haut-Rhin. Le média ChannelNews évoque une fourchette de 1 500 à 1 750 GWh par an, principalement pour alimenter des serveurs dédiés à l’IA générative.

Pour les opposants, ces chiffres suffisent à qualifier le projet « d’ogre énergétique », après un avis sévère de la MRAe rendu en mars 2026.

Une enquête publique sous haute surveillance

L’enquête publique unique est ouverte du 1er juin au 3 juillet 2026. Elle porte à la fois sur l’autorisation environnementale, les permis de construire et la déclaration de projet emportant mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau.

Or, la MRAe Grand Est a jugé le dossier incomplet et a recommandé au préfet de surseoir à la poursuite de l’instruction, estimant que l’étude des dangers et l’évaluation des risques sanitaires devaient être approfondies.

En cause notamment : la présence prévue de 111 groupes électrogènes de secours, susceptibles d’émettre des oxydes d’azote (NOx) en cas de fonctionnement dégradé.

Plus préoccupant encore pour les collectifs citoyens : une évolution réglementaire européenne, révélée en avril 2026, classe comme « secret des affaires » une grande partie des données environnementales site par site.

Cette disposition, obtenue après des interventions de Microsoft et du lobby Digital Europe, limite l’accès public aux indicateurs détaillés. Des juristes interrogés estiment qu’une telle opacité pourrait entrer en tension avec la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information environnementale.

Terres agricoles amputées et artificialisation substantielle

Dans son analyse du bilan de concertation publié par m2A, nous avons souligné le déséquilibre entre l’argumentaire promotionnel de Microsoft et la restitution des préoccupations citoyennes.

La consommation de 35 à 36 hectares de terres nourricières y est identifiée comme un point noir majeur. La MRAe évoque une perte importante de fonctionnalités écosystémiques et s’interroge sur le respect effectif de la séquence « Éviter, Réduire, Compenser ».

Pour un territoire engagé dans des objectifs de sobriété foncière et de transition écologique, le signal envoyé interroge : comment concilier artificialisation massive, double ligne haute tension 225 kV et discours sur la neutralité carbone ?

Emplois promis, bénéfices discutés

Microsoft met en avant la création de 200 emplois en France. Les collectifs, eux, relativisent : combien d’emplois directs réellement localisés ? Quelle qualification ? Quel effet net sur l’emploi local face à l’automatisation et à l’IA générative ?

Au-delà de la promesse industrielle, la question posée aux élus de m2A est celle de l’équilibre coût-bénéfice : pression sur le réseau électrique régional, mobilisation foncière irréversible, dépendance accrue à un acteur extra-européen, contre retombées fiscales et emplois encore incertains.

Des citoyens exigent débat et transparence

Le 22 juin à 16h45, devant le Parc Expo de Mulhouse, les opposants entendent rappeler aux conseillers communautaires que leur décision ne relève pas d’une simple formalité administrative. La procédure de mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau, portée par m2A, constitue un levier déterminant.

À l’heure où l’enquête publique est en cours (jusqu’au 3 juillet 2026), la mobilisation vise à peser sur un calendrier institutionnel jugé trop favorable au porteur de projet.

Le débat dépasse largement les 800 habitants de Petit-Landau. Et il pose une question de fond : l’Alsace veut-elle devenir un hub énergétique pour l’IA des géants du numérique, au prix d’une consommation électrique équivalente à celle de la quasi-totalité des ménages d’un département ?

Quoi qu’il en soit, lundi, devant le Parc Expo, les manifestants comptent affirmer que la modernité ne saurait s’imposer sans transparence, exercice effectif de la démocratie locale.

Le dernier point à l’ordre du jour portera sur une délibération relative au projet de centre de données à Petit-Landau et Hombourg, à savoir le projet de demande d’autorisation environnementale. Elle sera présentée par Laurent Riche, chargé du développement économique, de l’innovation, et maire de Kingersheim.

Enfin un voeu porté par le groupe Mulhouse en commun, sur ce même sujet, clôturera l’assemblée.

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