,Joëlle Dufeuilly traductrice emblématique de László Krasznahorkai, lauréat du Nobel de littérature 2025, était l’invitée d’une rencontre animée à la bibliothèque municipale de Mulhouse, ce 30 janvier 2026.
Contexte de l’événement
La Ville de Mulhouse a organisé cette soirée peu après l’attribution du prix Nobel à l’écrivain hongrois en octobre 2025, afin d’éclairer son œuvre auprès du public local, au carrefour des frontières franco-allemandes et suisses.
L’événement, tenu de 18h30 à 19h30, a réuni une quarantaine de personnes, avec les interventions de Laure Houin, adjointe au maire en charge des bibliothèques, de Greta Komur (professeure à l’Université de Haute Alsace) et de Joëlle Dufeuilly elle-même.
Portrait de Joëlle Dufeuilly
Traductrice principale des œuvres de Krasznahorkai en français depuis Le Tango de Satan (1985, traduit en 2000 chez Gallimard), Dufeuilly a découvert l’auteur par un défi lancé par son professeur lors de la rédaction d’un dictionnaire hongrois-français.
Elle raconte avoir contacté Krasznahorkai pour des passages obscurs, obtenant ses « clés » lors d’une rencontre à Saint-André-des-Arts, marquant le début d’une collaboration étroite malgré les phrases labyrinthiques. Elle insiste sur la créativité requise pour restituer la musicalité, le rythme et l’humour noir, en s’inspirant de comparaisons comme Céline, tout en restant fidèle au sens profond.
Lectures et style de Krasznahorkai
Dufeuilly a lu en hongrois l’incipit de Guerre et guerre, suivi de sa traduction française, soulignant les phrases paragraphes hypnotiques, les variations rythmiques comme chez un musicien, et l’entrée brutale in medias res sans introduction. Le hongrois, agglutinant et sans genre grammatical (contrairement au français), pose des défis uniques, amplifiés par l’absence de ponctuation rassurante : « Il faut se laisser porter, accepter de ne pas tout comprendre immédiatement ». Elle évoque l’évolution stylistique de l’auteur, du hongrois « germanique » (sujet-verbe éloignés) vers un flux plus latin dans Guerre et guerre.
Thèmes clés évoqués
- Beauté et art salvateur : Extrait de Seiobo est descendue sur terre, ode à un héron pêcheur à Kyoto, dont la posture immobile incarne une « beauté indicible » dominant le chaos quotidien, thème récurrent où l’art transcende la noirceur.
- Empathie universelle : Pour les laissés-pour-compte (comme Korin dans Guerre et guerre, écho à l’Idiot de Dostoïevski) ou même les « minables », mêlant cruauté satirique et compassion sans jugement.
- Humour et obscurité : Mélange d’humour noir, absurde et burlesque (Le Baron Wenckheim est de retour), rendant les récits « à la fois les plus noirs et les plus drôles ».
Dufeuilly conseille de débuter sans a priori, citant le comité Nobel : « C’est l’art qui sauve le monde » face à un univers de guerres et de totalitarismes. La rencontre, riche en anecdotes, a suscité l’intérêt pour cet auteur « intemporel ».













